"La Russie est une puissance civilisée, prête au dialogue, mais fondé sur les intérêts nationaux"
"La Russie est une puissance civilisée, prête au dialogue, mais fondé sur les intérêts nationaux"
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Dans cet épisode de Sans Détour, Andreï Ilnitski, conseiller d’État de 3e classe, membre du Présidium du Conseil auprès du Président de la Fédération de Russie pour la politique extérieure et la défense, chercheur à l’Université militaire auprès du ministère de la Défense discute de la nouvelle Stratégie de défense nationale américaine.
Selon Andreï Ilnitski, la position de la nouvelle administration américaine est claire en ce qui concerne la fameuse " menace russe " :
"Les États-Unis ne voient pas de menace pour eux-mêmes, tout comme ils font comprendre aux Européens de l'Ouest que la Russie ne représente pas, du point de vue de la stratégie de défense, une menace pour eux".
La "menace contrôlée" que présente la Russie pour le flanc est de l’Otan, Andreï Ilnitski l’interprète ainsi:
"J'interprète cet adjectif accolé au concept de menace – "contrôlée" – exactement dans le sens où, les États-Unis voient en la Russie un partenaire certes inflexible, parfois intransigeant, mais un partenaire qui est prêt à résoudre, dans la tradition russe, les questions les plus complexes non seulement et non pas tant par la voie militaire, mais aussi par la diplomatie".
Le lancement de l’Opération militaire spéciale par la Russie fut une réponse, selon Andreï Ilnitski, au danger qu’a présenté l’expansion de l’Otan :
"Cette expansion rampante de l'Otan vers nos frontières occidentales, qui s'est poursuivie pendant toute la période post-soviétique, contrairement aux accords, à la parole d'honneur de tous, depuis Angela Merkel et Helmut Kohl jusqu'aux Américains. Malgré cela, cette avancée a eu lieu. Et, bien entendu, cela nous a créé une menace, une menace qui a conduit à une réponse, somme toute, assez symétrique".
Dans la forme, la Doctrine de défense nationale américaine contient, selon Andreï Ilnitski, beaucoup de pathos, dont la mise en œuvre crée du chaos :
"Le chaos artificiel dans lequel les États-Unis espèrent instaurer leur nouvel âge d’or magnifique. Enfin, désolé, je le dis ainsi. Cette utilisation de mots comme "dôme d'or", "âge d'or" – il y a là quelque chose de, disons, pour moi, c’est mon appréciation personnelle, il y a un mot : vulgarité".
Il ressort de la Doctrine de défense nationale américaine, pour Andreï Ilnitski, une inégalité de traitement envers les pays :
"Seuls les pays dont la puissance, l’importance du potentiel de défense et économique sont comparables à celle des États-Unis, de la Russie et de la Chine – et probablement de quelques autres – peuvent prétendre à la souveraineté, à l’autonomie et à la prise en compte de leurs intérêts. Tous les autres, selon les Américains, devraient en somme être des vassaux".
L’Ukraine est un proxy utilisé par les anciennes puissances coloniales pour déstabiliser la région du Sahel, selon Andreï Ilnitski :
"Il n’est pas surprenant que les anciennes puissances coloniales de cette zone, principalement la France, mais aussi la Grande-Bretagne et les États-Unis, la considèrent en somme comme leur zone d’influence. Mais dans la stratégie actuelle des États-Unis, ils tentent de régler ces questions par procuration. C’est pourquoi, dans la zone du Sahel, des combattants et des instructeurs venant d’Ukraine s’y implantent désormais de plus en plus activement. Par des canaux discrets, une partie des armes en provenance d’Ukraine commence également à y parvenir. Et cela doit bien sûr alarmer, non seulement la prétendue communauté internationale, mais avant tout les pays du Sahel eux-mêmes. D’ailleurs, à un moment donné, le ministère des Affaires étrangères du Mali avait qualifié l’Ukraine d’État terroriste".
La position américaine face à l’Europe est tranchée. Pour Andreï Ilnitski :
"L'Europe dans son ensemble, et en particulier le conflit ukrainien, sont devenus un actif toxique pour les États-Unis".
Toujours est-il que, même si une certaine volonté émerge aux États-Unis de sortir d’une manière ou d’une autre du conflit ukrainien, elle n’est pas encore réalisée selon Andreï Ilnitski :
"Toute la chaîne de commandement opérationnelle et tactique des forces armées ukrainiennes est assurée par Starlink, et j'ajouterais, par Palantir aussi. Donc oui, les États-Unis n'ont pas coupé cet interrupteur et continuent d'assurer le commandement et la coordination de toutes les actions de l'armée ukrainienne".
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