Armée européenne: est-ce un des éléments d’une «Europe à deux vitesses»?

La déclaration d’Emmanuel Macron sur la nécessité d’une «vraie armée européenne» divise les Européens, qui ont des approches différentes du rôle de l’Otan. S’agit-il d’un rêve irréalisable ou d’une possibilité réelle? Sputnik s’est entretenu avec un politologue et journaliste indépendant polonais.
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Vouloir former une «vraie armée européenne » n'est pas une initiative nouvelle. Elle date déjà de plusieurs années et émane principalement de deux États: la France et l'Allemagne. C'est ainsi qu'a été créé l'Eurocorps, a rappelé à Sputnik Krzysztof Podgórski, politologue et journaliste indépendant polonais.

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«Macron a insufflé une vie nouvelle aux idées qui trouvaient un écho chez les élites des principaux pays européens et surtout dans ce qui est désigné comme la "Vieille Union". Comme l'a dit le Président Poutine, [les forces armées européennes, ndlr] c'est un élément de la multipolarité mondiale qui se renforce et il se peut que cela soit nécessaire pour défendre les intérêts de l'Europe», a poursuivi l'interlocuteur de l'agence.

Selon ce dernier, il s'agit du concept de la protection des intérêts de l'Union européenne, y compris sur le plan militaire, dans le cadre de l'architecture du monde en mutation.

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«Et la Russie est logique avec elle-même. Cette conception de la liquidation de l'ordre mondial où le rôle dominant appartient aux États-Unis dans l'intérêt de la multipolarité revient à la diplomatie russe et se développe logiquement depuis déjà plusieurs années. Elle ne contredit pas non plus l'idée de Macron. Elle coïncide avec l'idée du Président Macron concernant la création d'une armée européenne. […] Quant à la présidence de Donald Trump, elle cherche à se réserver le statu quo», a constaté le politologue.

Et d'ajouter que ce que l'on appelle la «Nouvelle Union», notamment les pays ayant adhéré à l'Union européenne depuis les dernières années, y compris la Pologne, n'intervenaient pas du tout en faveur d'un élargissement de la coopération en matière de défense, en y percevant une concurrence pour l'Otan.

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«Pas une seule force [politique, ndlr] en Pologne ne s'est prononcée en faveur de la création d'une armée européenne à titre d'alternative à l'Otan. La Pologne, la Roumanie, le Lituanie, la Lettonie, l'Estonie, la Slovaquie et la Hongrie sont ces pays dont on ne doit pas attendre qu'ils apportent leur soutien à la proposition française», a relevé M. Podgórski.

Il a rappelé que dans l'espace économique de l'UE, il existait une «Europe à deux vitesses» qu'imposaient l'Allemagne et la France, ainsi que la zone euro qui s'élargissait.

«Par conséquent, la politique de défense peut aller dans deux directions. Il y aurait des pays qui s'intégreront et mettront des unités à la disposition de l'Eurocorps et participeront à la création de cette armée. Et il y aurait peut-être des pays qui n'y adhéreront pas, comme par exemple la Pologne et la Roumanie», a résumé l'interlocuteur de Sputnik.

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Des généraux français ont quant à eux indiqué à Sputnik qu'une armée européenne pourrait faire concurrence à l'Otan, mais qu'il s'agissait d'un projet qui ne pourrait être réalisé que dans dix ans au moins.

Dans une interview accordée le 6 novembre à la radio Europe 1, Emmanuel Macron s'est déclaré favorable à la création d'une «vraie armée européenne» indépendante des États-Unis, y compris pour garantir la cybersécurité de l'Europe. Cette idée a été reprise plus tard par la chancelière allemande Angela Merkel. Entre-temps, Donald Trump a qualifié d'«insultante» l'idée du Président français et proposé aux Européens de payer leur part à l'Otan, subventionnée largement par Washington.

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