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Loukianov: "nous avons sous-estimé à quel point l'Occident craint la Russie"

Loukianov: "nous avons sous-estimé à quel point l'Occident craint la Russie"
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Dans cette nouvelle émission de Sans Détour +, Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue " La Russie dans la politique globale ", président du Presidium du Conseil pour la politique extrieure et de défense donne son analyse de la reconfiguration des relations extérieures de la Russie depuis la chute de l’URSS.
Comme le souligne Fiodor Loukianov, la question de l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN est apparue très tôt chez les Globalistes, même s’ils ne l’affichaient pas ouvertement au départ, ce qui a été confirmé par des documents américains déclassifiés :

" lorsque la Russie a très tôt commencé à dire : " Attention à l’Ukraine, cela, nous ne le tolérerons en aucun cas. " Et les arguments qu’on nous opposait, je m’en souviens parfaitement, je les ai entendus moi-même : " De quoi parlez-vous ? Quelle Ukraine ? Vous êtes fous, vous êtes complètement paranoïaques ? L’Ukraine dans l’OTAN ? " Mais on a découvert par la suite que cette possibilité était envisagée dès le début. ".

Pour Fiodor Loukianov, l’élargissement de l’OTAN aux frontières de la Russie est " un processus tout à fait naturel ", dans la mesure où :
" L’Union soviétique a renoncé à l’Europe de l’Est. Elle y a renoncé volontairement. L’Union soviétique a renoncé à elle-même en créant ces États indépendants. L’idée que cette zone, autrefois soviétique et qui ne l’est plus, puisse rester une zone tampon, une zone grise, a été discutée, mais c’était une utopie, cela n’existe pas. ".
Après la chute de l’URSS, les relations extérieures de la Russie se sont construites différemment avec l’Europe et les États-Unis. Dans la mesure où, la Russie et les États-Unis ont une capacité de destruction totale réciproque, " ce sont des relations stratégiques de rivalité, de dissuasion, mais en même temps, disons, d’une certaine prudence ".
Les relations avec l’Europe étaient plus marquées d’incompréhension, en raison de la complexité de fonctionnement de l’Union européenne. Après la distance de la période Eltsine, Fiodor Loukianov explique que :
" Poutine, dans un premier temps, au moins pendant les six ou sept premières années de sa présidence, pensait réellement que l’intégration de la Russie à l’Europe était un projet stratégique capital et très nécessaire aux deux parties. Les problèmes, la divergence, ont commencé au moment où il est devenu clair que la vision de cette intégration était différente. L’Union européenne ne concevait aucune intégration autre que la soumission du partenaire à l’ensemble des normes et règles de l’acquis communautaire européen. ".
Mais comme l’UE n’envisageait pas un véritable partenariat. Et comme :
"la Russie n’a jamais eu l’intention d’adhérer à l’UE, et personne n’a jamais pu imaginer, en Europe même, qu’elle y adhérerait. Il fallait donc un schéma plus complexe. Mais, pour l’essentiel, le même : que la Russie, sans être membre, sans le devenir, assume tout ce que les pays de l’Union européenne doivent faire et la manière dont ils doivent se comporter. Il est clair que c’était irréaliste. ".
Dans les années 2000, avec l’enchaînement des révolutions de couleurs, Poutine a tenté avec le Discours de Munich une dernière fois de faire comprendre que la voie choisie en Occident face à la Russie était une erreur. Le message n’est pas passé. " à partir de ce moment-là, nous nous sommes définitivement engagés sur la voie qui a conduit à la situation actuelle. ".
Fiodor Loukianov souligne que la Globalisation n’a pas disparu :
" cela se transformera de l’intérieur. Ce n’est déjà plus la mondialisation libérale, ça c’est sûr. Elle est terminée.". Nous sommes aujourd’hui dans un double paradigme géopolitique avec la persistance d’éléments de la Globalisation, qui fonctionnent encore et, par ailleurs, " le monde entier se compose de parties concurrentes – que ce soit des pays, des communautés ou des blocs économiques. ".
Si le modèle globaliste s’est à ce point développé, c’est parce qu’il n’y avait pas d’idéologie concurrente, ni en Europe, ni en Russie à la chute de l’URSS. Aujourd’hui, selon Fiodor Loukianov :
" La Russie cherche sa propre manière de conjuguer modernité, identité traditionnelle singulière et bases du développement. Les valeurs traditionnelles, en elles-mêmes, ne mèneront jamais personne nulle part. C’est un fondement, une part de la vision du monde, qui doit impérativement exister. Écarter les extrêmes que nous voyons en Occident, ou que nous avons vus jusqu’à récemment, c’est très important. Mais, tout de même, le système soviétique, avec son énorme quantité de défauts, de vices et de choses terribles liées au projet soviétique, était un système tourné vers le progrès, vers l’avenir, vers le développement. ".
Sur le front ukrainien, les Occidentaux cherchent, et ce n’est pas la première fois dans l’histoire, la défaite stratégique de la Russie. Pour Fiodor Loukianov :
" ceux qui pensent qu’on peut tout simplement obtenir que la Russie disparaisse complètement, ce sont des rêveurs tout à fait marginaux, des faucons de cette espèce. Dans l’ensemble, l’establishment occidental comprend que la Russie ne va sans doute pas disparaître, il faut l’affaiblir au maximum pour qu’elle s’occupe de ses propres affaires, comme il y a trente ans, qu’elle n’intervienne pas ".
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