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Sans Détour
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Andreï Ilnitski: "Les gens deviennent un objet de manipulation"

Andreï Ilnitski: "Les gens deviennent un objet de manipulation"
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Dans cette émission de Sans Détour, Andreï Ilnitski, conseiller d’État de 3ᵉ classe, membre du Présidium du Conseil pour la politique extérieure et la défense, revient sur l’efficacité et les instruments de guerre mentale.
Comme l’explique Andreï Ilnitski, le procédé de guerre mentale joue sur plusieurs plans :
"C’est précisément pourquoi ces technologies sont appelées informationnelles-cognitives. Ce qui importe ici, ce n’est pas seulement leur contenu informationnel, mais aussi leur dimension cognitive : c’est un travail sur les émotions, un travail sur la perception, qui se détermine notamment par le rythme et le format de diffusion. Mais il y a encore un troisième point très important : ce que, dans les technologies politiques, on appelle la congruence narrative. Il y a une règle qui, hélas, se vérifie : les gens veulent entendre, et bien souvent entendent, pas tant ce qui leur plaît, mais ce qu’ils veulent entendre".
Les élites atlantistes européennes, pour manipuler les sociétés, ont fait le choix de gouverner la peur:
"Gouverner par la peur. C’est pourquoi la bureaucratie européenne doit d’abord résoudre le problème en plusieurs coups. Premièrement, fabriquer à partir de la Russie – et cela n’a pas commencé aujourd’hui, cela dure depuis trente ans, sous une forme ou une autre – fabriquer une image d’ennemi. Une fois cette image formée, l’entretenir activement et, surtout, l’emballer dans la peur adaptée à chaque pays, à chaque audience dite ciblée : faire peur aux Baltes ou aux Polonais, en somme à notre frontière, avec le thème "les Russes arrivent" ; faire peur à d’autres avec la menace nucléaire ; à certains, comme les Portugais ou les Espagnols, leur parler tout simplement de méchants barbares venus de l’Est".
Ensuite, il suffit de répéter le mensonge pour qu’il devienne une vérité dans l’inconscient collectif. Comme l’explique Andreï Ilnitski:
"Répétez un mensonge et il finira par supplanter la vérité – les gens commencent, sinon à y croire, du moins à s’inquiéter, ou, faute d’alternative, ils finissent par s’immerger dans ce narratif. Et c’est précisément ce narratif qui détermine et justifie la nécessité de l’existence de l’eurobureaucratie. Car toute l’eurobureaucratie a bâti sa politique de ces dix dernières années sur l’idée d’une consolidation contre la Russie".
L’un des instruments de la guerre mentale est la technologie. Comme le souligne Andreï Ilnitski, Palantir est un des piliers:
"Rappelons que Palantir est une société de Peter Thiel, lequel, en son temps, a gagné beaucoup d’argent avec Elon Musk sur le projet PayPal et est devenu milliardaire –et que l’argent pour ses start-ups lui a été fourni par un fonds lié à la CIA, In-Q-Tel, qui, à dire vrai, a organisé cette société. Leur tout premier bureau se trouvait même dans le quartier, où est implanté le siège de la CIA. Ainsi, la CIA a été le principal et unique client de Palantir pendant ses premières années. À ce jour, primo, Peter Thiel est un milliardaire, dont la fortune personnelle est estimée à au moins 14 milliards de dollars, voire 18 selon d’autres sources. Deuxio, Peter Thiel est l’un des principaux sponsors, aux côtés d’Eric Schmidt, ancien PDG de Google et lui aussi multimilliardaire, de l’équipe Trump. Qui plus est, Peter Thiel est celui qui, en son temps, a repéré, a appelé et a fait, au sens propre du terme, le vice-président des États-Unis, l’actuel J.D. Vance".
Selon le Manifeste Palantir, l’une des finalités est un changement institutionnel du pouvoir:
"Le manifeste de Palantir est une seconde intégration technologique, plus sophistiquée, du même phénomène, où des structures en réalité légitimes, fussent-elles comme les euro-structures – l’UE, le Conseil de l’Europe, etc., etc. – qui possèdent tout de même un certain étayage institutionnel et juridique, se verraient remplacées, si l’on met en œuvre – et ils comptent le faire – les projets énoncés dans le manifeste de Palantir, par un pouvoir parallèle, pour tout dire, par le pouvoir d’un quasi-État numérique".
Dans le champ de la guerre mentale, le plus important n’est pas la conquête du territoire, mais de l’esprit :
"Pour la guerre mentale, le territoire n’est pas une fin en soi, c’est plutôt une conséquence. Comme vous l’avez très justement mentionné, après que le système de l’État et de la société se dégrade par rapport aux fondements culturels et historiques sur lesquels il reposait auparavant, en y renonçant de fait, il se voit privé de ce que la science appelle la subjectivité. C’est-à-dire que les gens qui vivent sur ce territoire cessent de diriger leur destin, et on commence à les diriger, à les manipuler. Vous vous souvenez, nous parlions au début de manipulation, de techniques marketing. Manipuler de l’extérieur, bien sûr, en étayant cela par des ressources de travail informationnel, des institutions. Vous venez de le dire. Le contrôle des médias, avant tout les médias. Deuxièmement, l’introduction constante des narratifs voulus — de la peur et de la haine à, à l’inverse, l’amour envers qui il faut, et envers qui il ne faut pas, la haine. Par l’argent et les finances, on achète ces mêmes élites. Ainsi, les technologies sont rodées. Les objectifs, pour ce qui est de la guerre mentale, sont assez clairs".
Le contrôle des élites est l’autre élément fondamental dans la guerre mentale:
"Atteindre chaque individu est pratiquement impossible. L’action sur les élites a un caractère de résonance. Vous savez, en Russie, il en a toujours été ainsi : toutes les révolutions ont commencé, y compris en 1917, quand les Britanniques, là encore, avec les Allemands, mais surtout les Britanniques, ont agi – d’abord le coup d’État de février, puis la révolution d’Octobre. Tout cela se faisait par les capitales, tout dans les capitales. Et les élites, surtout dans les empires, sont principalement dans les capitales. Donc, premièrement, localiser les élites. Deuxièmement, les diviser, les désorienter et, pour parler le langage du renseignement, les recruter. Nous avons eu dans les années 1990 et 2000 un oligarque très prospère qui tirait de nombreuses ficelles, Boris Berezovski, agent du renseignement britannique ; il a fini par s’enfuir à Londres, et ce sont eux qui l’ont tué".
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