Intervention militaire en Libye: Erdogan met de l’eau dans son raki

Le Président turc rétropédale dans sa gestion du dossier libyen. Après avoir menacé d’envoyer des troupes pour soutenir le Gouvernement d’union nationale, Recep Tayyip Erdogan a déclaré dimanche, depuis Alger, «qu’il n’y a pas de solution militaire en Libye».
Sputnik

Recep Tayyip Erdogan a profité de sa visite de travail à Alger pour présenter ce qui peut être considéré comme sa nouvelle vision du dossier libyen. Ce dimanche 26 janvier, lors d’une conférence de presse animée avec son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, le Président turc a plaidé pour une solution politique en Libye.

«Il est impossible de parvenir à un résultat dans le dossier libyen avec des solutions militaires. Le dialogue et l'entente demeurent les facteurs essentiels d’une stabilité durable. Il existe des contacts intenses avec les pays de la région et les acteurs internationaux pour un cessez-le-feu durable et la reprise du dialogue politique», a déclaré Recep Tayyip Erdogan.

Ce que vient chercher Erdogan à Alger
Le Président turc semble vouloir poser son fusil et remiser ses rangers. Il rejoint ainsi la position de l’Algérie qui plaide pour une résolution «pacifique et politique» de la crise libyenne en dehors de toute intervention étrangère dans ce pays. Une attitude qui tranche avec sa stratégie belliciste mise en œuvre ces dernières semaines. Fin décembre en effet, Recep Tayyip Erdogan annonçait son intention de saisir le Parlement pour autoriser l’envoi de troupes afin de soutenir militairement le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj, confronté à une offensive des forces de Khalifa Haftar. La motion avait été adoptée par les parlementaires turcs en tout juste une semaine. Le 5 janvier dernier, le Président turc annonçait même le début du déploiement de soldats turcs sur le sol libyen.

La déclaration d’Alger est donc un virage à 180 degrés. Et, selon Recep Tayyip Erdogan, les troupes envoyées à Tripoli se sont transformées «en experts chargés d’entraîner les militaires du GNA».

Pour Hakim Boughrara, universitaire et analyste politique algérien, l’aspect militaire n’est qu’un volet de la stratégie turque en Libye.

«La Libye est très importante pour les Turcs, et cela pour différentes raisons. Leur stratégie pour ce pays du Maghreb se base sur trois piliers: politique, militaire et économique. En proférant la menace d’une intervention militaire, Erdogan ne visait pas uniquement le maréchal Haftar, l’ennemi de son allié Fayez el-Sarraj, mais aussi indirectement Alger», explique-t-il à Sputnik.

En effet, poursuit Hakim Boughrara, l’Algérie a besoin d’une Libye stable et pacifiée à ses frontières. L’objectif final de la Turquie, et de toutes les puissances impliquées dans le conflit libyen, est de profiter des ressources énergétiques de ce pays. Mais le Président Tebboune, lors de la rencontre de Berlin, avait affirmé être contre toute ingérence étrangère en Libye et que les avantages d’ordre économiques ne pouvaient être accordés à un pays tiers que par un gouvernement libyen légitime.

«Ce qui peut paraître comme un revirement d’Erdogan n’est en fait qu’une manière de privilégier l’option politique tout en gardant l’option militaire sous la main», précise l’analyste.

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Il est vrai qu’Alger avait balisé le terrain de l’option politique en accueillant une rencontre des pays frontaliers de la Libye (Tunisie, Égypte, Tchad, Mali, Soudan, Niger et Algérie) 72 heures avant la visite officielle du Président turc. Au terme de cette rencontre, les représentants des sept États avaient signé une déclaration de principe rejetant «toute ingérence étrangère» en Libye. Recep Tayyip Erdogan a donc accepté de s’aligner sur ce principe en faisant la promotion d’une solution politique. Mais cela aura probablement un prix.

Lors de sa visite algéroise, le Président turc a mis en avant ses ambitions: augmentation du volume des échanges commerciaux à plus de 5 milliards de dollars, renouvellement du contrat d'approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) jusqu’en 2024 et création d’une zone de libre-échange. Les regards d’Ankara se dirigent également du côté du secteur de la Défense, grand importateur d’équipements. En pleine expansion, l’industrie militaire turque est à la recherche de nouveaux marchés. Jusqu’à présent, les résultats sont plutôt limités puisque seul Aselsan a réussi à se positionner en Algérie.     

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