Émeutes en Guadeloupe: la vaccination obligatoire est "la goutte d’eau qui a fait déborder le vase"

© AFP 2022 CHRISTOPHE ARCHAMBAULTUn véhicule brûlé
Un véhicule brûlé - Sputnik Afrique, 1920, 22.11.2021
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À la Guadeloupe, la situation est explosive. Les manifestations contre l’obligation vaccinale et le pass sanitaire ont parfois viré à l’émeute. Une colère qui serait le fruit d’années de tensions sociales, estime la syndicaliste Maïté Hubert M’Toumo.

"Tant que l’on n’a pas obtenu satisfaction sur nos points de revendication, notre mobilisation continue."

Secrétaire générale de l'Union générale des travailleurs guadeloupéens (UGTG), Maïté Hubert M’Toumo clame sa détermination au micro de Sputnik: les manifestants ne lâcheront rien.
Le 15 novembre dernier, un collectif d’organisations syndicales et citoyennes a lancé un appel à la grève illimitée pour protester contre la vaccination obligatoire des soignants et le pass sanitaire. Un durcissement de la mobilisation consécutif à une absence de négociation avec les pouvoirs publics. Comme le rappelle la syndicaliste de l’UGTG, "en septembre, les organisations ont déposé leurs revendications au niveau du préfet afin de savoir ce que l’on pouvait mettre en place". "Malheureusement, nos revendications ont été ignorées. Le préfet [Alexandre Rochatte, ndlr] nous a répondu qu’il ne pouvait absolument rien faire", regrette-t-elle.

Les contraintes sanitaires mettent le feu aux poudres

Cette fin de non-recevoir a donc entraîné, en vertu de la loi du 5 août 2021, la suspension de "centaines de salariés", comme des soignants ou des pompiers, qui ne peuvent se targuer d’un schéma vaccinal complet.

"Vous pensez bien que cette situation n’était pas tenable parce que, en suspendant les travailleurs, c’est le système de santé qui est mis à mal. Forcément, c’est l’ensemble de la population guadeloupéenne qui se retrouve privé d’accès aux soins. La situation est devenue catastrophique", indique Maïté Hubert M’Toumo.

Des arguments qui ne convainquent pas Valérie Denux, directrice générale de l’agence régionale de santé (ARS). Dans un communiqué publié le 19 novembre, elle a condamné "la mise en danger de la vie de Guadeloupéens et Guadeloupéennes et l’attaque des soignants", qualifiant par la même occasion la situation d'"incompréhensible" puisque "près de 90 % des soignants du territoire sont en conformité avec la loi".
Pourtant, le système de soin de l’archipel est déjà en crise.
A picture taken on August 27, 2012 shows the entrance of the Pointe-a-Pitre CHU (University Hospital) in the French Caribbean overseas department of Guadeloupe, where French rock star Johnny Hallyday was hospitalized before being transferred for a cardiological assessment to Fort-de-France CHU in the caribbean island of La Martinique. - Sputnik Afrique, 1920, 02.08.2019
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En effet, suite à l’incendie qui avait ravagé une partie du CHU de Point-à-Pitre en 2017, le personnel hospitalier a, à de nombreuses reprises, dénoncé des conditions de travail "insoutenables" et une mauvaise prise en charge des patients et des malades.

"On a un manque criant de matériels, un manque criant de personnel, un manque criant de moyens. On trouve donc très grave qu’ils suspendent des contrats de travail dans des établissements de santé déjà très fragiles", affirme Maïté Hubert M’Toumo.

Néanmoins, à en croire la syndicaliste, la colère des manifestants n’est pas uniquement liée aux difficultés du système hospitalier.

Précarité, chômage, manque de considération

Les racines seraient bien plus profondes: "C’est la mobilisation du peuple qui est en souffrance. Le climat social s’est détérioré au fur et à mesure", récapitule la secrétaire générale de l’UGTG.

"L’obligation vaccinale et le pass sanitaire, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La population s’est révoltée, car elle n’accepte plus d’être traitée ainsi. Il y a une véritable misère sociale dans tout le pays."

En témoigne le chômage qui touche 21% des Guadeloupéens et plus particulièrement les jeunes de 15 à 29 ans (41% en 2019, selon l’INSEE). Par ailleurs, 33% de la population vit sous le seuil de pauvreté (contre 14% en France métropolitaine). Or le prix de l’alimentaire est en moyenne 33% plus cher qu’en métropole! En outre, la syndicaliste signale un manque de considération de la part de l’État.
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Notamment en matière de services publics: "Beaucoup de Guadeloupéens n’ont pas accès à l’eau en 2021. Ce n’est pas admissible. Sans parler du problème de l’empoisonnement de nos terres au chlordécone."

"C’est un ensemble de problèmes qui durent et qui ne sont pas réglés", se désole Maïté Hubert M’Toumo.

Philippe Juvin, candidat à la primaire de la droite, a d’ailleurs abondé dans ce sens sur RMC: "Le vrai sujet, c'est que cela [cette colère, ndlr] vient de très loin. La Guadeloupe a été abandonnée en matière de services publics depuis des années."

Des "tirs à balles réelles" sur les forces de l’ordre

Le sentiment d’abandon s’est donc traduit, parfois, de manière très violente.
À la suite de ces émeutes, "compte tenu des mouvements sociaux en cours dans le département et des actes de vandalisme", le préfet de l’île a instauré un couvre-feu immédiat entre 18 heures et 5 heures à partir du 19 novembre. Des "tirs à balles réelles sur un véhicule de police" au Gosier et "sur des gendarmes mobiles" à Pointe-à-Pitre auraient même été relevés. Le cabinet de Sébastien Lecornu, ministre des Outre-Mer, a annoncé en outre l’interpellation de 95 personnes, "souvent défavorablement connues des services de police et de gendarmerie". Et de confirmer l’arrivée sur l’archipel de "50 policiers et militaires du RAID et du GIGN".
Cette réponse musclée est loin d’emballer la syndicaliste de l’UGTG: "On prend cela comme de la provocation. Ils ont toujours répondu face aux mobilisations sociales, aux revendications du peuple, par la répression. Et après ils s’étonnent que le pays parte à feu et à sang."

"On a une longue histoire de répression, pour ne citer que mai 1967, où l’on a eu 87 morts, tout simplement parce qu’il y a eu des travailleurs dans le secteur du BTP qui demandaient une augmentation de salaire générale", rappelle Maïté Hubert M’Toumo.

De son côté, Emmanuel Macron a préféré voir une instrumentalisation de la part de certains manifestants. "Il y a une situation qui est très explosive, qui est liée à un contexte très local, à des tensions qu’on connaît et qui sont historiques et aussi à certains intérêts qui cherchent un peu à utiliser ce contexte et l’anxiété", a estimé le Président de la République.
Reste que, à la Martinique également, plusieurs organisations syndicales ont d’ores et déjà lancé une grève illimitée ce 22 novembre.
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