Immigration, islam, Europe, sécurité: Onfray et Zemmour sont-ils vraiment d’accord sur tout?

© AFP 2022 JOEL SAGETMichel Onfray
Michel Onfray - Sputnik Afrique, 1920, 05.10.2021
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Éric Zemmour et Michel Onfray ont débattu lundi sur des sujets allant de l’immigration à la sécurité, en passant par l’Europe et le déclin de la civilisation. Ils sont globalement d’accord sur les constats, mais pas sur les solutions à apporter.
Lundi 4 octobre, le philosophe Michel Onfray et le "presque candidat" à l’élection présidentielle Éric Zemmour ont rassemblé environ 3.700 personnes au palais des Congrès de Paris. La rencontre était organisée par la revue souverainiste Front populaire, créée par M.Onfray et le producteur Stéphane Simon, lequel a animé la soirée. Comme lors de leurs précédents débats depuis 2020 (télévisés, à chaque fois sur CNews), ils convergent sur de nombreux points de vue, à quelques nuances près.
Les deux essayistes partagent notamment le constat d’une civilisation occidentale en déclin. Michel Onfray l’explique par un sentiment dominant de "détestation de soi" et craint "l’avènement d’une civilisation transhumaniste". Son interlocuteur, sans surprise, voit plutôt l’islam comme principal adversaire.
"L'inconscient collectif des musulmans est de coloniser l'Occident", estime-t-il.
Vient alors naturellement le sujet de l’immigration. M.Zemmour demande l’arrêt total de celle-ci: "on arrête le regroupement familial, on met le regroupement familial à l'extérieur" et souligne qu’il n’a jamais parlé de "remigration". "Je souscris à la nécessité de faire un grand nettoyage", abonde M.Onfray, mais nuance sur la forme.
"On blesse beaucoup de gens, Éric, quand on interdit les prénoms d’origine étrangère, le port du voile… C’est aussi blessant de dire que l’islam, c’est l’islamisme".
Sur la sécurité, le débat s’est orienté sur les armes à feu. Celui qui est qualifié de "Zemmour de gauche" refuse l’idée d’un "armement de style américain" mais ne "verrait pas d’un mauvais œil" de permettre aux forces de l’ordre d’être armées en permanence, y compris en civil. Son interlocuteur reste vague en insistant sur le fait de "rétablir la force de l’État". "Nous avons encore la police, la gendarmerie et éventuellement l’armée qui peuvent nous défendre", ajoute-t-il.
Frexit
La principale divergence entre les deux débatteurs restera la sortie ou non de la France de l’Union européenne, ou Frexit. Michel Onfray, qui a maintes fois dénoncé le traité de Maastricht de 1992, souhaite en sortir pour recréer une Europe "civilisationnelle", de l’Atlantique à l’Oural, et donc en y incluant la Russie. Pour lui, pas de véritable souverainisme sans quitter l’UE, un message qu’il adresse à "certains qui souhaiteraient devenir Président de la République".
Sur ce sujet sensible, Éric Zemmour dévoile les limites que lui impose son statut de quasi-candidat. "Nous pouvons rassembler 70% des gens avec les idées que je porte sur l’identité, l’immigration. Mais sur l’Europe, on coupe. On doit faire avec le peuple français d’aujourd’hui, qui ne supporte pas l’idée de ne pas avoir d’alliés…", répond celui qui ne veut pas "diviser les électeurs en deux".
Menace d’Elon Musk
Ce mardi, Michel Onfray s’est exprimé dans Radio Classique pour commenter cet échange, dont il salue d’abord le côté "poli et courtois". "Je n’ai pas cette obsession pour l’immigration, pour l’islam", assure-t-il, lui qui craint davantage une menace venant d’Elon Musk. "Il est en train de pucer le cerveau d’une truie qui s’appelle Gertrude sur la côte ouest des États-Unis alors que nous sommes tous branchés sur nos téléphones portables".
"Sur les constats nous étions d’accord, mais pas sur les solutions", résume-t-il.
Concernant son adversaire, il reconnaît une "Zemmourmania", mais rappelle qu’il reste sept mois avant la présidentielle. Une ascension qu’il résume par "le retour du refoulé". "Depuis mai 68, il y a une idéologie dominante, le gauchisme culturel, que personne n’ose toucher" au risque d’être traité de "nazi, fasciste, pétainiste", et Zemmour "pose sur la table les sujets qui posent problème: l’immigration, la violence, l’insécurité". "Il impose le tempo" et "surprend par sa vitesse et son efficacité", conclut-il.
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