Les USA évaluent les conséquences d'une éventuelle frappe nucléaire sur leurs villes

La Commission pour la stratégie nationale de défense du Congrès américain a récemment formulé des conclusions peu réjouissantes: les États-Unis risquent de perdre leur domination militaire dans le monde, tandis que la Russie et la Chine renforcent leurs capacités au niveau mondial.
Sputnik

Selon les membres de la Commission, les troupes américaines pourraient subir des pertes trop élevées en cas de conflit armé de grande envergure. Plus tôt, le portail des marchés publics des USA avait lancé un appel d'offres pour étudier les conséquences éventuelles de la contamination radioactive du territoire américain après une frappe nucléaire.

Le risque d'irradiation interne

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Les Américains accordent ces derniers temps plus d'attention à ce qui pourrait se passer si leurs adversaires avaient les moyens de riposter.

L'étude en question a été commandée par le ministère de la Santé, le National Institutes of Health et le National Cancer Institute. Selon les experts de ces institutions, les États-Unis ne disposent pas d'une méthodologie efficace qui leur permettrait d'évaluer la dose de radiation absorbée par les civils en cas d'explosion nucléaire dans l'atmosphère.

«Ces trente dernières années, les études dans le domaine de la dosimétrie des précipitations radioactives n'ont ciblé que les répercussions des tests nucléaires sur les polygones dans le Nevada, au Kazakhstan ou sur les Îles Marshall, souligne le texte. Ces études du National Cancer Institute ont mis en commun l'expérience russe et américaine pour publier des dizaines de travaux scientifiques importants. En même temps, dans plusieurs domaines-clés les informations sont inexistantes ou inaccessibles. Qui plus est, aucun expert n'a pu mener à leur terme ces recherches et publier leurs résultats. Aux États-Unis, il n'existait qu'une ou deux personnes capables de le faire, qui sont parties à la retraite il y a longtemps».

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Selon l'appel d'offres, l'une de ces domaines insuffisamment étudiés est celui des méthodes de dosimétrie de l'irradiation intérieure, utilisées pour définir les doses de radiation absorbées par l'homme qui ingère des particules radioactives en respirant ou en mangeant. Ce sujet est loin d'être anodin: en cas d'explosion nucléaire atmosphérique au-dessus d'une grande agglomération, le nuage radioactif et les précipitations toxiques pourraient couvrir un territoire énorme. Les sources d'eau douce seraient contaminées même dans des régions éloignées de l'épicentre de l'explosion — et le risque d'être irradié en buvant simplement de l'eau serait donc tout à fait réel.
Bien que les munitions nucléaires et thermonucléaires modernes des grandes puissances soient relativement «propres», leur utilisation massive dans des régions densément peuplées pourrait se solder par des centaines de milliers voire des millions de victimes d'irradiation interne.

Dans le contexte d'une contamination radioactive de grande envergure, les secouristes seraient obligés de travailler dans des conditions très dures. Faute de méthodologie adéquate permettant d'évaluer rapidement la dose de radiation reçue par toutes les victimes, il serait impossible de leur octroyer à temps l'aide nécessaire.
Selon les experts du ministère américain de la Santé, pratiquement aucune étude n'a encore été consacrée à ce sujet. L'attention des scientifiques et des militaires se focalisait plutôt sur les tests dans des polygones désertés, leur impact sur l'environnement et la création de moyens de protection radiologique dans l'intérêt des forces armées.
La fin des expériences avec les armes de destruction massive a levé la nécessité de continuer ces études.

Retour vers l'atmosphère

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Le phénomène d'explosion nucléaire a été étudié sous toutes ses coutures ou presque. Avant 1963, les adversaires de la guerre froide ont fait exploser dans l'eau, dans l'air et au sol des milliers de munitions d'une puissance totale de plusieurs centaines de kilotonnes — voire de dizaines de mégatonnes.

Les scientifiques et les militaires ont obtenu beaucoup d'informations, établi les avantages et les inconvénients de cette arme, créé des moyens de protection contre ses effets nocifs. Ces tests ont montré les capacités de la bombe nucléaire et ont, de fait, prévenu la Troisième Guerre mondiale. Qui plus est, les dégâts causés étaient importants mais remédiables.
Beaucoup d'anciens polygones nucléaires restent impropres à la vie. Ainsi, l'atoll de Bikini, véritable petit paradis faisant partie des Îles Marshall, a longtemps été utilisé par le Pentagone pour tester des charges nucléaires et thermonucléaires. Le 1er mars 1954, les Américains y ont fait exploser la bombe à hydrogène Castle Bravo qui pour la première fois utilisait en tant que combustible du deutérure de lithium enrobé d'uranium appauvri.

Selon les sources américaines, l'explosion de Castle Bravo fut la plus «sale» de toute l'histoire des essais nucléaires des États-Unis. La contamination a couvert un territoire de plus de 550 km sur 100 km. Le vent a rapidement transporté des précipitations radioactives: 7 heures et demie après l'explosion, une hausse du fond radiologique a été enregistrée à l'atoll de Rongerik, à 240 km de l'épicentre de l'explosion. 28 militaires américains présents sur les lieux ont reçu une dose importante de radiation et ont été évacués d'urgence.

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Un nuage de précipitations radioactives a également affecté le navire de pêche japonais Daigo Fukuryū Maru à 170 km de l'atoll de Bikini. Les membres de son équipage ont reçu une dose de près de 300 rœntgen chacun et sont devenus handicapés. L'opérateur de radio du bateau est décédé six mois après. Cet incident a provoqué une vague de manifestations pacifistes au Japon et dans le monde entier.

En fin de compte, le Traité interdisant les essais d'armes nucléaires dans l'atmosphère, dans l'espace extra-atmosphérique et sous l'eau est entré en vigueur le 10 octobre 1963 après avoir été signé par les principales puissances militaires de l'époque: l'URSS, les États-Unis et le Royaume-Uni. La France et la Chine ont continué leurs essais nucléaires jusqu'à 1974 et 1980 respectivement.
Les pays signataires n'ont pas arrêté leurs essais pour autant, et ont ouvert l'époque des explosions souterraines. L'interdiction complète des essais nucléaires n'est entrée en vigueur que le 10 septembre 1996. A l'heure actuelle, ce traité n'a toujours pas été signé par l'Inde, le Pakistan et la Corée du Nord — le dernier État ayant osé un essai nucléaire le 3 septembre 2017 sur le polygone de Punggye-ri.

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Mais pourquoi le gouvernement américain a-t-il actuellement besoin d'étudier les répercussions des explosions nucléaires atmosphériques? Cela intéresse tout d'abord les Américains eux-mêmes. Ainsi, Matthew Kroenig, professeur de la Georgetown University, a organisé en octobre un sondage annuel traditionnel parmi ses étudiants: qui pense qu'il sera témoin d'une guerre nucléaire pendant sa vie? Si l'on ne comptait habituellement que deux-trois réponses affirmatives il y a une dizaine d'années, le nombre de pessimistes atteint 60% depuis deux ans…

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