Les grands investisseurs auraient préparé une crise trois fois plus puissante qu'en 2008

En 1992, Stanley Freeman Druckenmiller organisait l'«attaque spéculative» la plus réussie du XXe siècle avec son partenaire, ami et collègue George Soros.
Sputnik

D'après la presse financière, ce duo financier dirigeant le fonds Quantum a «pillé la Banque d'Angleterre» et gagné en quelques jours près d'un milliard de livres grâce à ses spéculations sur la dévaluation de la monnaie britannique.

Le monde au seuil de la réédition de la crise financière mondiale de 2008?
Plus tard, les chemins de Stanley Druckenmiller, qui aimait le calme et préférait rester dans l'ombre, et de George Soros, qui a toujours voulu s'impliquer ouvertement dans la politique mondiale, se sont séparés. Mais les deux spéculateurs, qui avaient humilié la plus ancienne banque centrale de l'Occident en partant avec le butin après un casse réussi, sans subir de conséquences, sont devenus des légendes du monde financier.

Récemment, le partenaire discret et mystérieux de Soros a décidé d'accorder sa première interview substantielle depuis plusieurs années. Apparemment, il n'a pas de bonnes nouvelles sur l'économie mondiale et n'apprécie pas du tout Donald Trump. Mais le plus intéressant dans cette interview de Stanley Druckenmiller est son aveu que les graines de la nouvelle crise économique mondiale sont non seulement déjà semées, mais qu'elles germeront bientôt. «Nous avons pris les causes de l'ancienne crise et les avons triplées. Et nous l'avons fait au niveau mondial», a-t-il reconnu, sans préciser à qui il faisait allusion par «nous». Toutefois, le spéculateur légendaire possède une liste déjà prête des responsables de la future crise. Pour l'oreille russe, il sera très inhabituel de ne pas retrouver dans cette liste de «coupables» la Russie, Poutine, les hackers russes, ou la Chine. En effet, Stanley Druckenmiller pense que tout sera de la faute des autorités politiques et monétaires des USA des dix dernières années, et de personne d'autre.

La position du milliardaire américain n'est pas présentée comme un avertissement mais comme un verdict. Il accuse les politiciens américains et les dirigeants de la Réserve fédérale (Fed) d'avoir «déformé le capitalisme», qui ne peut pas fonctionner normalement avec des taux d'intérêts pratiquement nuls. A ses yeux, c'est cette déformation qui a rendu la prochaine crise non seulement inévitable, mais également bien plus importante que celle de 2008-2009.

Le milliardaire souligne que les tentatives de régler avec de nouvelles dettes les problèmes qui ont été causés par les anciennes sont vouées à l'échec. Au-delà des questions économiques, il est préoccupé par le niveau extrême d'inégalités sociales provoquées par la politique économique américaine. «Le plus grand accélérateur d'inégalité sociale a été le programme d'assouplissement quantitatif (programme de la Fed pour sauver les banques et les banquiers avec le budget de l'État), c'est indiscutable», pense le spéculateur. Selon, lui la deuxième composante de l'explosion sociale à venir est internet, qui «transmet l'information sur l'écart entre les niveaux de vie» à tous les habitants de la planète. A titre d'exemple, il cite le patron d'Amazon Jeff Bezos: «Regardez, au cours des 48 dernières heures ont été publiés des dizaines d'articles pour dire que la fortune de Bezos dépassait 150 milliards de dollars. Comment une personne ordinaire le perçoit-elle?!»

Malgré la parution de l'interview de Stanley Druckenmiller sur la chaîne financière en ligne Realvision, dont l'audience est assez confidentielle, ses thèses ont été rapidement relayées par les médias financiers mondiaux.

Le fait est qu'il est de plus en plus difficile de qualifier les prophètes d'une crise imminente de fous, de fanatiques ou de conspirationnistes. Quand des experts financiers de renommée internationale disent que la crise et l'explosion sociale sont proches, il faut les écouter. De plus, les journalistes de l'agence de presse Bloomberg qui ont analysé l'interview de Stanley Druckenmiller indiquent qu'il est loin d'être le premier à attirer l'attention sur les difficultés à venir pour l'économie mondiale. Au cours des derniers mois, plusieurs personnalités influentes de Wall Street se sont exprimées sur le même sujet pour présenter au public des prévisions tout aussi sombres.

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Kenneth Cordele Griffin, milliardaire et responsable du grand fonds Citadel Investment Group, a averti très récemment que les dettes trop élevées constitueraient les «graines» de la future chute de l'économie. Citadel est connue pour sa présence sur tous les marchés financiers mondiaux et ses immenses revenus, et Kenneth Griffin contrôle un capital équivalent au PIB de la Lettonie ou du Paraguay. Les acteurs aussi importants ne font jamais de déclarations irréfléchies, car les erreurs commises publiquement influencent trop négativement leurs affaires.

En juin 2018, à la liste des prophètes de la crise imminente s'est ajouté un autre milliardaire, financier et mathématicien: Jeffrey Gundlach, qui possède le fonds d'investissement DoubleLine Capital. Il pense également que le point de départ de la prochaine crise sera la dette excessive, tout en soulignant que le déficit du budget américain et la dette publique des USA ont augmenté sur fond de hausse des taux d'intérêts en dollars, ce qui pourrait entraîner des «complications fiscales» pour Washington.

Toutefois, il serait erroné de penser que cette vision d'une crise imminente n'est que la prérogative des milliardaires du monde de la finance. Le pressentiment que le «banquet de la dette» sera suivi d'une gueule de bois économique transparaît même dans les publications financières de masse. «Préparez-vous à la prochaine crise financière» titrait ainsi le respectable Wall Street Journal pour l'anniversaire de la faillite de la banque Lehman Brothers, qui a marqué le début de la crise de 2008. «Les moyens de règlement des problèmes après 2008 ont engendré encore plus de dettes», affirme l'auteur de la publication.

Bank of America met en garde contre une future crise financière de grande envergure
Il existe également une catégorie d'acteurs financiers qui ne peuvent pas parler publiquement de crises imminentes, mais qui, en raison de leur rôle, doivent s'y préparer et prendre des mesures concrètes pour s'en prémuni: les banques centrales. Dès à présent, les analystes occidentaux remarquent une augmentation anormale des réserves d'or de la Russie, de la Chine, de l'Inde et d'autres pays. Même la Banque centrale polonaise, qui n'est pas menacée par les sanctions américaines ni les risques politiques qui l'accompagnent, s'est mise à acheter soudainement de l'or pour la première fois depuis des décennies.

La situation fait penser au naufrage du Titanic: l'orchestre joue sur le pont et les passagers continuent de s'amuser, mais l'impact avec l'iceberg est inévitable. Pendant ce temps, les plus prévoyants descendent déjà dans les canots de sauvetage et se battent pour y prendre place. La seconde vague de la crise financière mondiale sera douloureuse pour tous, mais quand le Titanic de l'économie occidentale percutera l'iceberg, le canot russe a toutes les chances de se trouver à une distance sûre.

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