Emmanuel Macron se contredit lui-même en affirmant que «personne ne parlait des masques» début mars

Interpellé le 18 mai sur la gestion des stocks de masques, Emmanuel Macron a répondu que «personne ne parlait des masques début mars». Il a cependant lui-même annoncé le 3 mars la réquisition de «tous les stocks et la production de masques de protection».
Sputnik

«Au début du mois mars et encore plus en février ou en janvier, personne ne parlait des masques», a déclaré Emmanuel Macron à BFMTV. C’est faux: des syndicats de médecins et de personnels médicaux se sont publiquement inquiété des quantités disponibles et de leur approvisionnement.

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Voici la phrase complète: «Ayons collectivement l’honnêteté de dire qu’au début du mois mars et encore plus en février ou en janvier, personne ne parlait des masques, parce que nous n’aurions jamais pensé être obligés de restreindre la distribution de ceux-ci pour les soignants».

«Ce n’est pas vrai, dès le début (de l’épidémie), il y avait cette demande», a déclaré mardi à l’AFP Patrick Pelloux, président de l’association des urgentistes de France.

«Les médecins libéraux sont en première ligne pour prendre en charge des patients suspects ou atteints du coronavirus (…) ils n’ont bénéficié d’aucun matériel de protection lors de l’examen des patients (masques adaptés, tuniques de protection)», alertait le 26 février le syndicat «Jeunes Médecins».

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«L’imminence d’une épidémie de coronavirus nécessite la mobilisation de tous les professionnels (…) les généralistes ont besoin des équipements nécessaires à leur propre protection (masques FFP2, solutés hydroalcooliques, lunettes, etc…)», réclamait le 2 mars le syndicat de généralistes MG France.

«Nous continuons à exiger l’envoi dans nos cabinets de masques FFP2 de toute urgence, avant de se retrouver débordés par l’épidémie», demandait la Confédération des Syndicats Médicaux Français (médecins libéraux), sur son site le 28 février.

Le 18 mars, un document de l’Assurance Maladie précise que les généralistes recevront 18 masques FFP2 (qui offrent un plus haut niveau de protection) par semaine.

Autres exemples: le 3 mars, Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa (regroupant les principaux acteurs privés des EHPAD) explique à l’AFP que «les professionnels du secteur restent inquiets quant à une possible pénurie de masques de protection». Trois jours plus tard, le Syndicat National des Professionnels Infirmiers publie un sondage interne affirmant que «78% des infirmières des hôpitaux, cliniques et EHPAD, sont confrontées à un manque de masques FFP2».

Contacté mardi par l’AFP, l’Elysée explique qu’Emmanuel Macron évoquait les «masques grand public» (en tissu) «pour lesquels le gouvernement a mobilisé les industriels français du textile dès le mois de mars».

«Nous n’avons jamais été en rupture»

Une autre phrase du Président a déclenché de vives critiques, notamment de l’opposition. «Il y a eu une doctrine restrictive (…). Il y a eu ensuite un approvisionnement renforcé et une production renforcée et nous n’avons jamais été en rupture. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a eu des manques, qu’il y a eu des tensions, c’est ça qu’il faudra regarder pour le corriger et pour prévenir», a-t-il déclaré.

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S’il est vrai que la France ne s’est jamais retrouvée sans aucun masque, entre sa production et ses importations, le stock d’Etat au début de l’épidémie ne comprenait que «117 millions de masques chirurgicaux pour adultes» et «aucun stock stratégique» en FFP2, avait détaillé le 21 mars le ministre de la Santé Olivier Véran lors d’un point presse.

L’État avait annoncé le 3 mars la réquisition de «tous les stocks et la production de masques de protection» pour les distribuer aux soignants et malades et lancé de vastes commandes, notamment en Chine, pour tenter de combler ces manques. Toutefois le Syndicat national des professionnels infirmiers affirmait le 7 avril sur la foi d’une enquête en ligne, que plus de la moitié des infirmiers (53%) avaient «constaté un manque» de masques chirurgicaux et plus des trois-quarts (81%) de modèles FFP2.

​Le 21 avril, le syndicat national des anesthésistes-réanimateurs déclarait dans un communiqué que «l’accès aux masques chirurgicaux s’amélior(ait)», mais n’était «pas encore possible partout».

«Aujourd’hui, à la date du 19 mai, pour le Samu c’est tendu mais les besoins sont globalement couverts», explique M. Pelloux, qui juge la situation «plus tendue en réanimation».

Le 8 mai, le ministère de l’Economie a déclaré que l’approvisionnement par semaine en France en masques (à usage unique et réutilisables), devait atteindre les 200 millions par semaine à la date du déconfinement le 11 mai.

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