Un ancien agent secret accuse le prince héritier saoudien de tentative de meurtre

Un ancien haut responsable du renseignement saoudien, Saad al-Jabri, affirme dans un procès lancé devant un tribunal américain que le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, avait tenté de le tuer moins de deux semaines après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.
Sputnik

Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a tenté de tuer un ancien responsable des services secrets saoudiens, Saad al-Jabri, affirme ce dernier dans une plainte de 106 pages déposée auprès de la cour de district de Washington, aux États-Unis.

«Le suspect, Mohammed ben Salmane, a personnellement orchestré une tentative d'assassinat extrajudiciaire sur Saad al-Jabri, qui se poursuit encore aujourd'hui [...]. Il a kidnappé deux enfants du Dr Saad pour le piéger en Arabie saoudite, et a finalement envoyé un groupe d'assassins outre-Atlantique pour essayer de tuer le Dr Saad», détaille la plainte enregistrée dans la base de données du tribunal.

Affaire Khashoggi: la CIA détiendrait la preuve de l'implication de Mohamed ben Salmane
Al-Jabri fournit des captures d'écran de sa correspondance en arabe avec un homme et affirme qu’il s’agit de Mohammed ben Salmane. La correspondance est datée de 2017. L'interlocuteur demande à M.al-Jabri de retourner au royaume le plus rapidement possible afin de lui fournir des informations confidentielles. Quand Saad al-Jabri répond qu'il doit d'abord régler ses affaires à l'étranger, l'interlocuteur exige qu'il revienne dans les 24 heures.

«Vous avez deux choix. Le premier est de retourner au royaume. Le second est que nous vous poursuivrons légalement et en utilisant toutes les méthodes disponibles», menace l’interlocuteur d’al-Jabri.

Des assassins envoyés de Riyad au Canada?

Selon la plainte, des tueurs munis de deux valises pleines d’instruments d’examen anatomopathologique sont arrivés au Canada, où réside M.al-Jabri.

D’après ce même document, la tentative d'assassinat a été déjouée par les forces de l'ordre canadiennes moins de deux semaines après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul, dont le corps avait été démembré à l'aide d’instruments d’autopsie.

Quelles pourraient-être les raisons de cette tentative?

Le plaignant allègue que pendant plusieurs décennies, il a possédé des informations accablantes sur le prince et qu’il a collaboré avec les services de renseignement des États-Unis. Selon lui, ces deux facteurs ont poussé Mohammed ben Salmane à commanditer son assassinat.

«Le Dr Saad disposait d’informations confidentielles sur les intrigues politiques secrètes de ben Salmane à la cour royale, sur ses accords commerciaux corrompus et sur la création d'une équipe de mercenaires personnels baptisée Tiger Squad que l'accusé a plus tard utilisée pour faire assassiner Jamal Khashoggi», toujours d’après la plainte.

Le plaignant souhaite obtenir une compensation

Saad al-Jabri demande une compensation financière, mais les tenants et les aboutissants de cette affaire ne sont pas clairs. Les tribunaux américains partent généralement du principe de l'immunité souveraine, selon lequel les actions des officiels étrangers ne doivent pas être examinées par la justice des États-Unis.

L’Onu dit détenir des preuves de l’implication du prince héritier saoudien dans le meurtre de Khashoggi
En outre, M.al-Jabri devra justifier la compétence du tribunal américain qui peut examiner l’affaire uniquement si les actions illégales présumées se sont déroulées sur le territoire américain ou concernent des citoyens américains.

Meurtre de Jamal Khashoggi

Le journaliste Jamal Khashoggi a été assassiné et son corps découpé en morceaux le 2 octobre 2018, dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul où il s'était rendu pour récupérer un document.

Selon la Turquie, Khashoggi a été étranglé puis sa dépouille a été démembrée lors d'une mission opérée par une équipe de 15 personnes. Les restes de l'éditorialiste de 59 ans n'ont jamais été retrouvés.

Après avoir nié l'assassinat, puis avancé plusieurs versions contradictoires, les autorités de Riyad ont affirmé qu'il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls et sans ordre de hauts dirigeants.

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