«Beauvau de la sécurité»: l’amende honorable de Macron?

Emmanuel Macron a consenti à organiser un «Beauvau de la sécurité», promesse de mettre en chantier la grande réforme de la Police réclamée par les syndicats. Une manière de regretter sa critique sur les contrôles au faciès? Éléments de réponse avec Jérôme Moisant, du syndicat Unité-SGP-FO.
Sputnik

L’heure est-elle à la réconciliation entre Emmanuel Macron et la police?

Dans une lettre datée du 7 décembre et que Sputnik a pu consulter, le Président de la République s’est directement adressé au secrétaire général du syndicat Unité-SGP-FO, Yves Lefebvre. Rendez-vous est donc pris dès le mois de janvier avec les forces de l’ordre pour un «Beauvau de la sécurité».

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Le policier avait en effet fait part de la colère et de l’indignation des forces de l’ordre après les déclarations de l’hôte de l’Élysée sur les contrôles de police. Le chef de l’État avait affirmé le 4 décembre dernier face aux caméras de Brut que les contrôles policiers ciblaient davantage les jeunes dont la peau «n’est pas blanche». Une tirade qui a ulcéré les forces de l’ordre, bien qu’elle ait été accompagnée d’un soutien aux forces de l’ordre.

Pour Yves Lefebvre, une telle affirmation remettait «en cause la qualité du travail quotidien des forces de l’ordre et particulièrement celui des policiers nationaux, surtout ceux engagés dans les quartiers difficiles.»

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Derrière le patron d’Unité SGP, les flics font bloc. Selon Jérôme Moisant, secrétaire national aux conditions de travail du même syndicat, la proposition d’un Beauvau de la sécurité est un aveu du Chef de l’État:

«C’est au moins le constat qu’il est à l’origine d’une colère, dont il n’est pas le seul responsable, mais qu’il a déclenchée. Il lui revient maintenant de tout mettre en œuvre afin d’apaiser les esprits», affirme-t-il à Sputnik, combatif.

Dans sa lettre adressée au Président, Yves Lefebvre parlait au nom de tous les policiers qui «peuvent entendre d’être jugés, contrôlés, mais ne supportent plus de l’être de la sorte, sans avoir les moyens de faire leur travail.» Aussi réclamait-il que soit rapidement instauré «un calendrier de réformes de fond pour enfin remettre la Police nationale debout» et des réformes qui s’attaqueraient aux racines des maux qui rongent la Police:

«Il y a énormément de choses à attendre de ce “Beauvau”, à commencer par la protection de nos collègues, une protection physique et juridique. Puis les méthodes d’intervention, mais aussi de formation. Il faut absolument revoir les choses, car les missions et la société évoluent, il faut s’y adapter. Enfin, il y a un vrai travail à faire au niveau de l’encadrement, car dans l’endroit où il est le plus nécessaire, il fait défaut» détaille Yves Lefebvre.

Dans sa réponse, le Président de la République rappelle avoir augmenté les budgets alloués au matériel des commissariats et créé 10.000 postes supplémentaires de policiers et gendarmes.

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Il revient de surcroît sur les sept «péchés» de la police, à savoir les chantiers esquissés par le ministre de l’Intérieur: seront donc abordés la formation initiale, l’encadrement, les moyens supplémentaires, l’inspection générale de la police nationale (IGPN), le sous-dimensionnement des effectifs de maintien de l’ordre et le lien avec la population.

Bien sûr, Emmanuel Macron se dit «conscient des risques pris par les policiers et les gendarmes» et désireux de les soutenir. Pourtant, l’annonce du «Beauvau de la sécurité», à laquelle sont sensibles les syndicats, ne manque pas d’intriguer. Les soupçons de coup de com’ sont tenaces, surtout après l’annonce de la réécriture de l’article 24 de la loi dite de «sécurité globale», une proposition demandée par les syndicats.

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Pour Jérôme Moisant, ce «numéro d’équilibre» auquel se livre Emmanuel Macron reflète des circonstances elles-mêmes fragiles: «C’est aussi l’ordre public qui est au point d’équilibre, on l’a vu souvent risquer de basculer du côté du désordre», plaide le syndicaliste. Et si la rapidité de la réponse présidentielle est indéniablement une preuve de considération, le policier relativise: «pour l’instant, il ne s’agit là que d’un projet de réunion de travail», prévient-il.

«On attend d’en savoir un peu plus sur la tenue de ce forum, qui y participera et quels seront les enjeux des personnes autour de la table. Bien évidemment, nous attendons tous une société pacifiée et une police qui soit en symbiose avec sa population, mais à la condition que l’on permette aux policiers d’être respectés dans le cadre de leur mission et qu’ils ne récoltent pas tous les torts.»

Le Président s’est engagé sur une date, mais aussi sur le fond: il a assuré l’institution policière de son «soutien» et de sa «protection». Des paroles qui ne sont pas tombées dans les oreilles d’un sourd.

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