Accusations de violences, contrôles au faciès: la police retrouvera-t-elle la faveur de la jeunesse?

Mise à mal dans un dernier sondage, l’institution policière serait totalement décriée par les 18-30 ans. La nouvelle génération lui reproche principalement sa violence et son racisme présumés. Des accusations lourdes renforcées par les récents événements. Constat réel? Vérité indéboulonnable? Explications.
Sputnik

C’est une enquête qui risque de creuser davantage les ruptures. Celles entre une police esseulée, qui ne cache pas son sentiment de trahison à l’égard de l’État, et une population indignée par une série d’actes largement relayés. L’étude publiée ce 18 décembre par l’institut OpinionWay pour 20minutes s’intéresse à la jeunesse de 18 à 30 ans et sa perception de la police.

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Le constat n’est guère surprenant: moins d’un mois après l’affaire Zecler et dans le sillage des précédents faits de violence, près de 80% des sondés estiment que «les violences policières sont une réalité». Pourtant, rappelle Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT Police, «ces chiffres sont les mêmes depuis deux à trois ans, il n’y a ni plus ni moins de détestation qu’avant».

Mais si le syndicaliste relativise ces résultats, il ne se défausse pas face au ressentiment qui touche les forces de l’ordre:

«Il y a évidemment des problèmes intrinsèques. On contrôlera davantage un jeune dans le 9-3 qu’un retraité dans le 16e. Ce sont souvent les plus précaires qui sont visés ainsi que les minorités car ce sont les ordres reçus. Il s’agit des jeunes, des personnes de couleur, de celles qui vivent dans des quartiers défavorisés. C’est ce qu’on demande à la police aujourd’hui.»

Un système complexe fait de «mesures incessantes»

Fait positif en revanche, le sondage met en lumière une volonté de ne pas stigmatiser pour autant la fonction. 65% des jeunes interrogés estiment en effet que les dérives sont «le fait d’une fraction infime des forces de l’ordre». 53% d’entre eux affirment par ailleurs faire confiance à l’autorité policière.
À l’échelle de la population globale, les statistiques sont, de fait, différentes, avec un taux de satisfaction de 79% concernant la police et la gendarmerie.

Selon le représentant syndical, il est d’ailleurs difficile de faire parler ces enquêtes car le rapport à la police est intimement lié à l’âge, mais aussi à la catégorie sociale et au lieu de résidence. Et sur ce sujet, les apparences sont étonnamment trompeuses.

«Effectivement, si vous habitez à La Courneuve ou rue de la Pompe dans le 16e, votre demande de sécurité ne sera pas la même. Les chiffres sont donc très difficiles à interpréter, les attentes sont différentes en fonction du statut social. Et contrairement à ce que l’on peut penser, les contrôles sont souvent plus compliqués dans les quartiers favorisés car la personne interpellée a toujours des arguments juridiques ou des connaissances à faire valoir», estime Anthony Caillé.

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Des difficultés qui mettent en évidence des nécessités de réformes en profondeur, notamment un meilleur suivi. «Nous sommes en train de payer quasiment 30 ans de mesures incessantes», plaide notre interlocuteur. Une complexité qui témoigne surtout d’une incompréhension, alors que d’un côté les forces de l’ordre manifestent pour dénoncer les propos du Président de la République sur les violences policières et que de l’autre, les jeunes affirment, en grande majorité, que ces violences existent.

Une crise insoluble?

Parmi les mesures à prendre pour redorer le blason de la police, Anthony Caillé pointe trois thèmes particulièrement urgents.

«Il faut redéfinir d’abord les missions, particulièrement les missions préventives pour redevenir un modèle d’aide à la personne avant d’être un modèle répressif. Le deuxième point important concerne les effectifs, les embauches sont nécessaires car depuis les années 2000, nous avons perdu entre 30.000 et 35.000 fonctionnaires de police, contrairement à ce que dit le gouvernement. Enfin, le troisième sujet crucial est évidemment la formation.»

Ces priorités sont donc les mêmes qu’énoncées par Gérald Darmanin et devraient être au programme du «Beauvau de la sécurité» annoncé pour janvier.

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