Vélo connecté Angell: le Tesla français des deux-roues

Le vélo promotionné par des édiles désirant asseoir une politique d’écomobilité en vient à devenir non seulement un objet politique mais aussi une vitrine technologique. C’est le pari de l’entrepreneur français à succès Marc Simoncini avec son dernier projet, Angell. Aurait-on affaire au Tesla de la vélorution?
Sputnik

Présenté et appuyé par nombre de métropoles comme le déplacement de l’avenir, le vélo est en passe de devenir un objet non plus uniquement de culte urbain, mais aussi de différenciation sociale. Oubliées les antiques draisiennes et les vélocipèdes à propulsion musculaire, voici venu le temps des vélos électriques connectés qui vous propulseront au-devant des pelotons engorgeant les pistes... ainsi qu’au sommet de la hiérarchie des maîtres du bitume.

5G: la nouvelle menace mondiale?
Ce succès perceptible on le doit à Marc Simoncini. Si l’homme est connu du milieu des start-ups, en revanche pour le grand public il est surtout Monsieur Meetic, le célèbre site de rencontres en ligne. C’est correct, mais un peu réducteur puisque l’homme est un entrepreneur-né, ayant financé et lancé personnellement plusieurs projets tous liés au numérique, comme par exemple les lunettes et lentilles connectées Sensee.

Chez les collègues de 01TV, celui-ci s’est étendu sur sa dernière réalisation: Angell. Un produit élaboré comme il précise lui-même dans l’entretien, pour épouser la politique de circulation publique des métropoles qui vise à éclipser les automobiles et les deux roues motorisés au profit des vélos. Son succès est déjà en cours (près de 15 000 commandes et un développement à l’international) et s’inscrit aussi dans l’ère des centres urbains ultra-connectés.

La vélorution numérique?

Ce vélo, ou smartbike comme Simoncini le définit, dispose de plusieurs caractéristiques qui le destinent à un public spécifique fort friand de ce genre de nouveauté.

Premièrement, son design façon néo-rétro qui permet de se focaliser sur le déplacement bien sûr mais aussi l’intégration des éléments de connectivité. Avec des accessoires à venir pour le rendre plus pratique. Notons la présence bienvenue de clignotants intégrés pour la sécurité des usagers.

Deuxièmement, une autonomie théorique de 70 kilomètres, ce qui est supérieur à bien des concurrents. Aidé il est vrai par un poids plume de 13 kilogrammes, là aussi une rareté dans le milieu. Encore faudrait-il cependant le tester en des localités où l’assistance électrique doit s’accommoder de certains dénivelés prononcés, puisant conséquemment dans la batterie.

La donnée, nouveau carburant des constructeurs automobiles
Troisièmement, et c’est là le cœur du produit: une connectivité permanente qui offre des informations comme le niveau de batterie, la météo, le choix du mode de conduite, la navigation etc. Mais aussi et surtout, un système électronique d’antivol couplé au mobile, sous Android ou iOS qui bloque toute utilisation de celui-ci en l’absence d’appairage reconnu et qui autorise le suivi géolocalisé en cas de vol avec déclenchement d’une alarme.

Big Brother is riding

Cette débauche de capacités numériques possède néanmoins un revers de la médaille. Car à un moment de l’entretien, le sémillant investisseur lâche un élément qui donne à réfléchir: la possibilité pour l’entreprise d’opérer une mise à jour de son logiciel qui viendrait à être piraté. Tiens, tiens, comme pour Tesla en effet qui pouvait à distance ajuster à sa guise l’autonomie de certains véhicules ou même désactiver l’autopilotage, une option centrale des modèles de sa marque.

Si l’on peut en effet se réjouir de pouvoir pister son moyen de locomotion en cas de perte et surtout de vol, il y a un effet porte à double sens. Il est techniquement réaliste de savoir où vous vous trouvez vous-même puisque votre mobile personnel est couplé au système du vélo : vous êtes en connectivité permanente durant votre déplacement donc traçable vous-même.

En outre, et l’entrepreneur à l’origine du projet est honnête en reconnaissant cette éventualité, ces verrous numériques résisteront-ils à l’ingéniosité et à la curiosité des hackers? Combien faudra-t-il de temps pour voir apparaître sur les marchés du darknet des applications débloquant ou contournant le système antivol et de géolocalisation? Incidemment, ces mêmes bidouilleurs de code ne pourraient-ils pas déverrouiller la limitation de l’assistance électrique, propulsant ainsi le vélo bien au-delà des 25 km/h réglementaires au mépris de la sécurité des autres cyclistes?

Enfin, la question très épineuse des métadonnées. Car l’utilisateur d’un tel engin pourrait être identifié, et son profilage fortement facilité (en fonction déjà de l’achat d’un tel modèle, puis de ses trajets et de ses arrêts, comme pour les accessoires commandés). Si l’on part pour le fabricant d’une présomption de conformité au Règlement général sur la protection des données en vigueur depuis 2018, là encore un pirate doué pourrait se régaler et même avoir par ricochet un accès aux données du mobile.

Les automobiles 3.0 sur l’autoroute des cybermenaces
Marc Simoncini avance –n’oublions pas qu’il dispose d’une formation d’informaticien,– que le système est robuste. Mais il admet honnêtement que ce dernier n’est pas inviolable, et que le jour où cela devrait arriver, alors un correctif logiciel à distance serait appliqué. De là, on peut aussi imaginer l’injection d’un bout de code malveillant permettant à des pirates ou à une organisation étatique ou privée de s’emparer d’informations, de surveiller à distance ou de déclencher un rançongiciel.

L’on peut aussi conjecturer à moyen et long terme un système de supervision des flux de circulation cyclistes par les pouvoirs publics où l’interdiction d’emprunter certaines voies serait sanctionnée automatiquement, ou encore la vitesse électroniquement bridée à distance, grâce notamment à cette hyperconnectivité.

Enfin, il faut se défier de trop rapidement qualifier un tel produit d’écologique. Sa confection en aluminium/carbone et ses différents composants tant dans la batterie que dans les capteurs, processeurs et diodes emploient divers métaux qu’il faut bien extraire, traiter puis acheminer parfois depuis l’autre bout du monde (suivez mon regard). En définitive, le bilan carbone d’un tel outil est loin d’être neutre si l’on intègre son cycle de vie.

Alors si cet électrocycle est aguichant, innovant et sécurisant, il est impératif de bien envisager toutes les évolutions possibles d’une telle approche des mobilités: Tesla ou Angell, même combat!

Discuter