Un élu de l’Oise risque 3 mois de prison pour avoir blessé des gens du voyage avec une tractopelle

Tribunal - Sputnik Afrique, 1920, 03.11.2021
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Il a été requis mardi contre cet agriculteur et élu de l’Oise trois mois de prison avec sursis au tribunal de Compiègne pour des violences avec une tractopelle contre des gens du voyage voulant installer leurs caravanes sur un terrain de foot. Nouvelle page dans l’histoire des conflits entre autochtones et itinérants.
Plus de 60 personnes dont des agriculteurs, des élus, des habitants et même le maire du village d’Arsy (Oise) sont venus devant le tribunal de Compiègne, mardi matin, soutenir Sébastien Malpart, conseiller municipal jugé pour violences contre des gens du voyage. Trois mois de prison avec sursis ont été requis à l’encontre de cet élu qui avait tenté, à bord d’une tractopelle, d’empêcher le déploiement d’une vingtaine de caravanes sur un terrain de foot début août.
Le substitut du procureur de la République, craignant un trouble à l’ordre public, a demandé et obtenu le huis clos au moment d’ouvrir les débats, relate Oise Hebdo. Toute l’assistance a donc dû quitter le tribunal.

L’altercation

Le 2 août, le prévenu avait légèrement blessé deux personnes avec sa tractopelle. "Je ne suis pas un criminel. […] Je n’ai fait que les repousser car ils allaient envahir le terrain de la commune. Ils m’ont donné des coups de pelles de chantier, de râteaux, m’ont lancé des pierres… Ils ont même tiré en l’air avec des fusils. J’ai voulu me défendre, j’étais assailli", explique dans la salle d’audience Sébastien Malpart, cité par Le Parisien.
En effet, en réponse aux manœuvres de la tractopelle qui tentait de remettre à sa place un bloc de béton déplacé par les gens du voyage empêchant l’accès au terrain de foot, ceux-ci, armés de pelles et d’autres ustensiles, avaient attaqué le véhicule, dont l’une des vitres avait été brisée. En outre, des témoins avaient entendu deux coups de fusil, ce qui avait été ensuite démenti par les gens du voyage, précise Oise Hebdo. L’altercation avait été filmée et partagée sur les réseaux sociaux. Deux jours d’ITT avaient été prescrits à Sébastien Malpart et à un autre conseiller municipal qui l’accompagnait.
Les parties civiles, soit les gens du voyage, demandent aujourd'hui 1.000 et 1.500 euros de dommages et intérêts. Le délibéré sera rendu le 16 novembre. Mardi, Sébastien Malpart a quitté la salle d’audience sous les applaudissements.

"Alerter l’État"

Selon Régis Desrumaux, président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) de l’Oise, cité par Le Parisien, "Ça peut arriver à n’importe lequel d’entre nous. Si on est là, c’est pour alerter l’État, qu’il prenne ses responsabilités".
"J’étais là, il y avait une telle violence. On a juste voulu se défendre. On est impuissant, personne ne nous aide. On appelle la préfecture, la gendarmerie et on nous dit de laisser faire. […] En quelques années, on a eu cinq intrusions…", renchérit le maire de la commune.
À l’issue de sa garde à vue, le prévenu avait déjà été convoqué dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Mais Sébastien Malpart avait alors refusé la peine de trois mois de prison avec sursis: "Je n’admets pas d’être puni alors que je n’ai fait que me défendre", précise Oise Hebdo. Il a donc dû comparaître le 2 novembre.

Le problème des gens du voyage

Les gens du voyage, de leur côté, n’étaient que sept durant les audiences. "Nous n’avons pas voulu jouer le rapport de force, pour éviter les tensions. […] Nous avons prié pour [nos victimes], pour que le préjudice soit réparé", a indiqué au Parisien leur médiateur dans l’Oise.
Cet incident vient compléter la liste des conflits qui ne cessent de se multiplier dans le département. "Il n’y a pas assez de terrains pour nous, c’est pour cela qu’il y a tant de misère, tant de violences. On doit sans cesse bouger, on est virés de partout", continue le conciliateur.
Ces conflits sont constatés dans différentes communes françaises, sur fond d’un important afflux d’itinérants. Selon la défenseure des droits Claire Hédon, ces communautés sont victimes de "discriminations systémiques". Un rapport publié le 6 octobre et intitulé "Gens du voyage: lever les entraves aux droits" énumère les nombreuses difficultés qu’ils rencontrent en matière de logement, d’accès à l’eau potable, à l’éducation ou à la santé. Car de nombreuses aires d’accueil, qui se chiffrent à 1.358 en France, se situent à proximité de voies ferrées, de déchèteries ou d’usines. Seulement 70% d’entre elles sont isolées, tandis que 51% sont polluées, selon le rapport.
Les habitants s’opposent en outre à l’aménagement d’aires dans leurs communes. "Les maires ne sont pas très courageux dans ces cas-là, ils abandonnent leur projet", a indiqué au micro de Sputnik Caroline Godard, membre de l’association Rencontres tsiganes.
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