Guinée-Sénégal: les frontières terrestres rouvertes, les commerçants respirent

CC BY 4.0 / Alpha hmd / Un aperçu de la ville de conakryVille de Conacry, capitale de Guinée (image d'illustration)
Ville de Conacry, capitale de Guinée (image d'illustration) - Sputnik Afrique, 1920, 30.09.2021
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Après une fermeture qui a duré un an, la réouverture des postes-frontières entre la Guinée et le Sénégal est devenue effective ce 29 septembre. Pour les commerçants des deux pays dont les camions chargés de marchandises étaient à l’arrêt, l’aubaine est de taille même si les mesures sanitaires liées au Covid-19 restent un autre cauchemar possible.
Mercredi 29 septembre, des camions, camionnettes et différents types de véhicules surchargés de marchandises et de passagers ont enfin franchi la frontière sénégalo-guinéenne de part et d’autre aux environs de 12h45, en file indienne, "dans la discipline et le soulagement".

"Au moins une centaine de camions venant de Guinée sont entrés en territoire sénégalais avec leurs chargements, sans aucun problème, une cinquantaine ont également pris le chemin inverse. Pour nous, c’est un événement important, car c’est notre droit de travailler qui nous est ainsi rendu après une longue attente", informe Amadou Mouctar Diallo, vice-président de la section sénégalaise du syndicat des transporteurs de Guinée interrogé par Sputnik.

C’est dans la soirée du mardi 28 septembre que le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), auteur du coup d’État du 5 septembre contre le Président Alpha Condé, avait décidé "la réouverture de la frontière guinéo-sénégalaise à compter du mercredi 29 septembre 2021". Dans le communiqué rendu public à cet effet, le lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya, nouveau chef de l’État guinéen, "instruit les services sanitaires ainsi [que] l’ensemble des forces de défense et de sécurité d’accroître la vigilance et la rigueur au niveau de tous les points de sortie et d’entrée".

"La fermeture de la frontière a engendré des dommages économiques et financiers importants pour les commerçants des deux pays, les chauffeurs et leurs apprentis, mais aussi pour les populations dont la survie quotidienne dépend du trafic de part et d’autre des points de passage. Des centaines de Guinéens, Sénégalais et Bissauguinéens ont souffert depuis un an. Le manque d’eau et d’électricité qui sévit dans les environs de la frontière, en plus de la chaleur suffocante, a favorisé des conditions de vie déplorables pendant cette période. Nous les avons soutenus du mieux que nous avons pu avec nos moyens en attendant le retour à la normale", souligne Amadou Mouctar Diallo.

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En période ordinaire, environ 30 à 40 camions entrent chaque jour en territoire sénégalais pour assurer l’approvisionnement des grands et petits marchés en diverses marchandises, surtout des fruits. La reprise du trafic entamée ce 29 septembre devrait donc mettre fin au calvaire des hommes d’affaires et redynamiser les échanges entre Dakar et Conakry.
Le 27 septembre 2020, l’ex-Président Alpha Condé avait, à la surprise générale, décidé de boucler tout passage de véhicule entre les deux pays en prétextant des menaces sécuritaires qui viendraient du Sénégal. La Guinée-Bissau et la Sierra Leone ont été concernées par la même mesure qui, intervenue à trois semaines de l’élection présidentielle du 18 octobre, avait été fortement critiquée par des organisations politiques et de la société civile guinéenne. Elle privait ainsi de vote, selon elles, des dizaines de milliers de citoyens guinéens. Ce scrutin présidentiel n’avait pas été organisé au consulat de Guinée dans aucun de ces pays.
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La frontière de la Guinée avec la Sierra Leone avait été rouverte au bout de quatre mois. La frontière avec la Guinée-Bissau a quant à elle été rouverte le 27 septembre, soit deux jours avant celle avec le Sénégal, laquelle aurait d'ailleurs pu être rouverte bien avant. Au sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), tenu en juin dernier à Accra, la capitale du Ghana, les Présidents Alpha Condé et Macky Sall avaient paraphé un document qui engageait les deux pays à rouvrir leurs frontières terrestres, après une médiation du chef de l’État ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de la CEDEAO. Condé voyait grand à travers cette entente qui permettait au moins la réouverture des points de passage entre les pays, mais Sall avait préféré être prudent sur d'autres clauses.

"Cela fait un moment que, comme à l’époque où Senghor et Sékou Touré s’affrontaient, toutes les tentatives de déstabilisation de la Guinée viennent du Sénégal. Le Président Macky Sall m’ayant assuré qu’un tel projet n’entrait aucunement dans ses intentions, je lui ai proposé d’organiser des patrouilles mixtes à la frontière pour empêcher les infiltrations d’éléments hostiles. Cela ne s’est pas fait", se plaignait le désormais ex-Président guinéen dans le magazine Jeune Afrique en mars dernier.

Le protocole d’Accra, bien avant sa mise en œuvre, sera emporté par la chute de Condé victime d’un putsch le 5 septembre et placé depuis en résidence surveillée. En attendant, le business a repris aux différents postes-frontières et va monter en puissance dans les semaines à venir. Mais il pourrait être ralenti par l’application par les deux pays des mesures sanitaires prises pour contrer la propagation du coronavirus. Une autre paire de manches pour les commerçants sénégalais et guinéens et leurs employés.
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