Comment la visite de Blinken en Afrique "est destinée à servir les objectifs politiques de son pays"

© AP Photo / Tiksa NegeriAntony Blinken à Addis-Abeba
Antony Blinken à Addis-Abeba - Sputnik Afrique, 1920, 17.03.2023
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Washington a intensifié ses déplacements diplomatiques en Afrique face à la multiplication des contacts avec le continent par Moscou et Pékin. Or, il fait preuve d’une approche dominatrice et tend à s’ingérer dans les affaires intérieures des pays africains, a constaté un universitaire éthiopien dans un entretien avec Sputnik.
Depuis le 15 mars, le secrétaire d'État américain Blinken est en visite en Éthiopie et au Niger. En Éthiopie, il avait l'intention de rencontrer des responsables gouvernementaux ainsi que les dirigeants du Tigré pour aider à consolider la paix dans le nord du pays, d’après les États-Unis.
Cependant, selon le Dr Teshome Tafesse, la "visite en Éthiopie et ailleurs est destinée à servir les objectifs politiques de son pays". Et la situation dans la région peut être améliorée principalement par les acteurs concernés plutôt que par des influences externes. Comme les dirigeants du Tigré dépendent de l'aide des États-Unis, cette visite pourrait "créer une sorte de sentiment de reconnaissance" dans leur esprit, a estimé le professeur adjoint à l’Université d'Addis-Abeba dans un entretien avec Sputnik.
"Les États-Unis essayaient de participer aux discussions sans invitation formelle du gouvernement souverain d'Éthiopie. L'Éthiopie a ouvertement révélé cet acte comme une ingérence dans ses affaires intérieures et a même menacé de réévaluer ses relations diplomatiques, a indiqué l’expert. Naturellement, les États-Unis utilisent la situation pour influencer la politique de l'Éthiopie afin que le gouvernement éthiopien obéisse à la réalisation de leur intérêt national dans la région."

Une "grande rivalité"

Alors que le ministre chinois des Affaires étrangères Qin Gang s’est rendu en Afrique au début de l’année, et que la Russie est plus active sur le continent, les États-Unis "ont été incités à maintenir l'élan de leur politique africaine, qui a reçu un coup de pouce bien nécessaire lors du Sommet des dirigeants États-Unis-Afrique", constate-t-il.
La secrétaire au Trésor des États-Unis, Janet Yellin, et d'autres responsables se sont ainsi rendus en Afrique. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s’est pour sa part rendu sur le continent deux fois en un an, rappelle-t-il. Un exercice naval multilatéral conjoint impliquant l'Afrique du Sud, la Russie et la Chine, nommé Mosi, a été annoncé lors de cette visite. Il s'est tenu en février 2023.
"Je pense que l'exercice militaire conjoint avec la Russie et la Chine le long de la côte est de l'Afrique du Sud a été l'un des facteurs qui ont contrarié l'Occident. […] Je peux voir la grande rivalité qui existe entre les États-Unis d'un côté et la Russie et la Chine de l'autre."

Une approche dominatrice

Avant la visite de M.Blinken en Éthiopie, la secrétaire adjointe aux affaires africaines, Molly Phee, a admis que les relations entre les deux pays n’étaient pas revenues à la normale. Selon elle, pour les normaliser, l'Éthiopie doit faire quelques pas "pour aider à briser le cycle de violence politique ethnique qui a fait reculer le pays pendant tant de décennies".

"Son souhait que l'Éthiopie brise le cycle de la violence politique ethnique n'est pas mauvais en soi, note Teshome Tafesse. […] Cependant, son expression n'est pas diplomatique et amicale, dans un sens, elle fait écho à une sorte d'approche dominatrice. […] Ceci, d'une manière ou d'une autre, indique son intention de s'immiscer dans les affaires intérieures du pays."

Une "ingérence manifeste"

Un autre cas d’"ingérence manifeste dans les affaires intérieures du pays" est, selon lui, le soutien financier des États-Unis à la mise en œuvre d’une résolution votée par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies. Elle porte sur une enquête indépendante concernant les allégations d'atteintes aux droits humains commises en Éthiopie depuis le début du conflit dans le nord du pays en novembre 2020.
Le département d'État américain a déclaré qu'il participerait financièrement à cette enquête. Mais celle-ci risque d'aggraver la situation dans le pays plutôt que d'aider à construire la paix, comme l’ont souligné les pays qui ont voté contre, rappelle l’expert.
"L'Éthiopie a annoncé à plusieurs reprises qu'elle était déçue par la résolution et a officiellement déclaré ne pas coopérer, décrivant le mécanisme comme politiquement motivé et orchestré par l'Occident contre son intérêt national", a-t-il indiqué.
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