Un sculpteur russe dont une statue fait face à Notre-Dame s'exprime sur sa reconstruction

Sa statue de Jean-Paul II veille sur Notre-Dame. Elle n'a pas été touchée par l'incendie ravageur survenu lundi 15 avril. Toutefois, il vit ce sinistre comme une tragédie personnelle. Le célébré sculpteur russe d'origine géorgienne, Zourab Tsereteli, a confié à Sputnik son admiration pour la cathédrale et a évalué les travaux à venir.
Sputnik

Ses œuvres sont connues dans le monde entier. L'une d'elles, la statue de Jean-Paul II, a été installée à côté de Notre-Dame en 2014. Le chevalier de la Légion d'honneur, sculpteur, peintre et architecte russe Zourab Tsereteli affirme que la cathédrale a toujours été l'un des point de repère les plus importants dans le monde de l'art. Profondément touché par le sinistre, il a raconté à Sputnik sa première rencontre avec ce chef-d'œuvre de l'art gothique.

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«C'est sans aucun doute l'un des monuments les plus remarquables de la culture mondiale, l'un des centres de la culture chrétienne. Le symbole de la France. Pour moi en tant qu'artiste, c'est un monument qui m'a toujours inspiré, mais aussi inquiété. Je me suis rendu pour la première fois à Paris au début des années 1960. Je garde des souvenirs impérissables de la complexité architecturale de la cathédrale et de sa beauté austère. J'ai toujours ressenti ses énergies. Je suis croyant et je m'y suis rendu pour vénérer ses grandes reliques. J'ai été impressionné par la synthèse des arts et architectures d'époques différentes. Cette synthèse est pour moi la chose la plus intéressante et la plus importante, c'est mon but ultime dans l'art», a-t-il expliqué.

Zourab Tsetereli près de sa statue de Jean-Paul II devant Notre-Dame de Paris

M.Tsereteli, qui avait activement participé aux travaux de restauration la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou entre 1995 et 2000, a apprécié l'intention d'Emmanuel Macron de rebâtir la cathédrale en cinq ans.

«C'est une décision courageuse. Et je pense qu'il était sage de l'annoncer immédiatement. Dans un moment si tragique, il est important de réunir la nation. En ce qui concerne le délai annoncé, nous avons rebâti la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou en un temps comparable. C'est pourquoi je pense que c'est une tâche réalisable. La chose la plus importante est d'organiser et lancer le processus et de réunir tous les spécialistes nécessaires à sa reconstruction», a-t-il estimé.

Il a également affirmé qu'il y avait en Russie de très bons spécialistes dans ce domaine qui pourraient épauler leurs homologues français engagés dans la reconstruction.

À la question de savoir s'il fallait reconstruire la charpente en métal ou en bois, le sculpteur a évoqué l'incendie qui a ravagé le Manège de Moscou en mars 2004 et les travaux qui ont été réalisés en 13 mois.

«Il y a des voies différentes, mais à mon avis, aujourd'hui, grâce aux nouvelles technologies et aux nouveaux matériaux, il est possible de reconstruire la charpente en bois. Grâce aux combinaisons ignifuges, le bois peut être aussi résistant que le métal. Le XIXe siècle n'a pas connu de telles combinaisons. Autant que je sache, cette approche a été réalisée lors de la reconstruction du Manège de Moscou qui a été achevée en peu de temps», a-t-il souligné.

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Au sujet de la statue du pape Jean-Paul II, M.Tsereteli s'est dit fier qu'elle ait été installée à l'extérieur d'une des ailes de la cathédrale.

«Je suis forcément heureux qu'elle n'ait pas été touchée [lors de l'incendie, ndlr] malgré le fait qu'elle se trouve à proximité de la clôture de la cathédrale. C'est depuis son emplacement que les pompiers sont intervenus. Heureusement, le bronze est un alliage métallique résistant. Mais il faudrait quand même la vérifier et la nettoyer», a conclu l'artiste.

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