"Insensé": au Québec, les fenêtres des salles de classe ouvertes par -20° pour freiner le Covid

© Photo : EPAD’importantes chutes de neige se sont abattues sur le Canada
D’importantes chutes de neige se sont abattues sur le Canada - Sputnik Afrique, 1920, 27.01.2022
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Le gouvernement québécois recommande aux enseignants d’ouvrir les fenêtres des classes en plein hiver pour freiner la circulation du Covid-19. Spécialiste des sciences de l’éducation, Claude Simard fustige des mesures nuisant au bien-être des jeunes.
Depuis la dernière rentrée des classes du 17 janvier, plusieurs images ont circulé dans les journaux et sur les réseaux sociaux montrant des élèves assis à leurs pupitres vêtus de combinaisons d’hiver et portant le masque. Ces images ont choqué de nombreux internautes. Des parents ont demandé aux enseignants de maintenir les fenêtres des classes fermées alors que les températures atteignaient les -20o C, selon ce que rapportent des médias comme Radio-Canada.
"Ouvrir les fenêtres dans une classe en plein mois de janvier au Québec, c’est inévitablement y faire entrer un froid glacial et geler les élèves. Une telle recommandation est insensée et ne peut que nuire au bien-être des enfants comme du personnel enseignant", s’indigne Claude Simard, spécialiste des sciences de l’éducation.

Des écoles mal équipées…

"Ces images sont surréalistes. Le Québec a l’air d’une république bananière incapable d’offrir à ses enfants un environnement scolaire adéquat", fustige notre interlocuteur.
En effet, Québec recommande aux enseignants munis de détecteurs de CO2 d’ouvrir les fenêtres lorsque les appareils indiquent des niveaux de qualité de l’air supérieurs aux taux préconisés. Mais certains, qui n’en sont pas équipés, ont choisi de faire entrer systématiquement l’air froid à l’intérieur des salles de cours.

… mais 230 millions de dollars pour des publicités Covid

Professeur honoraire de l’Université Laval et ex-doyen de la faculté des sciences de l’éducation de cette institution, Claude Simard dénonce une politique causant "des ravages sur le plan psychosocial". Selon lui, Québec aurait mieux fait d’investir davantage dans les établissements scolaires et moins en campagnes publicitaires destinées à véhiculer les messages préventifs du gouvernement.
Avec des dépenses dans les médias totalisant jusqu’à présent presque 230 millions de dollars (161 millions d’euros), le Québec est de loin la province de la fédération ayant le plus déboursé en communication sur le Covid.
"Au lieu de gaspiller cet argent en propagande, il aurait été beaucoup plus judicieux de l’investir dans l’amélioration de la qualité de l’air des écoles. De cette façon, on aurait pu éviter aux Québécois le déshonneur de transformer leurs classes en chambres frigorifiques", dénonce Claude Simard.
Ces derniers mois, de nombreux experts ont mis en garde contre la détresse psychologique que favoriseraient chez les jeunes Québécois les mesures sanitaires en milieu scolaire. "Depuis le début de la pandémie, en mars 2020 […], la santé mentale de nos jeunes se détériore et leur capacité d’adaptation s’effrite. Ils ont besoin d’aide plus que jamais", avertissent les universitaires Marie-Claude Geoffroy et Jean-Philippe Gouin dans La Presse, ce 21 janvier.
Claude Simard partage entièrement ce constat. Il estime que les mesures imposées dans les écoles "risquent inévitablement" de ralentir ou même de compromettre le développement des jeunes:
"L’année dernière, on a déjà observé au Québec une baisse significative des résultats des élèves dans diverses matières. Le port du masque chez les petits de maternelle entrave l’acquisition du langage, les enfants perdent toute l’information qui provient du visage de leur interlocuteur", constate le professeur honoraire.
Le 21 janvier, essuyant alors un flot de critiques, Jean-François Roberge, le ministre québécois de l’Éducation, a tenu à préciser que l’ouverture des vitres ne devait pas être faite au détriment du "confort et de la sécurité des élèves et du personnel scolaire".

Le ministère de l’Éducation sur la défensive

À la même occasion, le ministère de l’Éducation a fait savoir que les fenêtres devaient être refermées lorsque la température dans la classe passait sous la barre des 20oC. Une sortie qui ne convainc guère Claude Simard, pour qui le scandale des écoles réfrigérées ne vient que couronner une série d’échecs du gouvernement Legault dans sa gestion de la crise. Il accuse Québec d’avoir accordé la priorité à la sécurité des seules personnes âgées pour des raisons électoralistes:
"Le Québec est une des sociétés les plus vieillissantes de la planète […]. Les jeunes ont été obligés de mettre de côté leur mode de vie pour apaiser l’hypocondrie de leurs aînés. La pandémie a été une période où s’est installé un régime gérontocratique qui n’a pas hésité à ruiner, par égoïsme et peur de la mort, le bonheur des jeunes", conclut-il.
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