Après le «lundi noir», le système financier international irait-il vers un krach?

Le lundi 5 février, les bourses américaines ont connu une effrayante baisse de la valeur des actifs, faisant craindre le pire aux investisseurs qui ont commencé à sortir leur argent des USA. Les experts ne cessent de chercher les raisons de cette situation et essayent d’en deviner les conséquences. Un krach est-il à craindre dans le futur ?
Sputnik

La bulle explose: le marché américain s'effondre, les investisseurs fuient
Le marché boursier américain a commencé sa semaine, lundi 5 février, par une baisse. L'indice Dow Jones, qui reflète l'évolution du cours des actions des 30 compagnies industrielles américaines, a dégringolé de 4,6%, perdant pour la première fois depuis 2011 plus de 4,5% en une séance. L'indice S&P présentant les 500 grandes sociétés cotées sur les bourses américaines a également perdu plus de 4%. Le Nasdaq, le marché actions, a chuté de 3,8%.

Pourquoi cette correction était-elle intervenue? Et devrait-on craindre le pire dans les mois à venir?

Rien n'a fondamentalement changé depuis la crise de 2008

La crise financière mondiale a commencé le 25 juillet 2007, après l'explosion de la bulle de l'immobilier aux États-Unis. Elle s'est aggravée après la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers le 15 septembre 2008 qui symbolise le passage d'une époque à une autre.

Pourquoi personne n'a besoin d'un dollar faible
En effet, le 15 septembre 2008 ouvre l'ère du soupçon sur la fiabilité des banques: les bourses s'effondrent, les capitalisations fondent comme neige au soleil, les marchés du crédit entrent en glaciation, acculant à la faillite de nombreux fleurons de la finance internationale: Merrill Lynch, rachetée par Bank of America, Citigroup, AIG, sauvée par Réserve fédérale, Royal Bank of Scotland, Dexia, Fortis…

C'est aussi le moment où il devient clair qu'après avoir frappé la planète financière, la crise ne pouvait pas ne pas s'étendre à l'économie réelle, aux entreprises, aux ménages endettés, voire aux Etats, avec son cortège de restructurations, de faillites, de suppressions d'emplois et de tensions politiques. Bref, c'est le début de la crise des crédits hypothécaires (subprimes).

Or, au lieu de s'attaquer au nœud du problème, à savoir la dette abyssale que le système financier et monétaire international a cumulée, les banques centrales ont pris le chemin inverse en traitant cette crise de la dette comme une crise des liquidités. Des plans de sauvetage d'institutions bancaires et de rachat d'actifs douteux ont été lancés par les banques centrales: américaine, européenne, d'Angleterre et du Japon grâce aux programmes d'assouplissement quantitatifs QE, c'est-à-dire la planche à billets, en déversant dans le système financier de l'argent à des taux d'intérêts quasi nuls. Cette politique des banques centrales n'a non seulement rien réglé, mais a aggravé la situation. Quelques chiffres suffiront à s'en convaincre.

Les USA et l'UE en «guerre froide monétaire»
Prenons l'exemple de l'économie américaine, son cas est important vu le rôle que joue le dollar dans les échanges commerciaux internationaux. En septembre 2008, la dette de l'État fédéral américain s'élevait à 10.025 milliards de dollars; en septembre 2017, elle atteignait les 20.000 milliards de dollars, soit une augmentation de 100%. A la fin du mois de juin 2017, la dette des ménages s'établissait à 12.840 milliards de dollars, dépassant le plafond des 12.680 milliards de dollars atteint à la fin du 3e trimestre 2008, a indiqué la federal Réserve Bank de l'état de New York, soit au moment du déclenchement de la crise financière des subprimes. Pour les entreprises non financières, la dette a augmenté de 7.800 milliards de dollars entre 2010 et fin juin 2017.

Ajoutons que les faibles taux pratiqués par la Réserve américaine ont surtout favorisé la spéculation sur les marchés financiers et pas les investissements dans l'économie réelle, donc la croissance a été ralentie au lieu d'être stimulée. Comme la nouvelle loi fiscale américaine, de décembre 2017, prévoyait une baisse d'impôts de 1.400 milliards de dollars pour les entreprises productives, c'est-à-dire hors secteur financier, en plus d'un relèvement des taux d'intérêts par la Réserve fédérale, un vent de panique a soufflé sur les bourses américaines. La raison est que la dette américaine va s'aggraver à cause de la contraction programmée des revenus de l'État fédéral conjuguée à un asséchement des liquidités dû au relèvement des taux par la Réserve fédérale, provoquant la correction des bourses US et inaugurant, probablement, un processus baissier de ces dernières.

Quelle évolution pourrait-on imaginer à la crise?

La croissance française freinée par l’Euro
La Réserve fédérale a décidé de relever ses taux directeurs parce que persister sur la voie choisie jusqu'alors signifierait s'exposer à un risque d' inflation non contrôlée, vu que les banques ont investi de l'argent peu cher uniquement pour racheter leurs actions et en faire remonter le cours d'une façon artificielle, pour spéculer et prêter aux Etats à des taux négatifs au moment où le secteur productif, qui est censé rembourser la dette, souffre gravement de cette politique. Cette décision, comme l'explique l'économiste Charles Gave dans son article « L'euro constitue-t-il un danger structurel pour le reste du monde » publié le 5 février sur le site de l'Institut des libertés, déclenchera certainement un processus baissier des bourses, car leur niveau actuel est fortement surévalué, engendrant plus de pertes aux USA mais aussi en Europe, dont la banque centrale et les bourses ne manqueront pas de suivre l'exemple des marchés américains. Cela risquera de mettre dans de grandes difficultés des États déjà fragilisés par la dette, comme l'Italie, d'où l'on verra une fuite de capitaux vers la Suisse ou l'Allemagne, chose qui provoquera une grave crise du marché obligataire européen et finalement de l'euro lui-même. Si cette hypothèse s'avérait, cela pourrait provoquer l'éclatement complet de la zone euro, ce qui pourrait avoir des conséquences mondiales dramatiques vu le poids des banques européennes dans le système financier international, ainsi que l'envisagent les économistes Jacques Sapir dans sa chronique avec Philippe Béchade et Rémy Bourgeot, commentant le dernier sommet de Davos.

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