Kémi Séba: "Les arrestations des militants panafricanistes sont une victoire sur le néocolonialisme"

© AFP 2022 STEPHANE DE SAKUTINKémi Séba
Kémi Séba - Sputnik Afrique, 1920, 03.11.2021
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Alors qu’il devait participer le 30 octobre à une marche au Burkina Faso contre le "double jeu" de la force militaire française au Sahel, Kémi Séba a été interpellé puis expulsé au Bénin. Mais le militant panafricaniste franco-béninois estime que cette "fâcheuse circonstance" donne plus d’écho à son combat contre le "néocolonialisme".
Sénégal en septembre 2017, Guinée et Togo en mars et août 2018, Côte d’Ivoire en mars 2019... et maintenant Burkina Faso, on ne compte plus les arrestations et expulsions, devenues la marque de fabrique de Kémi Séba.
L’activiste ne cache pas s’inspirer de la "méthodologie d’action" de l’Américain Martin Luther King qui consisterait à se rendre à des endroits où il sait pertinemment que sa présence importune. Cela a le double avantage "d’attirer l’attention de l’opinion publique sur son combat contre le néocolonialisme, mais aussi sur les incohérences du système de la Françafrique", explique-t-il à Sputnik.
"Chaque fois que l’oligarchie française nous arrête via ses valets locaux, cela ne fait que grandir le sentiment de colère vis-à-vis des autorités françaises. Même si le prix à payer est douloureux et lourd pour nous, cela est très constructif, car ça ne fait que contribuer à l’éveil des consciences et au réveil citoyen en Afrique francophone. Dans ce jeu d’échecs politique, les autorités des pays du Sahel s'y prennent mal avec nous parce chaque fois qu’elles nous persécutent, elles ne font que nous donner encore plus de crédit auprès des populations.Les arrestations et expulsions n’affectent absolument pas notre combat, elles constituent une victoire symbolique sur le néocolonialisme", déclare-t-il.

Un militantisme qui dérange

Le 29 octobre, Kémi Séba a été interpellé, avec certains de ses compagnons, alors qu’ils ralliaient par la route la ville de Bobo-Dioulasso, située à 353 kilomètres de Ouagadougou, où il est arrivé la veille par vol régulier.
Invité par une organisation de la société civile, la Coalition des patriotes du Burkina Faso (COPA/BF), il y était attendu pour participer le lendemain à une "marche contre le double jeu de la présence militaire française au Sahel".
Mais les autorités burkinabè lui réservaient un tout autre sort. Seul, il est renvoyé à Ouagadougou avant d’être expulsé le matin du 30 octobre, après une nuit en cellule, au Bénin, où il est installé depuis 2017.
La marche, interdite par les autorités locales, a finalement bel et bien eu lieu, mais elle a très vite été dispersée par les forces de sécurité.
"Il y a une prise de conscience énorme qui prend naissance ces dernières années au sein de la nouvelle génération et de la société civile africaines. Et si les autorités burkinabè, qui travaillent de plain-pied avec les autorités françaises, ont réagi de cette façon, c’est tout simplement parce qu’elles ne souhaitent pas que ce vent d’éveil des consciences se propage au Burkina Faso", croit-il savoir.
Ce "vent d’éveil des consciences"serait-il déjà en train de souffler sur la Guinée et le Mali, deux pays voisins en pleine transition où Kémi Séba a récemment été accueilli à bras ouverts par la rue et les autorités nationales? Au Mali, l'activiste franco-béninois a été reçu par le ministre de la Défense Sadio Camara et en Guinée par Mamadi Doumbouya, le Président de la transition lui-même.
Ces rencontres avec des dirigeants africains ne sont pas sans rappeler qu’en août 2018 Kémi Séba avait été reçu par le Président burkinabè Roch Marc Kaboré qu’il accuse aujourd’hui d’avoir toujours joué "la carte du panafricanisme" alors qu’il n’en est rien en réalité.
Et dans un nouvel acte des frictions entre les deux hommes, Kémi Séba entend poursuivre en justice le gouvernement burkinabè. Il estime que ses droits de citoyen de l’espace CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest), où la libre circulation des personnes et des biens est censée être garantie par les États, ont été "bafoués". "Aucun motif ne m’a jamais été donné pour mon arrestation, on ne m’a pas signifié que j’étais en garde à vue non plus, et il y a eu un refus catégorique de me laisser entrer en contact avec mon avocat", fait-il savoir à Sputnik.
Un collectif d’avocats de renom a d'ores et déjà été constitué pour assurer sa défense. Il comprend Juan Branco, ancien avocat de WikiLeaks du lanceur d’alerte Julian Assange, et de Prosper Farama, avocat de la famille de l’ancien chef d’État Thomas Sankara, et de Cheikh Koureyssi Ba, avocat de l’opposant sénégalais Ousmane Sonko.
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