"L’agriculture est un domaine militaire": un cultivateur malien se confie à Sputnik

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un champ - Sputnik Afrique, 1920, 03.03.2023
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Rendre l’agriculture africaine moderne pour garantir la souveraineté alimentaire du continent, protéger la nature contre les multinationales et collaborer avec la Russie. Le fondateur d’une entreprise agricole malienne au micro de Sputnik fait part de ses ambitions et expose les difficultés rencontrées sur le terrain.
"Le temps de l'Afrique est venu! Il est temps que l’Afrique nourrisse l’Afrique et le monde entier", a déclaré à Sputnik Amadou Sidibé, agriculteur malien et directeur-fondateur de l'entreprise Sidibé Agrotechniques.
"Vous imaginez que 60% des terres arables à l'échelle mondiale se trouvent en Afrique et qu’aujourd'hui il n'y a même pas 2% de ces sols qui sont exploités. L'agriculture africaine est immense et imaginez la démographie. Il y a des familles avec huit enfants. Et cette bombe-là de la jeunesse va monter bientôt", indique M.Sidibé, communément appelé "le promoteur de la plus grande serre d’Afrique noire francophone".
En tant que président de la chambre d'agriculture de la commune du Mandé et membre de plusieurs coordinations agricoles privées, il dit lutter "fortement pour la modernisation de l'agriculture".
"L'agriculture est un domaine militaire. Il faut actionner ces deux leviers bien donnés pour réussir quelque chose. Et on est en train de réussir ça petit à petit!", affirme-t-il.
Garantir la souveraineté alimentaire de l’Afrique
M.Sidibé a nommé les facteurs qui pourraient permettre au continent africain de devenir autosuffisant.
"Ce qu'il faut à l'Afrique aujourd'hui, c'est de l'engrais de qualité. C'est des semences de qualité, c'est les nouvelles technologies", déclare-t-il.
Selon M.Sidibé, la situation en Ukraine pèse sur les agriculteurs africains qui sentent le poids du manque d’engrais pour leurs cultures. Ces derniers temps, le prix de l'engrais a été multiplié par trois. Or, les agriculteurs ne peuvent pas multiplier par trois le prix de vente de leurs produits "sinon toute la population locale africaine va mourir".
"Donc aujourd'hui, on est obligé d'aller dans l'intensification des rendements au mètre carré à l'hectare. Et ceci passera par la bonne semence, le bon engrais, le bon environnement pour l'agriculteur pour qu'il puisse se développer […] Les engrais ne sont pas une denrée de chantage comme ce qui est en train de se passer en Occident aujourd'hui. On empêche l'exportation de l'engrais vers l'Afrique", s’indigne M.Sidibé.

L’expansion des multinationales en Afrique

Un autre problème auquel fait face l’Afrique est l’expansion des multinationales. Celles-ci exploitent les forêts pour faire des cultures d’exportation au détriment des cultures locales, qui "constituent l’alimentation de base des Africains". Cela se fait en Côte d'Ivoire, au Cameroun, en Afrique centrale, dans le bassin et la forêt au Congo, deuxième poumon après l’Amazonie.
"Ces multinationales-là sont intéressées par les zones tropicales humides où il pleut beaucoup, parce que ce qui les intéresse, c'est les cultures des palmeraies de l'hévéa […]. Je vois d'immenses étendues de forêts qui sont remplacées par des palmeraies et c'est les multinationales qui jouent.. Imaginez, on rase des forêts pour faire de l’hévéa […]. Et c’est cette tragédie qui se passe maintenant", déplore l’agriculteur.
Pour M.Sidibé, le Mali n’est pas touché par ce problème et en est très fier. Ce pays protège son agriculture au nom de ses intérêts nationaux, selon lui. C’est aussi la raison pour laquelle le Mali a "de très fortes relations avec la Russie, même si elles sont critiquées ailleurs", ajoute-t-il.

La Russie pourrait aider l’Afrique à "faire de belles choses"

D’après M.Sidibé, les agriculteurs de son continent comptent "beaucoup sur la Russie pour tout ce qui est engrais, tout ce qui est tracteurs, un partenariat gagnant-gagnant dans la dignité et pour avancer pour faire de belles choses".
"Nous, agriculteurs africains, on est les ambassadeurs de la Russie en Afrique et on est prêts à jouer ce rôle!", conclut M.Sidibé.
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