Pour le gouvernement, le plastique c’est (plus) fantastique

Le gouvernement déclare la guerre au plastique. Pour la mener, l’exécutif lance un vaste plan d’action de lutte. Au programme: instauration d’un bonus-malus, interdiction des gobelets, pailles et autres ustensiles de pique-nique et un probable retour de la consigne. Suffisant, alors que manquent à l’appel des mesures en direction des industriels?
Sputnik

«Déclarer la guerre», «créer un électrochoc», «il faut transformer l'économie française».

Si les mots de Brune Poirson, secrétaire d'État à la Transition écologique et solidaire, sont forts, c'est que le gouvernement souhaite prendre à bras le corps la question du recyclage du plastique. Pour mener à bien son projet, l'exécutif lance un vaste plan d'action comportant toute une série de mesures, destinées à «sortir du ronronnement du système actuel», expliquait Brune Poirson dans une interview donnée au JDD. L'objectif? 100% de plastiques recyclés en 2025. Des déclarations d'intention louables, mais les mesures présentées peuvent-elles réellement inverser la tendance? Rien n'est moins sûr…

Pollution des océans: le plastique comme un poisson dans l’eau
Un système de bonus-malus devrait entrer en vigueur à la «fin du premier trimestre 2019», celui-ci pourra atteindre jusqu'à 10% du prix de vente du produit. «Demain, quand il y aura le choix entre deux bouteilles, l'une fabriquée en plastique recyclé et l'autre non, la première sera moins chère» déclarait Brune Poirson, toujours au JDD. Une mesure certes incitative, mais qui ne réglera pas la question de l'utilisation de produits durables à la place du plastique. Cristina Barreau, experte en déchets aquatiques auprès de la fondation Surfrider, soulevait récemment ce point pour Sputnik.

«On nous propose souvent d'arrêter le plastique pour utiliser du plastique soi-disant biodégradable ou du bioplastique. Ce qui est vraiment important, c'est de changer durablement le prisme que l'on a en essayant d'utiliser des produits durables, de ne pas remplacer un produit à usage unique par un autre, même s'il est biodégradable.»

D'autres mesures pourront réduire l'utilisation de produits en plastique superflus. Le 1er janvier 2020, la vente de produits à usage unique tels que les gobelets, les pailles ou les produits de pique-nique sera interdite. Le plan d'action prévoit également la création d'un «logo, le Triman, qui dira si un produit a vraiment été fabriqué avec du plastique recyclé ou s'il est recyclable». Un système de consigne pourrait également faire son grand retour dans les prochains mois, mais dans une version axée sur la solidarité: «quand vous déposerez une bouteille, cela contribuera à financer un fonds en faveur d'une grande cause». Enfin, en matière de collecte et de tri des déchets, le gouvernement souhaite une «uniformisation de la couleur des poubelles pour créer des automatismes». Actuellement, suivant les villes, les couleurs des poubelles destinées aux différentes catégories de déchets peuvent être différentes.

Urgent d'agir

Selon PlasticsEurope, représentant des producteurs européens de matières plastiques, la France fait figure de mauvais élève en Europe. Et pour cause, avec un taux de recyclage des emballages en plastique de près de 20%, elle est très loin de la moyenne européenne qui se situe aux alentours de 41%.

Pourtant, si le recyclage est indispensable, l'association Zéro Waste France déclarait dans les colonnes du Nouvel Obs qu'il faut avant tout «réduire le plastique en amont, en interdisant ou en limitant son usage dans certains cas […] Le plastique ne peut être recyclé que quatre à cinq fois au maximum, sachant qu'il n'est pas réutilisé tel quel à chaque fois, car il perd en qualité à chaque cycle. On y ajoute toujours un certain pourcentage de matière vierge.»

Une position que partage Cristina Barreau. Pour l'experte, les consommateurs devraient arrêter dans la mesure du possible «d'utiliser certain type de produits suremballés ou des produits qui contiennent des microplastiques.»

«Il faudrait refuser les sacs plastiques, refuser les emballages à usage unique, car finalement on ne l'utilise que quelques secondes, un emballage que l'on aura énormément de mal, soit à recycler, soit à gérer» détaillait-elle.

​Dites aux supermarchés d'abandonner les emballages plastiques jetables

Chaque année, ce sont huit millions de tonnes de déchets plastiques qui arrivent dans le milieu marin, une pollution qui participe à la destruction de la biodiversité. Certains collectifs comme Plastic Attack France luttent d'ailleurs contre ce phénomène. En juin dernier, les membres du collectif ont lancé une opération dans un Monoprix de la capitale pour dénoncer l'utilisation excessive de plastique dans le conditionnement des aliments.

Aider les consommateurs à se défaire de certaines mauvaises habitudes est une chose, mais les industriels doivent également s'investir. Selon Brune Poirson, «55 fédérations industrielles ou entreprises du secteur se sont engagées à doubler la quantité de plastique recyclé intégrée dans leurs produits. D'autres suivront. Si dans deux ans le compte n'y est pas, alors on passera au règlement.» Suffisant pour les inciter à réduire l'utilisation de ce matériau? Rendez-vous dans deux ans.

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