Hausse du prix des carburants en France: la faute aux "60% de taxes"? "C’est un braquage!"

Une pompe à essence - Sputnik Afrique, 1920, 20.10.2021
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Alors que les prix à la pompe s’envolent, le gouvernement réfléchit au meilleur moyen pour lutter contre cette hausse. Pour Pierre Chasseray, membre de 40 millions d’automobilistes, il n’y a plus le temps de tergiverser: il faut baisser les taxes.
Ce sont quelques centimes de trop qui risquent de déclencher une nouvelle crise. Dans les stations-service, le prix de l’essence et du diesel flambe, pour le plus grand malheur des automobilistes. Le litre de gazole a ainsi atteint 1,558 euros. Un niveau plus élevé qu’au début de la crise des Gilets jaunes, où le litre de diesel avait connu un pic à 1,53€.
Une hausse des prix qui accompagne celle du gaz (+13,9% depuis début octobre) et de l’électricité. Cette dernière a subi 60% de hausse en quinze ans et devrait encore augmenter de 4% début 2022. Cette situation fait donc craindre une baisse du pouvoir d’achat des Français, mais surtout de nouveaux mouvements sociaux.

Vers une saison 2 des Gilets jaunes?

Pour éviter une éventuelle gronde populaire, le gouvernement marche sur des œufs. En témoignent ses atermoiements pour définir le dispositif à mettre en place pour contrer la hausse des prix du carburant. Depuis une semaine, en effet, Matignon, Bercy et le ministère de la Transition écologique planchent sur la bonne formule.

"Sauf qu’il faut arrêter de réfléchir et agir", coupe Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 Millions d’automobilistes: "La seule mesure efficace, c’est la baisse des taxes. Cela représente 60% du prix du carburant, c’est un hold-up, un braquage", fustige-t-il au micro de Sputnik.

En effet, sur un prix au litre de 1,54 euro par exemple, la part de TVA représente environ 25 centimes et la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) près de 61 centimes, selon les données de l’Union française des industries pétrolières. Le TICPE est d’ailleurs le quatrième impôt qui rapporte le plus à l’État. Les distributeurs, quant à eux, ne perçoivent que jusqu’à deux centimes.
"C’est absolument anormal que nous soyons dans le top 3 des pays européens qui payent le plus de taxes sur les carburants", déplore Pierre Chasseray.

Baisser les taxes, solution idoine?

Alors, "le gouvernement va opter pour la baisse des taxes", espère-t-il.

"Il ne faut pas oublier qu’Emmanuel Macron va être candidat à sa propre succession, il ne pourra pas être au deuxième tour s’il n’a pas une mesure forte sur la mobilité. C’est capital! L’absence de mobilité, ça s’appelle le confinement: on a tous besoin de rouler de circuler", fait valoir Pierre Chasseray.

L’association d’automobilistes a d’ailleurs lancé une pétition afin de demander "une baisse du taux de TVA sur les carburants de 20 à 5,5%". Une proposition également formulée début octobre par Anne Hidalgo, candidate à la Présidentielle. Cette mesure permettrait "d’économiser 18 à 20 centimes sur chaque litre de carburant, ce qui rendrait un peu de pouvoir d’achat aux Français", estime 40 millions d’automobilistes.
Pourtant, cette mesure ne semble pas la plus évidente pour l’exécutif. Le 18 octobre, Bruno Le Maire a ainsi indiqué sur Europe 1 qu’une baisse de la fiscalité serait "injuste": "Quelqu’un qui aurait un gros 4x4 motorisé qui fonctionne au diesel recevrait la même aide de l’État qu’une aide-soignante obligée de prendre sa Clio pour sillonner les routes pour faire son travail."

"Rendre l’argent aux Français"

Par ailleurs, le ministre de l’Économie a souligné qu’"un centime de baisse sur le litre de carburant représente un demi-milliard d’euros, donc c’est très coûteux pour un résultat que les Français ne verront pas". "On est dans une situation de trop perçu. Il faut rendre l’argent aux Français", rétorque Pierre Chasseray. Une injonction qu’a également lancée Xavier Bertrand.
Des accusations que Bruno Le Maire a tenté d’évacuer en expliquant que "L’État ne se fait pas d’argent sur le dos des Français". "D’un côté, l’État va dépenser 5,6 milliards d’euros [chèque-énergie, plafonnement du prix du gaz et de l’électricité, ndlr] pour protéger les ménages les plus modestes et de l’autre il va engranger 2,5 milliards", a-t-il argué.
Bruno Le Maire a donc plaidé en faveur de l’instauration d’un chèque-carburant. Cette idée est néanmoins loin de plaire au défenseur des automobilistes:

"Le chèque carburant, c’est demander à certains Français d’aller quémander, de faire l’aumône pour obtenir un petit billet. C’est une mesure politique qui ne satisfera personne", affirme-t-il.

D’autant plus que les modalités définir qui pourrait en être bénéficiaire peut relever du casse-tête. L’exécutif pourrait donc se rabattre sur une troisième solution: la création d’un bouclier carburant, à l’image du bouclier tarifaire pour le gaz et l’électricité. Jean Castex devrait annoncer la décision de l’État d’ici vendredi 22 octobre.

"À chaque fois que l’on prend du temps, que l’on tergiverse, on crée une espèce de divorce entre le discours politique et les attentes des usagers", prévient Pierre Chasseray.

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