Covid-19: en Tunisie, contre les troubles du confinement, l’État psychologue

La peur de la maladie, le confinement qui se prolonge et l’absence de visibilité sur l’avenir, autant de facteurs qui suscitent chez les individus stress, anxiété et traumatisme. Ces troubles génèrent un besoin d’écoute et de suivi psychologique: l’État tunisien s’en charge, mais aussi le secteur privé.
Sputnik

Devant la prolongation du confinement généralisé de deux semaines supplémentaires (du 5 au 19 avril), les Tunisiens s’inquiètent davantage de l’avenir, d’autant que certains d’entre eux risquent de se retrouver sans ressources. Tout cela a rendu urgente la création de cellules d’écoute pour les citoyens afin d’absorber leurs inquiétudes et de les aider à les dépasser.

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Depuis lundi 30 mars, le ministère de la Santé a créé une Cellule d’assistance psychologique des victimes des catastrophes. L’objectif est d’accompagner les personnes souffrant de troubles psychologiques dus au confinement généralisé.

«Rien que les quatre premiers jours, nous avons reçu 32.000 appels! Nous n’avons pas pu répondre à tout le monde car nous ne disposons que de dix postes téléphoniques et 200 psychologues et psychiatres volontaires pour répondre», précise à Sputnik le docteur Anissa Bouasker, présidente de cette cellule.

Concernant les profils de ceux qui appellent, il s’agit essentiellement de personnes qui ont peur des contaminations. D’autres, avec le prolongement du confinement, commencent à avoir des angoisses par rapport à leur situation économique et les moyens de subvenir à leurs besoins et ceux de leurs familles. Il y a un troisième profil, celui des gens qui ont déjà des troubles psychiatriques et qui se trouvent privés d’aller consulter leur psychiatre, ce qui complique encore leur situation.

«Nous avons noté que les personnes qui nous contactent souffrent de troubles de sommeil, de cauchemars, d’une perte d’appétit et même d’une dépendance à des substances», note le docteur Bouasker.

Que leur offre-t-on alors pour les aider?

La présidente de la Cellule d’assistance psychologique des victimes des catastrophes préconise «d’éviter la surexposition aux médias, de rester connecté à ses proches, de prendre l’information de sources fiables et de faire attention aux fake news. Nous rappelons surtout que 80% des malades contaminés par le virus guérissent».

Reste qu’il y aussi des cas graves, avec de forts traumatismes psychologiques, voire des intentions suicidaires. Que faire donc pour cette catégorie? «Ils sont transférés à des spécialistes seniors qui les prennent en charge», précise Anissa Bouasker.

Assistance au personnel médical

Les troubles psychologiques touchent aussi une autre frange de la population: le personnel médical qui œuvre aujourd’hui en première ligne dans la lutte contre le coronavirus. À cet effet, le ministère de la Santé a mis à la disposition des professionnels de la santé un autre numéro vert pour leur venir en aide.

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«Ils bénéficient d’un accompagnement plus personnalisé avec la téléconsultation. Nous essayons aussi de parler avec eux directement afin de les mettre à l’aise et de leur donner des outils pour gérer cette situation difficile. Toutefois, il n’y a pas beaucoup d’appels de la part des professionnels car ils n’ont pas le temps malheureusement de s’occuper d’eux, occupés par leur lutte contre le virus», précise le docteur Bouasker.

Numéro vert pour les familles et les enfants

Pour consolider les efforts du ministère de la Santé, le ministère de la Femme a lui aussi créé un numéro vert d’assistance psychologique, orienté vers les familles et les enfants et opérationnel depuis le 6 avril dernier. Onze psychologues et pédopsychiatres répondent aux appels de 8h à minuit.

«Notre objectif est de prendre en charge les familles et les enfants qui souffrent de troubles à cause du confinement. Dans ces conditions, la relation du couple est affectée et les enfants ont des troubles du comportement tels que l’angoisse, l’énurésie nocturne et les troubles de sommeil car ils ne comprennent pas la raison du confinement. D’où la nécessité d’un accompagnement psychologique fourni par des spécialistes», indique à Sputnik Asma Shiri, ministre de la Femme, de la Famille, de l'Enfance et des Seniors.
«Ahkili», plateforme privée d’assistance psychologique

L’État n’est pas le seul à offrir de l’assistance psychologique aux citoyens, «Ahkili» (Raconte-moi) est un centre d’appels spécialisé en santé psychologique qui a offert ses services gratuitement pendant deux semaines (du 20 mars au 4 avril).

Le centre d’appels a été créé le 25 février dernier, soit une semaine avant l’apparition du premier cas du coronavirus en Tunisie le 2 mars, et dispensait normalement un service payant. Mais les circonstances spéciales ont amené ses fondateurs à participer à l’effort de solidarité nationale pour lutter contre le Covid-19.

«Nous avons voulu assumer notre responsabilité sociale et mettre à la disposition des citoyens notre équipe de façon bénévole, pour les assister. Mais avec le prolongement du confinement, nous ne pouvons plus continuer à le faire vu que nous sommes une start-up naissante», explique à Sputnik Gaith Suissi, psychologue et cofondateur d’Ahkili.

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Le centre d’appels, qui fonctionne normalement avec une équipe de huit psychologues, a dû porter son effectif à 13 personnes. Il est passé d’une moyenne de 120 appels par jour, avant la crise du coronavirus, à 350 appels quotidiens.

«Les citoyens qui nous contactent ont généralement des crises de panique ou d’angoisse car ils craignent pour leur santé, mais aussi pour leur emploi. Il y a également ceux qui n’arrivent pas à joindre leur psychiatre à cause du confinement, et ceux qui avaient, dans le passé, des troubles psychologiques et qui rechutent actuellement à cause de la crise et du confinement», note Gaith Suissi.

Le besoin d’une assistance psychologique risque de s’accroître en Tunisie, à mesure que les chiffres de contamination par le Covid-19 augmentent. Jusque-là, le pays a enregistré 596 cas et 22 décès. Mais le ministère de la Santé annonce une propagation plus rapide du virus durant les semaines à venir à cause du non-respect par les citoyens des dispositions du confinement observé «dans plusieurs zones et en de nombreuses occasions».

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