"Madame LE ministre", "Monsieur LA rapporteur": prise de bec linguistique à l’Assemblée

© Sputnik . Dominique Boutin / Accéder à la base multimédiaAssemblée nationale
Assemblée nationale - Sputnik Afrique, 1920, 09.10.2021
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Les murs de l’hémicycle ont été témoins d’une énième querelle linguistique sur la féminisation des noms de métiers. Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, a dû être rappelée à l’ordre.
Alors que l’Académie française vient de rendre son rapport annuel sur l’enrichissement de la langue, les députés se sont encore livrés à des contorsions grammaticales dans l’enceinte de l’Assemblée.
La ministre de la Transition écologique a notamment fait très fort, lâchant un "monsieur la rapporteur", à l’attention du député LR Julien Aubert, lors d’un débat sur le projet de loi lié à la transition énergétique. Une petite pique, alors que la ministre était apparemment vexée d’avoir été appelée "madame le ministre" par son interlocuteur, sans féminisation de sa fonction.
Ce massacre en règle de la langue n’a cependant pas été du goût d’Annie Genevard, vice-présidente de l'Assemblée nationale, qui conduisait la séance. Celle-ci a recadré la ministre, lui rappelant que la formulation de Julien Aubert répondait aux usages, contrairement à la sienne.

"Lorsque monsieur Aubert dit: +madame le président+, on peut en penser ce qu'on veut, mais c'est conforme à la langue française. Lorsque vous dites: +monsieur la rapporteur+, c'est une provocation et je ne veux pas la laisser passer", a ainsi déclaré la vice-présidente.

Un rappel à l’ordre qui n’a pas empêché Barbara Pompili de revenir à la charge un peu plus tard, en demandant "de manière très claire à être appelée +madame la ministre+". Visiblement très attachée à cette tournure, la responsable a ensuite remis le couvert sur les réseaux sociaux.
Un vieux combat
Ce n’est pas la première fois que les politiques s’enflamment sur la féminisation des noms de grades et métiers. Ce type de scènes est même devenu un classique, au palais Bourbon comme au palais du Luxembourg. En 2018, la secrétaire d’État Brune Poirson s’était ainsi embrouillée avec le sénateur LR Gérard Longuet en des termes sensiblement similaires.
Si ces prises de bec font souvent la Une de l’actualité, le processus de féminisation de la langue ne date pourtant pas d’hier .Il était déjà à l’œuvre dans les années 1970 et s’est développé dans toute la francophonie, comme le rappelait à Sputnik le linguiste Claude Simard, en 2020.
"La féminisation en français s’est développée au cours des années 1970 avec la montée du féminisme. Elle a suscité un peu partout de vives polémiques et a connu plus ou moins de succès selon les pays et selon le degré de militantisme des parties en cause. Force est de constater qu’elle ne s’est pas encore généralisée dans l’usage", expliquait alors le grammairien.
Le linguiste précisait que ce combat pour la féminisation n’était pas dépourvu d’arrière-pensées idéologiques. Les militants ayant tendance à confondre le linguistique et le sociologique, pour mieux pointer du doigt une langue "vecteur de sexisme".
En 2019, l’Académie avait remis un rapport sur la féminisation des noms de métiers, estimant qu’il n’existait "aucun obstacle de principe" à cette démarche. La vénérable institution avait cependant refusé de trancher dans le vif, ajoutant qu’elle se "garderait d’édicter des règles" en la matière, préférant se fonder sur l’usage.
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