Ce message de Blanquer sur les "valeurs" républicaines passe mal chez les enseignants

© AFP 2022 Christophe ArchambaultJean-Michel Blanquer
Jean-Michel Blanquer  - Sputnik Afrique, 1920, 22.10.2021
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Les enseignants doivent "transmettre" les valeurs de la République ou "sortir de ce métier", estime le ministre de l’Éducation nationale. Suite à cette déclaration survenue quelques jours après l’hommage au professeur Samuel Paty, deux syndicats lui ont demandé de revenir sur ses propos.
Présentant le plan de formation des enseignants à la laïcité, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a lancé une phrase qui a fait réagir nombre d’enseignants.

"Si vous voulez devenir plombier et que vous avez un problème avec les tuyaux, vous choisissez un autre métier. Il faut en faire un autre. Si vous devenez professeur, vous transmettez les valeurs de la République. Et si vous ne les transmettez pas et si même vous militez contre les valeurs de la République, éventuellement sortez de ce métier, parce que vous vous êtes trompés à un moment donné", a-t-il avancé le 19 octobre devant un millier de formateurs au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), cité par l’AFP.

Ce plan de formation a été annoncé en juin. Selon le ministre, 250.000 professeurs seront formés chaque année.
"Ça n'a peut-être pas été assez clair dans le passé, ça va être désormais très clair dans le présent et dans le futur, au travers de la formation comme de la gestion de la carrière des personnes", a-t-il ajouté.

Les "effets ravageurs d’une telle déclaration"

Les réactions n’ont pas tardé: les propos du ministre ont été jugés superflus et insultants par les enseignants.
Le lendemain, le SNES-FSU, le syndicat le plus représentatif de l’enseignement secondaire, a exigé que Jean-Michel Blanquer "revienne publiquement sur ses propos insultants pour l’école et les personnels qui la font vivre".
"Nous n’avons pas de problèmes avec les valeurs de la République, le ministre en a-t-il avec les fonctionnaires?", s’est indigné le syndicat.
"La suspicion et la menace comme mode de gouvernement à l’égard d’enseignants qui s’inquiètent toujours (et c’est tout à leur honneur) d’être fidèles aux valeurs de la République! Lamentable!", a commenté Philippe Meirieu, président national du Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active (CEMEA), qui a déploré les "effets ravageurs d’une telle déclaration" dans une série de tweets.
La fédération syndicale SUD Éducation, regroupant l’ensemble des acteurs de l’éducation tous métiers confondus, a également indiqué que le ministre "diffame" et "menace" les enseignants. "Si on le prend au mot, c’est bien le ministre et le gouvernement qui ont un problème avec les principes qui fondent la République", a conclu le syndicat dans un communiqué en demandant également que le ministre revienne immédiatement sur ses propos.
D’après Jean-Rémi Girard, président du syndicat SNALC, regroupant le personnel de l’enseignement secondaire et supérieur, intervenant sur BFM TV le 21 octobre, les propos du ministre sont superflus et stigmatisants: "Si des questions se posent au plan individuel […], si le ministère a identifié des collègues s'opposant aux valeurs de la République, a priori c'est à lui de régler le problème et de sanctionner, donc ce qu'on dit au ministre c'est: 'Faites fonctionner votre ministère!'".
La non-adhérence présumée des enseignants aux valeurs républicaines ne doit pas se trouver parmi les sujets les plus essentiels, a ironisé toujours sur BFM TV Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU: "On est certes sur une fin de quinquennat mais il reste des enjeux, des sujets qu'on doit nécessairement traiter", à savoir le manque d'attractivité du métier de professeur, la préparation de la rentrée 2022 ou la reconnaissance officielle du statut des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH).
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