Un revers pour Trump? l'Égypte ne veut pas de l'«Otan arabe»

L'Égypte a informé les USA qu'elle refusait de participer à l'«Otan arabe», selon Reuters.
Sputnik

Selon Reuters, l'Égypte a communiqué aux États-Unis son refus de participer à la formation de l'Alliance stratégique pour le Moyen-Orient, aussi connue comme l'«Otan arabe», rappelle le site d'information Gazeta.ru

L'agence rapporte que l'Égypte a annoncé sa décision à tous les membres potentiels de l'alliance éventuelle. Ainsi, le Caire estime que la formation de l'Otan arabe pourrait créer des tensions dans ses relations avec l'Iran.

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Qui plus est, l'Égypte est préoccupée par le fait que l'alliance pourrait être remise en cause en cas de défaite de Donald Trump lors des prochaines élections. L'alliance éventuelle devait réunir la Jordanie, l'Égypte et six États du Golfe: Bahreïn, le Qatar, le Koweït, les Émirats arabes unis, Oman et l'Arabie saoudite. 

La création d'une alliance militaire au Moyen-Orient a été suggérée par le Président Trump lors de sa visite à Riyad. Depuis, les diplomates américains organisent des rencontres régulières avec les représentants des éventuels pays membres de l'organisation. Une réunion de ce genre s'était récemment déroulée avec les Égyptiens: le Président du pays Abdel Fattah al-Sissi s'était entretenu le 9 avril avec son homologue américain à la Maison-Blanche.

Donald Trump avait alors évoqué «le progrès considérable de l'Égypte» dans la lutte contre le terrorisme. Les deux leaders avaient également débattu du commerce et de la coopération militaire. C'est visiblement lors de cet entretien que l'Égypte avait annoncé son refus de faire partie de l'Otan arabe.
Pour Washington, l'objectif principal de cette organisation éventuelle devrait être la protection du Moyen-Orient contre une «agression extérieure» et le «renforcement des relations entre les États-Unis et les pays de la région».

L'union militaire pourrait non seulement servir de plateforme de consultations bilatérales, mais aussi de base pour la création de systèmes régionaux de défense antiaérienne et antimissile, des exercices militaires conjoints et la coopération des structures antiterroristes. Le programme a maxima prévoit la signature d'un accord de sécurité collective et la formation d'un contingent militaire commun. Qui plus est, la formation d'une telle alliance favoriserait la mise en pratique de l'idée de Donald Trump de réduire la présence militaire des États-Unis au Moyen-Orient.

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Les initiatives de Donald Trump s'inscrivent dans le cadre de la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis, qui fixe la nécessité d'«élargir les mécanismes de consultation régionaux» et d'«approfondir la coopération» entre les pays soutenus par les États-Unis.
Du point de vue de Donald Trump, les États-Unis ont trop longtemps payé pour la sécurité de leurs alliés au Moyen-Orient, qui doivent désormais assurer eux-mêmes leur défense.

Si Washington réduisait en effet sa présence dans la région, la nouvelle alliance stratégique devrait empêcher l'Iran de combler ce vide.
Les États-Unis ont de fait déjà établi une coopération avec certains pays du Golfe afin de contenir l'Iran, mais on peut difficilement la considérer comme une coalition à part entière car elle ne repose sur aucune stratégie d'action commune.

Les pays arabes sont en même temps des alliés et des concurrents irréconciliables qui luttent pour leur leadership dans la région.
L'un des obstacles principaux sur la voie de la formation de cette alliance militaire pourrait résider dans le conflit du Qatar avec l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'Égypte.

Depuis déjà plus d'un an, le Qatar subit un isolement diplomatique de la part d'autres pays arabes et a récemment annoncé sa décision de quitter l'OPEP, dont le leader informel est l'Arabie saoudite. Bien que les autorités qataries expliquent cette décision par des motifs économiques (le pays veut réduire considérablement sa production pétrolière, ce qui sera compliqué dans le cadre de l'organisation), on peut facilement comprendre les dessous politiques de ce choix. 

La participation d'Oman à l'Otan arabe suscite des doutes également. Ainsi, les experts de Defense News estiment que le pays ne veut pas sacrifier sa neutralité traditionnelle au nom de la lutte contre l'Iran. 

La signature d'un accord éventuel par les pays arabes est encore compliquée par le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, car on accuse le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane d'avoir fomenté ce crime.

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On ne sait pas non plus quelle sera la réaction d'Israël à l'apparition d'une nouvelle alliance militaire au Moyen-Orient. D'une part, l'alliance pourrait s'avérer avantageuse pour Tel-Aviv car elle serait un adversaire puissant de l'Iran dans la région. En outre, l'Otan arabe pourrait freiner la dissémination de l'islam radical et du terrorisme, ce qui renforcerait la sécurité d'Israël.

D'autre part, cette alliance militaire arabe pourrait devenir une menace pour Israël compte tenu de la diffusion des humeurs anti-israéliennes dans la région. Encore récemment, l'État hébreu a été obligé de mener des guerres sanglantes contre les forces arabes unies.

Pour le moment, cette alliance stratégique du Moyen-Orient pose plus de questions qu'elle n'en résoud. L'avenir de cette initiative semble donc encore très flou.

«Même si cette alliance était formée, serait-elle efficace? L'Arabie saoudite a formé en 2015 une Coalition militaire islamique pour combattre Daech*, qui s'est avérée factice», estime Alexeï Malachenko du Centre Carnegie de Moscou. Et de conclure: «L'existence d'une alliance militaire exige un adversaire réel. Une guerre entre l'Iran et l'Arabie saoudite est-elle possible? J'en doute fort. Toute alliance revêt une teinte propagandiste».

* Organisation terroriste interdite en Russie

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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