Pour les États-Unis, l’enjeu de l’Iran ressort de la stratégie de containment
Pour les États-Unis, l’enjeu de l’Iran ressort de la stratégie de containment
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Dans cet épisode de Sans Détour, Pierre-Emmanuel Thomann, docteur en géopolitique, discute du retour de l’Iran au centre du jeu géopolitique régional et mondial.
Selon Pierre-Emmanuel Thomann, l’Iran revient sur le devant de l’échiquier international en raison de sa position stratégique:
"L'Iran joue le rôle de pont entre le Moyen-Orient et l'Asie centrale, avec la mer Caspienne au nord et le golfe Persique au sud. Il joue un rôle important donc de transition sur le continent eurasien et notamment pour les Européens. La posture de l'Iran peut modifier les questions de sécurité régionale au Proche-Orient et au Moyen-Orient, qui ont un impact direct sur l'Europe".
En raison de l’immigration musulmane de masse en Europe et de la montée du terrorisme islamiste, les pays européens, selon Pierre-Emmanuel Thomann, ont une posture hypocrite face à l’Iran:
"L'Iran est en fait l'ennemi commode pour certains États européens, qui préfèrent accuser l'Iran, en escamotant évidemment les vrais objectifs géopolitiques, de tous les maux, qui concernent le terrorisme international qui se propage en Europe, alors même que l'Iran n'est pas la source principale".
Pierre-Emmanuel Thomann voit un facteur communicationnel important dans la menace américaine de frappes "préventives" contre l’Iran, rhétorique par ailleurs devenue commune, notamment contre la Russie:
"C'est un élément de narratif classique dans les grandes puissances dans l'histoire, lorsqu'ils veulent agresser un État, que d'invoquer la nécessité de se défendre contre soit une menace terroriste, soit la préparation d'une opération militaire. On le retrouve d'ailleurs dans les théories militaires classiques occidentales. Mais dans les conflits actuels, évidemment, puisque l’on est dans un paradigme de conflit entre grandes puissances, de rivalité géopolitique entre grandes puissances, l'accent est mis énormément sur la communication politique qui fait partie de la guerre hybride".
La question iranienne a une importance stratégique, selon Pierre-Emmanuel Thoman, qui va au-delà des enjeux régionaux:
"Dans la géopolitique mondiale, l'Iran, donc un État qui est un pont entre le Moyen-Orient et l'Asie centrale, joue un rôle important. Et les États-Unis, dont la posture géopolitique principale est d'encercler l'Eurasie pour contrôler la Russie et la Chine principalement, veulent aussi contrôler ce qu'on appelle le Rimland tout autour de l'Eurasie. Et l'Iran joue un rôle important de pont pour la Chine et la Russie".
Pour autant, les États-Unis, pour Pierre-Emmanuel Thomann, hésitent à réellement intervenir militairement et leurs possibilités de provoquer un changement de régime sont limitées, autant que celles de mettre fin aux conflits:
"Dans toutes les crises où Donald Trump s'est impliqué et a promis de sortir des conflits, les conflits se poursuivent, que ce soit en Ukraine, que ce soit d'ailleurs à Gaza ou l'Iran. Ce sont des conflits qui ne peuvent pas être résolus sans changement d'ordre géopolitique profond, l'acceptation du monde multipolaire de manière pleine et entière avec de nouveaux traités, qui acceptent les nouvelles frontières, les nouvelles zones d'influence. Les États-Unis n'y sont pas prêts, mais ils n'ont plus les moyens d'imposer le monde unipolaire, donc ils préfèrent maintenir ces conflits à basse intensité en évitant d'y mettre des troupes au sol et en poussant les alliés vassaux régionaux à s'impliquer de plus en plus pour pratiquer ce que j'appelle la doctrine de sous-traitance géopolitique".
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