L’Algérie enregistre une récession «jamais atteinte dans l’histoire du pays»

Combinée à la chute du prix du pétrole, la crise du Covid-19 a mis l’économie algérienne dans un état de récession d’une ampleur historique «jamais atteinte», a déploré un expert dans une déclaration à El Watan. Il a appelé à des réformes structurelles urgentes, tirant la sonnette d’alarme quant à la situation du pays à l’horizon fin 2023.
Sputnik

La semaine dernière, lors du dernier Conseil des ministres consacré à l’examen de l’avant-projet de loi de finances pour l’année 2021, le gouvernement algérien a annoncé un déficit de la balance des paiements de près de 21,7 milliards de dollars, a rapporté le quotidien francophone El Watan qui estime que ceci renseignait sur le spectre d’une «quasi-faillite budgétaire du pays».

Ainsi, dans une déclaration au journal, Abdelarhmi Bessaha, expert international spécialiste en macroéconomie et conseiller de plusieurs gouvernements dans le monde, a estimé que cette situation dévoilait un niveau de récession jamais atteint en Algérie depuis son indépendance en 1962.

«Le pays est en récession durant ce deuxième trimestre avec un niveau de -7%, le premier étant de -4%. Jamais dans l’histoire du pays il n’a été enregistré une récession d’une telle ampleur», a-t-il affirmé, mettant en garde les autorités qu’il «y avait vraiment urgence à mettre en place des mécanismes sérieux de règlement de la crise».

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Depuis la chute du prix du pétrole en 2014, les réserves de change du pays sont passées de près de 180 milliards de dollars fin 2014, à 63,8 milliards en décembre 2019, d’après les notes de conjoncture de la Banque d’Algérie correspondant aux mêmes périodes. Les volumes d’exportation des hydrocarbures, seule source de devises du pays, présentent un recul inquiétant. À 40 dollars le baril de pétrole actuellement, les réserves de change ont encore fondu à environ 53,5 milliards de dollars à fin juin 2020.

S’appuyant sur des estimations pour 2020 et 2021 en tablant sur des importations annuelles de 32 milliards de dollars et des recettes d’exportation d’hydrocarbures de 16 milliards, «le solde global de la balance des paiements fera apparaître un déficit d’environ 20 milliards de dollars annuellement», a expliqué l’expert.

Dans ce contexte, Abdelarhmi Bessaha a averti que le financement des déficits de la balance des paiements projetés pour 2020 et 2021 allait conduire à une baisse continue des réserves de change. Elles «passeraient ainsi de 63,8 milliards de dollars à fin 2019 à 43,8 milliards à fin 2020 et 23,8 milliards en 2021», a-t-il affirmé, soulignant que «ces ordres de grandeur suggèrent un niveau de réserves inadéquat pour 2022, dont les besoins seront en moyenne de 35 milliards de dollars».

L’urgence d’une réforme structurelle

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Sans réforme structurelle de l’économie algérienne à laquelle ne cessent d’appeler la majorité des experts, le déficit budgétaire global se situerait en moyenne à 15,1% du PIB au cours de la période 2020-2023. En parallèle, le déficit de la balance des paiements extérieurs atteindrait une moyenne de 16,3% du PIB au cours de la même période.

«En conséquence, les besoins de financement prévisionnels de ces déficits pour 2021-2023 seront pour le budget d’environ 50 milliards de dollars et de 60 milliards pour la balance des paiements, soit un total de 110 milliards de dollars», a mis en garde M.Bessaha.

Alors que les réserves de change s’établiront à près de 24 milliards de dollars à fin 2021, ceci signifie que l’Algérie sera dans une situation budgétaire extrêmement difficile.

«Autant commencer un processus de réformes dès maintenant, qui nous permettra de contrôler notre destinée et d’étaler le processus de changement sur une plus longue période», a suggéré Abdelarhmi Bessaha.
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