Sénégal: retour à la case prison pour l'activiste de "Frapp France Dégage"

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Prison (image d'illustration) - Sputnik Afrique, 1920, 08.10.2021
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Après un énième mandat de dépôt en quatre ans, le plus célèbre des activistes sénégalais pourrait rester durablement en prison si la justice confirmait la peine de deux ans dont six mois ferme requise par le parquet pour "diffusion de fausses nouvelles" sur des institutions de la République. Un chef d’accusation qu’il conteste.
Deux ans de prison dont six mois ferme. C’est la peine requise au Sénégal par le procureur de la République contre le militant politique Guy Marius Sagna. Le responsable du mouvement "Frapp France Dégage" (Front pour une révolution anti-impérialiste, populaire et panafricaine) était jugé devant le tribunal des flagrants délits de Dakar pour diffusion de "fausses nouvelles". Un post sur sa page Facebook mis en ligne le 30 septembre dernier et intitulé "La nouvelle devise de la Gendarmerie sénégalaise: "déshonneur et parti" à la place de "Honneur et Patrie"" a manifestement déplu aux autorités.
Arrêté au Sud du pays, Sagna a été rapatrié à Dakar, gardé à vue, placé sous mandat de dépôt, et a comparu le 7 octobre. Le verdict du procès sera rendu le 14 octobre.
Le post pour lequel est poursuivi en justice le militant sénégalais. Guy Marius Sagna ne ménage point le Président de la République, encore moins le chef de la gendarmerie nationale. Il les accuse d’être de connivence dans une stratégie de violence physique visant les militants du Frapp.
Devant le tribunal, Guy Marius Sagna a fermement rejeté le chef d’accusation retenu par le parquet à son encontre. Pour lui, il y a derrière des motivations non avouées de l’État.

"Je n’ai pas été arrêté parce que j’ai fait un post sur Facebook. Mais plutôt parce que je suis un activiste. J’ai des engagements et on avait même des programmes qui sont très sensibles. C’est (le déroulement de ces programmes) que le gouvernement voulait empêcher. Voilà pourquoi je suis ici, mais certainement pas à cause d’un post sur un réseau social", dénonce l'activiste auprès de médias sénégalais.

C’est dans une localité rurale du département de Vélingara, au Sud du pays (à 600 km de Dakar), que Sagna a été arrêté le 2 octobre par la gendarmerie et livré à la Division des investigations criminelles. À travers une manifestation non autorisée par le sous-préfet, plusieurs organisations politiques et citoyennes dont "Frapp France Dégage" et "Jeunesse panafricaine de Vélingara" voulaient dénoncer l’attribution de 1.000 ha de terres à un notable local.
Mais pour le parquet, Guy Marius Sagna n’a pas d’excuse en disant que le général de la gendarmerie avait bloqué la plainte de cinq membres du Frapp contre l'agression physique dont aurait été victime l'un des leurs.

"À côté de (la) violence verbale, [contenu dans le statut Facebook, ndlr] il a donné des informations fausses. Il a dit que le général est à la solde du Président Macky Sall", s’est insurgé le procureur de la République.

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Dans leurs plaidoiries, les avocats de l’activiste ont dénoncé les amalgames du procureur, en particulier la caractérisation de simples discours en propos séditieux visant des institutions.

"La gendarmerie n’est pas une institution mais une corporation, son général n’est pas une institution. Et s’il se sent diffamé, il n’a qu’à envoyer une citation directe, il trouvera en face plus déterminé que lui", a souligné Me Abdoulaye Tall, un des conseils de Guy Marius Sagna.

Populaire au Sénégal, apprécié pour sa détermination à prendre en charge les préoccupations de milliers de ses concitoyens, en particulier dans le domaine social, Guy Marius Sagna est devenu une icône du paysage politique. Un activisme qui lui vaut certes de la sympathie, mais aussi des désagréments assez fréquents.
En mars dernier, un appel de fonds lancé sur les réseaux sociaux avait permis de rassembler en un temps record une dizaine de millions de francs Cfa (environ 15.000 euros). L’argent lui a permis d’acheter une voiture neuve afin de "faciliter ses déplacements". Entre novembre 2019 et mars 2020, il avait passé trois mois à la prison du Camp pénal de Dakar pour avoir pris part à une manifestation devant le palais de la République.
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