Violence dans les stades: individualiser les sanctions?

© AFP 2022 Valery HACHESupporters Niçois
Supporters Niçois  - Sputnik Afrique, 1920, 24.09.2021
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Les incidents se multiplient dans les stades. Puisque les sanctions collectives, à l’image des matchs à huis clos, échouent à éradiquer le phénomène, doit-on aller désormais vers des mesures individualisées?
Un début de saison de tous les excès. Si le spectacle est au rendez-vous sur les pelouses de la Ligue 1 avec 2,90 buts inscrits par match, dans les tribunes et aux abords du stade, le nombre d’incidents explose.
Le 22 septembre par exemple, un bus de supporters bordelais se rendant à Montpellier a été pris à partie par des spectateurs héraultais, conduisant à une bagarre générale, à coups de fumigènes et de barres de fer. Résultats des courses: 16 personnes blessées. Toujours durant la 7e journée de championnat, au coup de sifflet final de la rencontre entre Angers et Marseille, des supporters de l’OM sont descendus de leur parcage pour aller en découdre avec des spectateurs angevins après avoir reçu des pétards. Des coups ont été échangés entre les deux camps et du matériel a été détruit.
Cette violence pourrait être liée à la crise sanitaire, à en croire l’avocat de l’association nationale des supporters, Pierre Barthélemy:

"Selon les sociologues, il y a deux facteurs. Le premier, c’est une tension globale et inconsciente après les couvre-feux et les confinements qui se révèle dans la tension d’un match. D’autre part, les supporters n’ayant pas pu accéder aux matchs pendant 18 mois, il y a une espèce de rattrapage de frustration extrême sur ce retour dans les stades."

Dans un entretien donné à France info, Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste des supporters du football, avance que "des contentieux souterrains entre supporters, qui ne pouvaient pas se régler pendant le confinement, ressurgissent maintenant", a-t-il analysé.

Des violences parfois graves

À l’image du derby du Nord entre Lens et Lille, qui a fait six blessés le 18 septembre. Parmi les méfaits, un supporter lillois va être poursuivi pour exhibitionnisme après avoir montré son sexe. Une attitude peu "fair play"…
Ou encore le 22 août dernier, lors du derby qui s’est déroulé dans le sud de la France entre Nice et Marseille, des dizaines de supporters niçois ont envahi la pelouse, provoquant une bagarre générale entre spectateurs, joueurs et membres de l’encadrement des deux clubs. Un ultra niçois a même porté un coup de pied à Dimitri Payet (OM). Six mois de prison ferme ont été requis pour ce geste.
Comment y mettre fin? Du côté de la Ligue professionnelle de football (LFP), ce sont les sanctions collectives qui sont plébiscitées. La LFP a ainsi infligé des matchs huis clos, notamment à Nice et à Lens, ou encore un point de suspension au club azuréen. Des mesures qui sont loin de plaire à la ministre déléguée aux Sports Roxana Maracineanu. Il est nécessaire, selon elle, d’"individualiser les sanctions".

Des sanctions collectives "profondément injustes"

"C’est la meilleure approche possible", juge également Me Pierre Barthélemy. Et pour cause, les sanctions collectives "sont profondément injustes car elles punissent une majorité pour les faits d’une minorité".

"On peut le voir à la suite de Lens-Lille, la fermeture du stade de Bollaert a eu pour conséquence de punir 30.000 Lensois pour une trentaine ou une quarantaine de Lillois et de Lensois. Mais on a également privé les supporters de Strasbourg et de Reims des matchs qui devaient se tenir à Lens."

Or Me Barthélemy affirme qu’elles sont "inefficaces". En témoigne la gestion des fumigènes dans les stades. "Depuis plusieurs années, la commission de discipline de la ligue utilise les huis clos et les sanctions collectives pour les combattre mais on a constaté que plus il y avait de huis clos –le nombre a triplé–, plus il y avait de pyrotechnie", avance l’avocat.

À partir du moment où l’on n’a plus de graduation dans la sanction, plus d’individualisation, et que l’on sait que le prochain match sera à huis clos, au lieu d’utiliser 20 fumigènes, on va en utiliser 300", observe-t-il.

Si la compréhension de la peine est moins aisée en cas de sanction collective et pourrait donc expliquer certains agissements comme les envahissements de terrain, l’avocat de l’Association nationale des supporters pointe également une perte de compétences sur la sécurité. Ainsi, après cette longue période de huis clos, il y aurait des "carences qui n’existaient pas avant", remarque Me Barthélemy. La faute notamment, selon lui, au "renouvellement des stadiers, mais aussi chez les forces de l’ordre en charge de ces rencontres et au sein des clubs. Que ce soit les référents supporters ou les directeurs de sécurité".

La justice sur le banc des accusés

Autant d’éléments qui peuvent en partie expliquer que de tels incidents puissent survenir dans les enceintes des stades. D’ailleurs, Roxana Maracineanu a mis en garde les dirigeants de club de L1 en indiquant qu’ils devaient "montrer qu’ils ne sont pas complices de ces débordements". Une accusation en mansuétude que déplore Me Barthélemy car il rappelle qu’un club ne dispose pas des moyens de la police et de la justice pour identifier individuellement les responsables et engager, ensuite, les procédures dédiées.

"Le PC sécurité et les images de vidéosurveillance sont gérés par la police. Quand il y a des incidents, c’est renvoyé à la justice et gardé par la police pour les enquêtes et le club n’a pas forcément accès à tous ces éléments-là."

L’avocat souligne ainsi que, dès lors d’un club a identifié un supporter fautif, il "n’hésite pas à porter plainte contre lui nominativement" ou prendre "des décisions d’interdiction commerciale de stade". Un dispositif qui permet à un club de ne plus vendre de billet à un supporter sur une période pouvant aller jusqu’à 18 mois.
Néanmoins, pour éradiquer ces problèmes, les pouvoirs publics doivent jouer leur rôle. Actuellement, Me Barthélemy constate que "les forces de l’ordre et la justice sont débordées: elles manquent de moyens et de personnel". Dans les faits, "le parquet dit qu’il n’a pas les moyens d’affecter dix personnes pendant une semaine à éplucher les vidéos de surveillance, puis faire 80 procès pour des gens qui ont simplement mis le pied sur la pelouse", détaille l’avocat.

"C’est pour cela que les procédures se limitent aux cas les plus graves", résume Me Pierre Barthélemy.

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