Le contrôle au faciès, un fléau à Montréal? Un expert lance un appel à la nuance

CC BY-SA 2.0 / Yannick Gingras / Montreal police
Montreal police - Sputnik Afrique, 1920, 22.10.2021
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Au Québec, le profilage racial est au cœur de l’actualité depuis des mois. Dans un récent ouvrage, l’expert en criminologie Jean Claude Bernheim critique toutefois une interprétation militante et erronée de la réalité policière par les politiciens.
Alors que le débat sur le profilage racial fait rage au Canada à l’occasion de la campagne à la mairie de Montréal, une deuxième édition revue et augmentée d’un livre sur la dernière plus importante affaire d’erreur judiciaire dans le pays est publiée.

Le "racisme systémique" au cœur de l’affaire

Son auteur Jean Claude Bernheim se penche sur une affaire qui a fait beaucoup de bruit début 2021. Le point de départ de cette saga: l’agression le 28 janvier d’un policier dans la métropole québécoise, quelques secondes après avoir remis un constat d’infraction à un automobiliste, un dénommé Mamadi III Fara Camara.
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L’arrestation et la détention pendant six jours de celui-ci, étudiant guinéen de 31 ans clamant son innocence, ont vite été interprétées comme "un cas emblématique de profilage racial" par de nombreux politiciens. En effet, il y avait bien eu erreur sur la personne puisque, quelques jours après son interpellation, c’est un autre individu que l’on a aperçu en train d’agresser l’agent sur les caméras.
Dans un contexte marqué par une volonté de "décolonisation" du Canada, le Premier ministre fédéral Trudeau y verra la preuve de l’existence du "racisme systémique" au pays, et la classe politique le suivra. À tort? Car début septembre, le rapport d’un juge conclut que Mamadi III Fara Camara n’a fait l’objet d’aucune forme de profilage.
Dans son livre intitulé L’Affaire Camara: Le troisième acteur,Jean Claude Bernheim souligne que cette affaire est un cas typique d’une "lecture biaisée" des politiciens de la réalité policière.
"On peut voir que c’est surtout le manque de ressources et le dysfonctionnement de l’enquête en général qui ont mené à l’arrestation de Mamadi Camara. La réaction de la classe politique a été homogène et fondée à tort sur des cas médiatiques spectaculaires comme celui de George Floyd aux États-Unis", explique-t-il.
Camara poursuit maintenant la Ville de Montréal et le procureur général du Québec pour 1,2 million de dollars (825.000 euros). Auteur de nombreux autres ouvrages sur des affaires criminelles, Jean Claude Bernheim observe que les politiciens "ont une grande méconnaissance du fonctionnement du système judiciaire et pénal", une tendance qui les pousserait à adopter une vision perméable à l’influence des groupes "antiracistes":
"La structure de l’enquête est totalement déficiente. Ce que l’affaire nous dit, ce n’est pas qu’il y a eu contrôle au faciès, mais que les autorités ont surestimé le témoignage de l’agent concerné incriminant Camara et que le service de police de la Ville de Montréal est loin d’être à l’abri d’une erreur judiciaire aussi sensationnelle."
Ces trois dernières années, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec dit avoir enregistré une hausse importante du nombre de dossiers ouverts pour discrimination fondée sur les origines. Celui-ci a plus que doublé. À l’approche du scrutin du 7 novembre prochain, les quatre principaux candidats à la mairie de Montréal se sont engagés à favoriser une plus grande représentativité de la diversité culturelle au sein des organismes de la ville. Chacun à leur façon, ils se sont aussi engagés à lutter contre le "racisme systémique".

Les lois canadiennes plus "discriminatoires" que les policiers?

Si Jean Claude Bernheim estime que le profilage racial commis par les autorisés reste une réalité bien documentée en Amérique du Nord, il considère toutefois que le débat l’entourant occulte en quelque sorte des enjeux juridiques d’une plus grande importance:
"La vraie discrimination est opérée par le Code criminel du Canada qui soustrait plusieurs catégories de professionnels à des peines dignes de ce nom pour des crimes qu’ils auraient commis comme des vols. […] Finalement, les autorités se préoccupent davantage des petits voleurs à l’étalage que des entreprises qui font de la représentation trompeuse ou escroquent leurs clients. Les policiers se retrouvent à être les exécutants de cette discrimination en amont", conclut Jean Claude Bernheim.
Et pendant que le débat sur le contrôle au faciès continue de plus belle, le nombre de fusillades liées à la nouvelle guerre de gangs à Montréal est en nette augmentation. Les échanges de coups de feu entre rivaux ont souvent lieu en plein jour, devant témoins.
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