Entre le Cameroun et la Centrafrique, le trafic de minerais s’exporte bien

Fin janvier, la douane camerounaise a saisi près de sept kilogrammes d’or dans la région de l’Est du pays. La prise a été faite sur un voyageur de nationalité chinoise en provenance de la Centrafrique. Cette zone frontalière est réputée être la plaque tournante de nombreux trafics du fait de l’insécurité causée par la crise centrafricaine.
Sputnik

Si l’information a été médiatisée à la mi-février, les faits remontent à trois semaines plus tôt, au 28 janvier dernier. Un stock de sept kilogrammes de lingots d’or, évalué à près de 140 millions de francs CFA (257.000 dollars) a été saisi à Garoua-Boulai, dans la région frontalière de l’Est Cameroun. La cargaison non déclarée était transportée, apprend-on dans un communiqué de la douane, par un voyageur chinois en provenance de la République centrafricaine (RCA), en proie à une violente crise sécuritaire. Les lingots d’or étaient dissimulés dans ses bagages.

La Russie veut bouger les lignes sur les «diamants de sang» en Afrique
Interrogé par le quotidien national Cameroon Tribune, le chef de secteur des douanes de l’Est révèle que la fouille systématique opérée à la frontière a permis de découvrir cette cargaison constituée de «3,8 kg en lingots d’or et 3,1 kg en or brut». Le citoyen chinois a confié que le stock de minerais appartiendrait à plusieurs de ses compatriotes résidant en RCA.

RCA-Cameroun, plaque tournante du trafic?

Ce n’est pas la première fois, ces dernières années, qu’une telle saisie est effectuée dans le pays. En novembre 2020, plus de 250 lingots d’or ont été interceptés au cours d’une opération menée dans la région du Centre. Le métal précieux, entreposé dans une dizaine de valises, devait prendre la direction de Dubaï. Deux ressortissants canadiens avaient été interpellés lors de cette opération. En 2019, un butin de 20 kg d’or estimé à 1,5 milliard de francs CFA (2,7 millions de dollars) en provenance de l’Est a été intercepté à l’aéroport international de Douala. Ses détenteurs s’apprêtaient à prendre la destination de la Chine et des Émirats arabes unis.

Le Cameroun, relais de la crise centrafricaine?
La région de l’Est du Cameroun est réputée riche en matières précieuses, notamment en or et en diamants. Cependant, malgré la présence de quelques compagnies minières étrangères, la plus grande partie des ressources est encore exploitée de façon artisanale et l’or produit ne suit pas toujours les circuits formels. Frontalier de la RCA, dont les minerais sont l’objet de toutes les convoitises, le territoire subit aussi les affres de l’insécurité et de l’instabilité politique centrafricaine. Un contexte, souligne Dieudonné Essomba, analyste économique et consultant permanent dans une télévision privée au Cameroun, qui pourrait expliquer «la fertilité des réseaux de contrebande et des trafics de tout genre».

«On peut mettre la forte densité du trafic d’or dans la région de l’Est sur le compte de la porosité de la frontière terrestre Cameroun-RCA. Cette récurrence des saisies de matières précieuses montre qu’il existe un vaste réseau bien huilé. Sur le plan national d’abord, mais le circuit d’approvisionnement pourraient aussi s’étendre au pays voisin. Il revient aux autorités locales de tout mettre en œuvre pour le démanteler», explique l’analyste à Sputnik.

Déjà en 2016, à la veille d’une mission d’évaluation du Processus de Kimberly (initiative internationale mise en place en 2003 pour lutter contre le commerce illicite des diamants dans les zones de conflit) au Cameroun, un rapport publié par Partenariat Afrique Canada (PAC, un mécanisme de financement soutenu par des ONG canadiennes et africaines) présentait déjà le Cameroun comme une plaque tournante des exportations des diamants de guerre centrafricains.

C’est de l’or: les femmes dans le secteur minier en Centrafrique – exclusif
Le rapport dénonçait l’incapacité du pays «à mettre en œuvre le Processus de Kimberley», soulignant que «le Cameroun permet à des diamants de conflits provenant de la République centrafricaine de franchir ses frontières et de pénétrer la chaîne d’approvisionnement légale en raison de ses faibles contrôles, de la contrebande et de la corruption». Des accusations démenties à l’époque par les autorités camerounaises.

Les cargaisons de métaux précieux qui passent par les aéroports et les villes du pays risquent d’avoir encore de beaux jours devant eux, estiment nombre d’observateurs. D’autant que les circuits d’approvisionnement en RCA prospèrent à l’aune du conflit qui secoue ce pays depuis 2013, à la suite de la chute de François Bozizé.

Discuter