Les bombardements de la Yougoslavie et leurs «effets collatéraux»

20 ans après les bombardements de la Yougoslavie par l’Otan, il n’y a toujours pas de chiffres officiels sur les dommages économiques qui en ont résulté; on parle parfois d’une centaine de milliards de dollars. Mais leurs effets collatéraux sont de loin les plus graves, ont indiqué à Sputnik deux analystes serbes.
Sputnik

En 1999, pendant 11 semaines, l'Otan a bombardé la Yougoslavie, le territoire comprenant la Serbie et le Monténégro actuels. L'économie serbe avait commencé à péricliter dans les années 1990 à cause des guerres et des sanctions, et l'Opération Allied Force l'a définitivement «achevée». Ainsi, les effets collatéraux de cette dernière sont beaucoup plus graves que prétendu jusqu'alors, qu'il s'agisse de l'impact irrémédiable de ces bombardements sur la santé de la population et l'environnement, ou de l'exode de plusieurs générations du pays, s'accordent à dire des experts.

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L'industrie serbe a été sciemment livrée à la destruction afin d'assurer un marché pour des marchandises en provenance de pays participant aux bombardements et faire en sorte que la Serbie dépende de ces derniers, a indiqué à Sputnik Bozo Draskovic, professeur d'économie appliquée à l'Université de Belgrade.

«Il s'agissait d'une destruction à effet durable. Il existe des bombardements proprement dits, mais il y a aussi des "effets collatéraux", dont la rupture des chaînes économiques et le freinage du développement», a précisé l'interlocuteur de l'agence.

Et d'ajouter que les frappes avaient été portées sur des sites économiquement importants, et qu'à ces fins, l'Otan avait utilisé pour la première fois des bombes au graphite.

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Selon Ljubodrag Savic, professeur à la faculté d'économie de l'Université de Belgrade, certaines entreprises ont été abîmées à un point tel qu'il n'était même pas question de les restaurer.

«Un immense détriment a été infligé à l'industrie de l'armement. […] Des technologies entières ont été anéanties. De nos jours, ses capacités renaissent peu à peu, mais elles ne peuvent même pas approcher leur niveau de l'époque yougoslave», a constaté l'universitaire.

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L'Otan n'a pas épargné non plus l'infrastructure civile. À l'issue d'environ 800 frappes aériennes, le pays a été privé de conduites d'eaux, de pompes, de ponts, d'autoroutes, de chemins de fer, d'aéroports, de stations satellitaires et de télévision…

D'après les interlocuteurs de Sputnik, les bombardements de l'Otan ont achevé l'économie serbe, dans la poursuite logique des sanctions des années 1990.

En 1999, les avions de l'Otan ont largué près de 15 tonnes d'uranium appauvri sur le territoire serbe. Il en a résulté 5.500 cas de cancer enregistrés pour un million d'habitants, la Serbie arrive de nos jours en première position en Europe pour le nombre de décès dus au cancer.

Le nombre de victimes de l'opération Allied Force est inconnu, mais le gouvernement serbe fait état d'environ 2.500 morts, dont 89 enfants, et de 12.500 blessés.

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