Rapatriés, des Tunisiens subissent le confinement obligatoire… et les couacs des hôteliers

L’hébergement à l’hôtel des Tunisiens rapatriés de l’étranger, pendant la période de quarantaine, est désormais à leurs frais. Pourtant, les conditions du rapatriement et les services offerts laissent parfois à désirer. Les protestations se multiplient et l’État promet de prendre des mesures pour arrêter les dépassements.
Sputnik

Depuis l’entrée en vigueur de la troisième phase du déconfinement (4-14 juin), il est désormais possible pour les Tunisiens rapatriés de l’étranger d’observer une période de sept jours de quarantaine à l’hôtel, à leurs frais, et sept jours chez eux.

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À la fin de la première semaine, la personne assujettie au confinement obligatoire se fait tester (gratuitement) au Covid -19. Si le résultat s’avère négatif, elle poursuit le confinement chez elle. Le cas échéant, elle est prise en charge par le corps médical. Initialement, la procédure consistait dans un auto-isolement obligatoire de14 jours dans un hôtel, aux frais de l’État.

Encouragés par la réduction de la période d’autoconfinement, certains Tunisiens ont décidé de rentrer au pays. La nouvelle procédure exige que chaque Tunisien désirant rentrer doive payer à l’avance son séjour à l’hôtel et présenter le document le prouvant à l’aéroport, avant de pouvoir prendre l’avion. Une liste des hôtels disponibles a été publiée sur les sites des ambassades et des consulats de Tunisie à l’étranger. De catégorie 3 et 4 et 5 étoiles, ces hôtels se trouvent dans plusieurs régions du pays.

«Sauf que ce n’était pas toujours facile d’en trouver un qui réponde au téléphone», affirme à Sputnik Houssein Khodjet El Khil, un universitaire résident au Qatar. Ce dernier avait réservé pour un vol de rapatriement prévu le 5 juin. Il ne lui restait plus qu’à choisir un hôtel disponible dans la liste. «Une majorité de réceptions des hôtels étaient injoignables presque toute la journée, il y avait donc une difficulté pour obtenir la confirmation de la réservation», précise-t-il.

Houssein a finalement dû se rabattre sur le seul hôtel joignable, et tant pis si celui-ci se trouvait à une soixantaine de kilomètres de son lieu de résidence habituel, où il y avait pourtant des hôtels disponibles.

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Si la procédure exige que chaque passager produise une facture ou un reçu de son paiement à l’avance du séjour à l’hôtel, elle n’a pas toujours été contrôlée rigoureusement. «Je n’ai présenté que la réservation de mon hôtel, que j’avais payé en arrivant à Tunis», précise à Sputnik, M. L, un autre Tunisien rapatrié du Qatar qui a préféré garder l’anonymat.

Les conditions du vol laissaient aussi à désirer. Plutôt que de respecter les consignes de distanciation sociale dans l’avion, en laissant au moins un siège vide entre un passager et un autre, le vol était «pratiquement plein».

«Nous avons été choqués de nous voir placés l’un à côté de l’autre, alors que la compagnie aérienne nous avait promis un voyage sécurisé, et ce pour une durée de plus de six heures de vol», se lamente Houssein, qui redoute la montée du taux de contamination au Covid-19.

Arrivés à l’aéroport Tunis-Carthage, et après les mesures de contrôle des papiers et de la température, les passagers ont rejoint les bus qui devaient les transporter vers leurs hôtels respectifs. Là aussi, il y a eu des couacs. «L’affectation aux bus n’était pas si bien organisée, les listes sont globales et non pas par bus réservé par chaque hôtel. Les procédures et les temps d’attente étaient trop longs, des comptages répétitifs et des contrôles interminables ont diminué un peu notre patience, et nous avons compris que les agents responsables étaient en train de mal gérer, même s’ils essayaient de faire de leur mieux», explique Hussein.

La qualité de repas contestée

Une fois installées à l’hôtel, les personnes confinées n’avaient pas le droit de quitter leur chambre. Les repas leur sont servis sur place pour éviter tout contact avec autrui.

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Plusieurs personnes ont formulé des réclamations sur la qualité de la nourriture et des services. Alors qu’il réside dans un hôtel 5 étoiles, M. L déplore, par exemple, «les portions insuffisantes et le manque de fraîcheur de certains aliments, ce qui m’a obligé à demander à un ami de l’extérieur de me ravitailler». Les confinés sont de fait autorisés à recevoir des paniers de leurs proches, qui les déposeront à leur nom à l’hôtel.

Hussein, lui, s’est carrément fait voler son petit-déjeuner le deuxième jour de son séjour, mais il a globalement été satisfait de la qualité des repas servis dans l’hôtel où il réside. Ce n’est pas le cas de tout le monde.

Deux hommes, rencontrés par Sputnik devant la porte d’un hôtel, portaient des sacs de nourriture, en attendant de les faire livrer par le personnel de l’hôtel à un parent, rentré de Vienne. Ils indiquent que «ce dernier a fait appel à eux, car il ne mangeait pas à sa faim et que la qualité de la nourriture était moyenne, alors que les choses se passaient mieux dans d’autres hôtels».

La radio privée Mosaïque FM a publié une photo qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, montrant un repas où il n’y avait que de la salade, du pain, deux fruits et deux yaourts, et a repris le commentaire d’un résident: «est-ce un dîner dans un hôtel 5 étoiles pour les Tunisiens rapatriés et confinés?»

D’autres se sont plaints de la qualité du service, notamment des retards dans le ramassage des restes des repas laissés devant les chambres ou encore de la propreté des chambres, qui manquaient d’entretien.

L’État annonce des sanctions

Face à ces réclamations, Mohamed Rabhi, président de la commission de confinement au sein du ministère de la Santé a dû intervenir pour apporter des clarifications.

Il a déclaré le 11 juin, à l’agence de presse officielle TAP «avoir reçu plusieurs doléances de part de Tunisiens qui sont actuellement en quarantaine dans les hôtels, relatives au non-respect des conditions d’hygiène et à la dégradation de la qualité des services qui leur sont offerts.» Il a par ailleurs signalé que «c’est inacceptable et que des sanctions seront imposées aux hôtels qui ne respectent pas les procédures en vigueur.»

Rappelons que 3.500 personnes sont actuellement en confinement dans les hôtels depuis le 5 juin, auxquels s’ajouteraient 5.000 autres personnes à partir du 14 juin, d’après Rabhi. Ce dernier a aussi annoncé qu’il était fort probable que la quarantaine soit levée à partir du 27 juin, date de l’ouverture des frontières terrestres, maritimes et aériennes tunisiennes, mais que cette décision restait tributaire de la situation sanitaire du pays.

En attendant, beaucoup de Tunisiens attendent d’être rapatriés et ils ont même lancé une campagne intitulée «Nhibou Nraouhou» (nous voulons rentrer), dans laquelle ils exigent l’annulation du confinement obligatoire dans les hôtels.

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