Avec ses propos sur la "magie" du travail à l'usine, la ministre de l'Industrie crée une polémique

© AFP 2022 BERTRAND GUAYAgnès Pannier-Runacher
Agnès Pannier-Runacher - Sputnik Afrique, 1920, 11.10.2021
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Alors que les conditions de travail difficiles et les faibles salaires semblent contribuer à une pénurie de main-d’œuvre ouvrière dans l’Hexagone, Agnès Pannier-Runacher a déclaré que "la fierté de travailler dans l’usine" n'était "pas une punition" et a vanté la "magie" de cet emploi. Ses paroles ont fait vivement réagir.
С’est une vive réaction qu’a provoquée un discours de la ministre de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher à l’occasion de la 7e édition de Bpifrance Inno Generation, le 7 octobre à Paris. “J’aime l’industrie parce que c’est l’un des rares endroits au XXIe siècle où l’on trouve encore de la magie”, a-t-elle avancé.
La vidéo de cette intervention, qu’elle a partagée sur son compte Facebook, a tout de suite reçu des commentaires négatifs, qui se sont ensuite multipliés sur les réseaux sociaux, notamment sur les comptes de personnalités de tous bords. Car la ministre ne s’est pas arrêtée là. Elle a tenu à préciser:
"La magie de l’atelier où l’on ne distingue pas le cadre de l’ouvrier, on ne distingue pas l’apprenti de celui qui a trente ans d’expérience, où l’on ne distingue pas celui qui est né en France il y a quarante ans et celui qui est arrivé par l’accident d’une vie il y a quelques jours”.
Et de renchérir: “La fierté de travailler dans l’entreprise, la fierté de travailler dans l’usine, pour qu’on dise que lorsque tu vas sur une ligne de production, c’est pas une punition, c’est pour ton pays, c’est pour la magie et c’est ça que vous pouvez rendre possible”.

Ses propos ne sont pas appréciés

Ces propos ont vivement fait régir, surtout ceux qui s’y connaissent dans le domaine. Un ouvrier de l’industrie et militant CGTa rappelé les conditions difficiles des travailleurs à l’usine:
“Viens frapper des rivets, respirer l’huile, ne pas voir le jour, porter des bacs, te faire balader par des chefs, une journée seulement. Tu verras qu’il y a pas de magie ici”.
Lui fait écho le député Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et candidat à la prochaine présidentielle: “Pour la magie? Qu’Agnès Pannier-Runacher aille dire ça aux ouvriers qui ont une espérance de vie en bonne santé de 59 ans. Quelle honte!”.

La "magie" satirisée

“655.715 accidents du travail en 2019, 50.392 maladies professionnelles, 733 décès (hors salariés ‘uberisés’ et fonction publique). Aucune recension précise des accidents mortels #LaMagie”, a pour sa part taclé l’économiste Sandrine Rousseau, qui vient de perdre la primaire écologiste.
L’oratrice nationale de La France insoumise, Martine Billard, n’a pas manqué de critiquer l’intention du gouvernement de relever l’âge légal de départ à la retraite:
“C’est au nom de la magie de la ligne de production que LREM veut repousser l’âge de départ à la retraite? La bourgeoisie dans toute son indécence”.
Le directeur du journal L’Humanité et sénateur Fabien Gay renchérit en écrivant:

La magie des accidents du travail, du travail mal payé et des petits salaires, et bientôt de l’âge de départ à la retraite prise après l’espérance de vie en bonne santé grâce à ce gouvernement. Mais ce n’est pas grave, c’est pour ton pays!”

Des salaires peu attrayants

Bien que le 1er octobre, le SMIC horaire brut ait augmenté d'environ 34 euros par mois, conséquence d'une progression de l'indice des prix à la consommation, les métiers manuels connaissent une pénurie de main-d’œuvre.
"La part des entreprises qui signalent des difficultés de recrutement est en forte hausse en juillet, retrouvant des niveaux proches de ceux d’avant crise dans la plupart des secteurs d’activité", constatait début octobre la Dares, direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques qui dépend du ministère du Travail.
Parmi les facteurs qui expliquent cela, la direction cite le défaut d’attractivité des métiers "dans lesquels les conditions de travail ou de salaire sont trop dégradées". Tout en notant que le phénomène ne date pas d’hier et qu’il s’agit d’un problème structurel.
"Plus que les formations, l’enjeu central pour accroître l’attractivité des métiers peu qualifiés est d’augmenter les rémunérations", indiquait au Parisien à la mi-septembre Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste du cabinet d’audit et de conseil BDO-France.
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