L'Afrique pour remplacer le gaz russe en Europe: des scénarios décrits au micro de Sputnik

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Gaz (Image d'illustration) - Sputnik Afrique, 1920, 09.08.2022
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Le continent africain peut-il remplacer potentiellement les exportations de gaz russe en Europe? Une question qui flotte en suspens dans le contexte actuel, et à laquelle des experts africains interrogés par Sputnik ont répondu par la négative à l’unanimité.
La Tanzanie est en train de devenir rapidement un catalyseur de nouvelles opportunités commerciales pour l'industrie de l'énergie en Afrique de l'Est. Cette année, le congrès annuel sur l’énergie s’est concentré sur les principales mises à jour du secteur énergétique tanzanien, notamment le gazoduc EACOP, les développements gaziers offshore, les négociations de projets GNL et des projets d'énergie renouvelable.
La question qui est posée aujourd’hui: est-ce que le continent africain peut remplacer les exportations de gaz russe, coupées par l’Europe et les États-Unis dans le cadre des sanctions? Les experts interrogés par Sputnik restent unanimes. Ils estiment que ce n’est pas encore un scénario probable.
Zenebe Kinfu Tafesse, président de l'Union des diasporas africaines, professeur à l'université internationale de Moscou, a expliqué au micro de Sputnik que selon lui l’Afrique n’est pas encore prête à devenir une région importante d’exportation des sources d’énergie pour l’Europe. Il a expliqué que dans le contexte des sanctions contre la Russie, il est plus probable que l’Europe regardera en direction des anciens pays du bloc soviétique.
Pour sa part, Louis Gouend, fondateur du projet Hello Africa, représentant de l'Union des diasporas africaines en Russie et président de la diaspora camerounaise en Russie, juge qu’"il est peu probable que les pays africains soient en mesure de fournir davantage de gaz à l'Europe dans un avenir proche".
Afin d’argumenter son opinion, il a décrit quatre itinéraires probables d’exportation du gaz depuis la Libye, l’Égypte, l’Algérie et le Nigeria, pour montrer que ces options ne sont pas encore prêtes.
"La Libye possède environ 1,4 milliard de mètres cubes de réserves de gaz naturel, mais l'instabilité politique et financière du pays en fait un partenaire peu fiable", explique Louis Gouend.
En parlant de l’Égypte, il détaille que "le pays n'est pas relié au réseau européen de gazoducs, et ne peut pas exporter que du GNL".
"Mais la quasi-totalité de la capacité GNL de l'Égypte est déjà exploitée pour l'exportation et le pays envisage un partenariat stratégique à long terme avec la Chine, qui lui propose des contrats à long terme à des conditions avantageuses", ajoute-t-il.
En ce qui concerne l'Algérie, il a rappelé que le pays avait déjà exprimé le souhait d'augmenter ses exportations de gaz naturel et de GNL en étant l'un des cinq principaux exportateurs vers l'Europe.
"Mais apparemment les réserves de l'Algérie ne sont pas prêtes pour cela. Les compagnies pétrolières et gazières algériennes envisagent de nouveaux projets d'investissement, mais il s'agit de projets à long terme qui n'augmenteront certainement pas l'approvisionnement en gaz de l'Europe dans l'immédiat", a expliqué Louis Gouend.
Enfin, parmi les itinéraires probables reste le Nigeria. Ici, il s’agit tout d’abord du gazoduc transsaharien (TSGP), long de plus de 4.000 kilomètres qui permettra de transporter le gaz nigérian vers l'Europe. Pour le fondateur du projet Hello Africa, ce "gazoduc permettrait à terme de transporter des milliards de mètres cubes de gaz nigérien vers l'Algérie en passant par le Niger, mais il s'agit également d'un investissement à long terme qui ne résout pas le problème de la dépendance actuelle de l'Europe vis-à-vis du gaz russe".

Prévisions prudentes

Selon des prévisions prudentes, la production africaine de gaz devrait atteindre un pic de 470 milliards de mètres cubes d'ici la fin des années 2030, ce qui équivaut à environ 75% de la quantité de gaz produite par la Russie en 2022. Il est impossible de savoir quel pourcentage de cette production pourrait être acheminé vers l'Europe, estime la société de conseil Rystad Energy, basée à Oslo.
La Russie a toujours été le principal fournisseur de gaz naturel de l'Europe, avec une moyenne d'environ 62% des importations totales au cours de la dernière décennie.
L'Afrique a également été un exportateur régulier vers l'Europe au cours de cette période, fournissant environ 18% des importations.
Toutefois, Rystad Energy souligne que les projets africains ont toujours été considérés comme présentant des risques accrus, qu'ils sont soumis à des retards et qu'ils ont parfois du mal à se développer en raison des coûts élevés, des difficultés d'accès aux financements, des problèmes liés aux régimes fiscaux et d'autres risques hors-sol.
Zenebe Kinfu Tafesse a également indiqué que la priorité pour les pays européens, outre les zones évoquées, va devenir aussi le développement de l’énergie renouvelable.
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