Extension de terrasses: «Il s’agit du clientélisme entre la Mairie de Paris et le lobby des bars»

La Mairie de Paris a décidé de proroger l’extension des terrasses dans l’espace public. Si cette décision satisfait les bars et les restaurants, frappés par la crise du Covid-19, les riverains ne la voient pas d’un si bon œil. Témoignage d’un collectif d’habitants d’un quartier parisien.
Sputnik

La matinée du 28 août, il a fallu suivre en temps réel les règles sur le port du masque à Paris: le «masque pour tous» a tout d’abord été décrété, pour ensuite accorder une dérogation aux cyclistes et joggeurs, puis le droit de fumer dans l’espace public a été refusé, pour à nouveau être autorisé, le sandwich dans la rue est interdit, mais le Parisien a le droit de pique-niquer dans un parc… Une chose est en revanche certaine: la Mairie de Paris prolonge son «expérimentation» mise en place le 2 juin dernier et rend les «terrasses provisoires» pérennes jusqu’en juin 2021.

Si, au moment du bouclage de l’article, aucune réponse de la Mairie ne nous est parvenue, sur les réseaux sociaux, cette décision au bilan «hyper positif» a provoqué des réactions immédiates des riverains excédés par la profusion des terrasses sous leurs fenêtres.

​Jacques, à qui Sputnik a tendu le micro, est l’animateur du réseau Greneta Goldoni, un «collectif de résidents des rues Greneta, Dussoubs, de la place Goldoni et de toutes les rues voisines, engagés dans la défense de leur qualité de vie à Paris-Centre», mais aussi membre de l’Association Marais-Louvre qui œuvre pour la «défense du cadre de vie du centre de Paris», la subdivision du réseau Vivre à Paris. Malgré la vie associative active, ce «simple Parisien» a parfois un sentiment de solitude face à l’invasion rampante des terrasses «provisoires» dans la vie des quartiers parisiens.

Une charte de bonne conduite qui n’est pas respectée

Jacques avoue qu’avant même le confinement, dans son quartier historique avec un maillage de rues étroites hérité de la ville moyenâgeuse, ces terrasses causaient déjà des problèmes. Maintenant qu’elles sont étendues, «elles en posent deux, voire dix fois plus». D’après lui, «les emprises de l’occupation de l’espace de certains bars ne sont absolument pas contrôlées».

«Cela génère des nuisances sonores tard le soir. Les bars ferment à 2h du matin. Contrairement à ce que dit la Mairie, je n’ai jamais observé la fermeture des terrasses à 22h dans Paris-Centre, ni le respect de la charte», constate Jacques.

Cette fameuse Charte d’engagement des commerçants, mise en place par la Mairie au moment de l’ouverture des premières terrasses provisoires, reste souvent lettre morte, d’après Jacques. En plus, «suite à la politique de piétonisation», la création de zones de concentration de bars et de restaurants attire du monde… pas toujours discipliné.

«J’ai assisté à des scènes hallucinantes: à 1h du matin, des personnes sortant des bars ont lancé des feux d’artifice en plein Paris. Ils sont retombés dans les immeubles voisins», déplore Jacques.

La ville de Paris prolonge l'extension des terrasses dans l'espace public jusqu'en juin 2021
Le tout dans une absence de communication entre la population et la Mairie. Jacques cite un cas particulier, où il a eu des échanges avec la Mairie de Paris. Ironie du sort, le cas concernait la période d’avant-confinement, quand un professionnel avait installé sa terrasse sans autorisation. «Sa terrasse a été réduite et la fermeture à 20h a été ordonnée. Il n’a jamais respecté l’horaire. Et voilà que maintenant, après le Covid, on se retrouve dans une situation nettement pire et la mairie ne réagit plus.» Jacques rit jaune.

La priorité est aux bars et aux restaurants

Les riverains manquent d’outils pour faire face aux situations conflictuelles. Appelés sur place au tout début du déconfinement, «les policiers ont dit n’avoir aucune consigne».

«La Mairie a fait une note interne, la fameuse charte, sauf qu’elle ne s’appuie sur aucun décret d’application. La police ne peut pas agir dans la légalité. Pour les forces de l’ordre, un bar ferme à 1h du matin», explique Jacques.

Excédés par ce «parcours du combattant avec très peu de résultat à court terme», les riverains sont las de devoir «batailler pour obtenir des résultats, en étant quasiment seuls». «Ce n’est pas parce que vous êtes plusieurs que vous avez un pouvoir important avec des actes qui suivent rapidement», dénonce ce Parisien. Il observe même que l’actualité démontre «encore une fois» que les résidents «ne sont absolument pas considérés».

«C’est totalement ironique: on entend la Mairie de Paris et les mairies de Paris-Centre –on peut citer Ariel Weil [le maire du 4e arrondissement, ndlr] – affirmer vouloir sauver le commerce de proximité, alors que ce dernier ne vit que grâce aux résidents», s’étonne Jacques.

À Paris, les riverains s’insurgent contre les terrasses provisoires
Évoluant dans son quartier et échangeant avec des commerçants, il est témoin de cas où ces derniers ont vu leur chiffre d’affaires s’écrouler parce que les résidents fuient les quartiers. «On est tenté de chercher la raison dans le prix [de l’immobilier, ndlr]. Pas du tout!», assure ce Parisien, citant des échanges avec une agence immobilière qui prétend que les gens partent, parce que «c’est devenu un bar à ciel ouvert et la qualité de vie dans le quartier n’existe plus».

«On donne la priorité aux bars et aux restaurants, cela génère des nuisances, les résidents s’en vont, les commerces de proximité disparaissent. Mon analyse nécessite d’être démontrée mais pour moi, il s’agit du clientélisme entre la Mairie de Paris et le lobby des bars et des restaurants», avance Jacques, amer.

Dernier exemple en date: «Le seul poissonnier de la rue Montorgueil est en passe de fermer, la Mairie n’a rien fait alors que c’est un commerce historique de cette rue.»

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Pour l’instant, le collectif reste dans la réflexion pour étudier comment agir face au provisoire devenant pérenne. Sans parler d’actions précises, les habitants du quartier s’organisent «non seulement sur les cas particuliers auxquels font face des personnes en bas de chez eux, mais également sur des actions communes».

«Ce qui n’est pas clair, c’est le but de la Mairie de Paris. Que fait-elle pour attirer et maintenir des résidents qui font vivre le commerce de proximité et l’authenticité de Paris?», clame ce Parisien.

Un point reste important aux yeux de Jacques: «C’est la Marie de Paris qui crée du désordre, pour dire ensuite qu’elle a besoin d’une police pour faire régner l’ordre.» Et les résidents n’ont pas leur mot à dire.

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