Talibans au pouvoir en Afghanistan

"Des vérités inconfortables": le Pentagone reconnaît avoir surestimé la force de l’armée afghane

© AP Photo / Massoud HossainiL'armée afghane prend position
L'armée afghane prend position - Sputnik Afrique, 1920, 29.09.2021
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L’effondrement de l’armée afghane et la prise du pouvoir par les talibans* ont créé un effet de surprise à Washington. Avec le recul, le Pentagone reconnaît une erreur de jugement et pointe les failles de l’armée afghane.
Un mois après le retrait de l’armée américaine d’Afghanistan, les hauts représentants du Pentagone se sont expliqués au Sénat sur la fin chaotique de l’intervention américaine après 20 ans sur le territoire.
Si début juillet Joe Biden soulignait la supériorité matérielle et numérique de l’armée afghane, fin septembre les autorités américaines ont dû affronter "quelques vérités inconfortables", a reconnu Lloyd Austin, ministre de la Défense, devant les sénateurs.
Le fiasco des militaires afghans n’a pas été anticipé et a créé la surprise générale, d’après le ministre:

"Le fait que l'armée afghane, que nous avons formée avec nos partenaires, se soit effondrée, souvent sans tirer la moindre balle, nous a tous pris par surprise, et il serait malhonnête d’affirmer le contraire".

L'effet boule de neige

Le ministre a énuméré des raisons pouvant expliquer cet effondrement si rapide: la corruption au sein de l’armée, l’incompétence des officiers afghans et l’effet démoralisateur suite à l’accord de Doha sur le retrait des États-Unis, conclu en février 2020.
En effet, d’après le Washington Post, dès le début 2020, les talibans* proposaient environ 150 dollars (127 euros) aux responsables afghans de second rang en échange de la remise des armes.

"Nous n'avons pas réalisé le niveau de corruption et l'incompétence de leurs officiers de haut rang. Nous n'avons pas mesuré les dommages causés par les changements fréquents et inexpliqués décidés par le président Ashraf Ghani au sein du commandement. Nous n'avons pas prévu l'effet boule de neige des accords passés par les talibans* avec quatre commandants locaux après l'accord de Doha ni le fait que l'accord de Doha a démoralisé l'armée afghane", a poursuivi Lloyd Austin.

Pourtant, c’est en juillet, à quelques semaines de la reprise du pouvoir par les talibans*, que Joe Biden a adressé ses louanges à l’armée afghane. D’après lui, les militaires afghans étaient "mieux entraînés, mieux équipés et plus compétents pour mener le combat", d’autant plus qu’ils étaient en nombre quatre fois supérieur aux talibans* (300.000 Afghans contre 75.000 talibans*). Le Président américain a même affirmé que "la probabilité que les talibans* envahissent tout et possèdent tout le pays est très faible".

Un "échec stratégique"

Pour le chef d'état-major américain, le général Mark Milley, qui a également été auditionné par les sénateurs, les Américains ont essuyé en Afghanistan un "échec stratégique".
"L'ennemi est au pouvoir à Kaboul. Il n'y a pas d'autre façon de décrire les choses", a-t-il déclaré, reconnaissant que la "crédibilité" des Américains auprès des alliés et partenaires dans le monde est désormais "endommagée". Un avis que ne partage pas le ministre de la Défense pour qui la crédibilité reste quand même "solide".

Le maintien d’une présence US?

Pendant l’audition, le général Mark Milley et le général Kenneth McKenzie, chef du commandement central américain (Centcom) ont évoqué leur recommandation de laisser 2.500 soldats en Afghanistan, conseil qui n’a visiblement pas été pris en compte par le Président américain, car vers fin août tout le contingent américain a quitté la zone de conflit.
De plus, le 19 août, dans une interview à ABC, Biden a affirmé que "personne ne m’a dit ça à ma connaissance".
Plus tard, après l’audition des généraux par le Sénat, la présidence américaine a dû s’expliquer sur le sujet. La "fin de guerre" était dans "l'intérêt national", a insisté Jen Psaki, porte-parole de Biden. De plus, le maintien de 2.500 hommes sur le sol afghan aurait inévitablement conduit à des accrochages avec les talibans* et à escalade de la situation.
*Organisation terroriste interdite en Russie.
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