Un front culturel mobilisé pour la vaccination, le signe que la campagne du gouvernement est un «cafouillage total»?

Alors que la campagne de vaccination mise en place par le gouvernement prend du retard et que plus d’un Français sur deux ne franchira pas le pas, 200 personnalités du monde de la culture ont lancé un appel pour «montrer l’exemple». Pour l’éditorialiste Alexis Poulin, cette initiative démontre l’incapacité de l’exécutif à rassurer.
Sputnik

Le monde de la culture se mobilise. Deux cents personnalités du cinéma, de la télévision ou de la littérature comme Gérard Jugnot, Fabrice Luchini, Naguy ou encore Arielle Dombasle ont signé un texte pour signifier leur volonté de se faire vacciner contre le Covid-19 «dès que cela sera possible».

Une démarche motivée par l’envie de «faire un pas décisif dans la maîtrise de la pandémie», mais également pour que les salles de spectacle rouvrent. En effet, lors de sa conférence de presse du jeudi 7 janvier, Jean Castex a indiqué qu’aucun assouplissement n’était prévu pour les établissements fermés, notamment les lieux culturels.

Le vaccin pour retrouver une vie normale?

Or, comme l’explique au Parisien Stanislas Nordey, comédien et instigateur de l’initiative, «à ce rythme-là, on va rester fermés pendant un an encore». Une situation qui pourrait se révéler désastreuse pour le secteur culturel français, qui a accusé déjà près de 22 milliards d’euros de pertes en juillet dernier.

«On ne peut plus se contenter d’attendre ce que va faire ou ne pas faire le gouvernement. Il faut s’emparer de notre destin», a-t-il déclaré au quotidien.

Un constat amer donc. Par conséquent, pour sortir de la crise sanitaire, les signataires veulent «montrer l’exemple» et «faire réfléchir» les Français, sans leur faire la morale. 

Envoyer l’armée pour vacciner les Français, une option envisageable?
Pour Alexis Poulin, fondateur du média Le Monde moderne et analyste politique, le fait notamment que des personnalités publiques soient obligées de se mobiliser pour faire évoluer la situation est le signe que le début de la campagne vaccinale est un «cafouillage total». En effet, avec un peu plus de 45.000 individus vaccinés, la France est bien loin de ses voisins européens comme l’Allemagne (134.000), ou encore l’Angleterre (plus d’un million). Un retard à l’allumage qui vient d’ailleurs s’ajouter à une longue liste de ratés.

«Il y a eu le passage au confinement général, les mensonges sur les masques, sur les tests aussi, on n’a jamais compris non plus ce qu’il s’était passé. Et maintenant, à propos de la stratégie de vaccination, alors qu’il y a eu de grandes déclarations à la mi-décembre expliquant que tout semblait être sur les rails. Ils avaient d’ailleurs répété qu’ils étaient prêts cette fois-ci», énumère Alexis Poulin.

L’éditorialiste fustige donc que le fait que Jean Castex demande de cesser les «polémiques stériles qui n’apportent rien».

​Des débats qui ont pourtant permis «d’accélérer une campagne qu’ils n’ont pas su maîtriser jusqu’à présent», estime Alexis Poulin.

«Depuis le début, on a l’impression que cette équipe est relativement incompétente à la fois sur le plan de l’action mais aussi sur le plan de la communication et qu’elle se défausse systématiquement sur le mille-feuille administratif, sur les Français qui ne comprennent rien, enfin sur les uns et les autres mais ce n’est jamais de leur faute.»

Autant d’éléments qui nourrissent, en partie, la défiance des citoyens au sujet du vaccin.

La méfiance des Français

Ainsi, selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting réalisé les 22 et 23 décembre et publié le 3 janvier pour Franceinfo et Le Figaro, près de 6 Français sur 10 (58%) ne veulent pas se faire vacciner contre le Covid-19. Comment interpréter ce résultat?

«La parole politique telle qu’elle a été utilisée, c’est-à-dire à très mauvais escient, la roublardise, le mensonge, le refus de responsabilité ont totalement dégoûté une majorité de Français. Il n’y a plus aucune confiance en ce gouvernement et c’est bien tout le problème», affirme Alexis Poulin.

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Sans compter les appréhensions liées à la nouvelle technologie ARN messager ou les inquiétudes sur de possibles effets à le long terme qui auraient nécessité que le gouvernement donne davantage d’explications, souligne l’analyste politique.

En outre, Alexis Poulin pointe également un élément qui ne devrait pas aider à restaurer la confiance des citoyens envers le gouvernement: «le recours à quatre cabinets de conseil, dont McKinsey, pour organiser cette stratégie vaccinale». Un appel à l’aide qui serait le signe pour l’éditorialiste que «l’État a totalement sapé ses capacités logistiques». Pis, «que le Conseil de défense n’est pas le lieu où peuvent être prises les décisions utiles et efficaces», observe-t-il.

«Peut-être qu’il aurait fallu dès le début mettre davantage les parlementaires au service de la nation, des sénateurs et des députés qui, eux, font des rapports, qui connaissent eux aussi les sujets techniques. Ceux-là ont systématiquement été gommés de la prise de décision politique.»

Une option démocratique que n’a pas choisie le Président de la République, analyse le fondateur du média Le Monde moderne. «Emmanuel Macron a décidé comme un chef de guerre, comme un roi, bunkérisé à l’Élysée, cela fait presque un an que c’est un fiasco», finit par tacler Alexis Poulin.

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