Mali: choisir ses partenaires sécuritaires, "une question de souveraineté nationale"

© Photo Domaine public/ArensondBamako
Bamako - Sputnik Afrique, 1920, 23.09.2021
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Bamako a récemment défendu la liberté de choisir ses partenaires sécuritaires suite à des résultats jugés insuffisants de l'action des forces internationales. Une position qui relève de la "souveraineté nationale" du Mali, comme le défend un expert nigérien à Sputnik, mais qui n'est pas forcément du goût des partenaires européens du pays.
Le Mali, qui a récemment revendiqué son droit de nouer de nouveaux partenariats sécuritaires, est en train de "défendre une question de souveraineté nationale", a affirmé à Sputnik le professeur Issoufou Yahaya, enseignant d’Histoire et de sciences politiques à l’université Abdou Moumouni de Niamey, au Niger. La démarche de Bamako devrait même "inspirer le Niger et le Burkina Faso", qui sont tous touchés par le terrorisme dans la zone dite "des trois frontières".

"Normalement chacun de ces pays devrait être à même d’assurer sa propre sécurité. C’est insensé que ces trois pays n’arrivent pas à sécuriser chacun une partie de leurs frontières communes. Chaque pays doit revenir à ses fondamentaux, revoir sa stratégie interne et prendre des dispositions appropriées pour reprendre le contrôle de sa sécurité. Je pense que c’est ce que le Mali est en train de faire avec la Russie" affirme-t-il, en supposant avéré l'information au sujet d'un contrat que s'apprêterait à conclure Bamako avec le groupe de sécurité privée russe Wagner.

En tout état de cause, l'universitaire nigérien estime que la Russie peut s’avérer "un partenaire sûr" puisque "c’est un pays qui s’est consolidé sous un Président qui a une vision sécuritaire".
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"La Russie a montré son efficacité en matière de lutte contre le terrorisme. Elle a montré aujourd’hui qu’elle peut être un partenaire sûr, sur lequel on peut compter. Nombre de ces pays occidentaux n’ont aucun respect, aucune considération pour les pays africains, ce qui ne me semble pas être le cas de la Russie" selon Issoufou Yahaya.
Solliciter l'aide du Kremlin pour lutter contre le terrorisme, l’ex-Président malien Ibrahim Boubacar Kéïta l’appelait aussi de ses vœux, il y a quelques années.
"Nous avons besoin que votre amitié se manifeste dans un domaine dont chacun sait que vous êtes champion, la lutte contre le terrorisme. Vous l’avez dit vous-même que vous êtes qualifié dans ce domaine monsieur le Président Poutine. Cette qualification, nous en avons besoin aujourd’hui" lançait-il le 23 octobre 2019, lors du sommet Russie-Afrique qui a réuni une quarante de chefs d'État africains à Sotchi.

"Ce qui a toujours manqué dans la lutte contre le terrorisme au Mali et dans la zone des trois frontières, c’est l'appui aérien et des renseignements. Si la Russie peut apporter cet appui aérien et partager les bons renseignements avec Mali dans la lutte contre le terrorisme, elle sera plus utile que ce à quoi on assiste aujourd’hui " a conclu l’universitaire nigérien.

L'information faisant état de l'imminence de la conclusion d'un partenariat sécuritaire entre Bamako et la société Wagner avait été avancée par l'agence Reuters, le 13 septembre. Cela n'a pas été confirmé par les deux parties.
Toutefois, dans une sortie médiatique du 17 septembre, le Premier ministre malien Choguël Maïga, a défendu la possibilité pour son pays de chercher d'"autres horizons", sachant que "des partenaires qui ont changé un peu leur politique, ont décidé de quitter [le Mali] pour se replier sur d'autres pays" et qu’il y a des zones "abandonnées qu'il faut occuper aujourd'hui pour ne pas laisser la place au vide". Choguël Maïga parle, sans la nommer, de l'opération Barkhane dont la fin, annoncée pour début 2022, s'accompagnera d'une réduction sensible du nombre d'éléments français.
La démarche défendue est d'autant plus nécessaire, d’après lui, vu le bilan mitigé, voire insuffisant, des interventions des forces internationales au Mali depuis qu’elles y sont installées.
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Celles-ci avaient pour mission, rappelle-t-il, d’aider l’État malien "à détruire le terrorisme [sur son territoire], à y étendre son autorité et sa souveraineté, et appliquer les résolutions des Nations unies". Or, "aujourd’hui, le terrorisme s’est étendu, l’autorité et la souveraineté de l’État ne sont pas restaurés partout et les résolutions des Nations unies changent chaque année. Tout cela amène à voir vers d’autres horizons" déplore le Premier ministre.
Pour rappel, l'Onu est présente au Mali à travers sa mission Minusma, et compose avec Barkhane, la mission de formation de l'Union européenne (EUTM) et le G5 Sahel ce qu'il est coutume d'appeler "les forces internationales" au Mali.

"[Quand] il y a une attaque quelque part, [On ne peut pas nous interdire] de survoler par hélicoptère certaines zones pour y accéder au motif que ce sont des zones d’entraînement d’autres forces partenaires! Cette situation ne peut pas continuer aujourd’hui. C’est très clair!" a-t-il justifié.

Et de conclure: "On ne peut pas interdire" au Mali "d'acheter du matériel d'un pays avec lequel on a un accord parce qu'un autre ne veut pas", ni"envoyer des gens pour être formés dans un pays donné parce qu'un autre pays ne veut pas".
Mais cette liberté de pouvoir choisir ses partenaires sécuritaires en matière de lutte contre le terrorisme suscite le mécontentement des partenaires européens, notamment français, qui redoutent la conclusion d'un partenariat avec le groupe Wagner.

Mécontentement occidental

Quelques jours après la sortie du Premier ministre malien, le haut représentant pour la politique étrangère européenne Josep Borrell a en effet déclaré que "la possibilité (…) d'inviter le groupe Wagner à opérer dans le pays (…) affecterait sérieusement les relations entre l'UE et le Mali".
Une déclaration qui survient le jour où la Ministre française des Armées Florence Parly entamait un séjour au Mali dans le cadre de la réorganisation du dispositif militaire français.
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Interrogée sur cette affaire, elle a déclaré qu'elle a eu "un échange franc, direct et complet" avec les autorités maliennes, auprès desquelles elle était venue "réitérer des messages". Sans doute ceux exprimés par Jean-Yves Le Drian qui avait averti, le 16 septembre sur Franceinfo, que Wagner au Mali serait "incompatible avec la présence internationale et européenne".
La veille, c'était la ministre allemande de la Défense qui se fendait d'un tweet en affirmant que "si le gouvernement du Mali passe de tels accords avec la Russie, cela contredit tout ce que l'Allemagne, la France, l'Union européenne et l'Onu ont fait au Mali depuis huit ans".
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À noter que quand il avait été interrogé sur la possibilité d'une coopération entre Wagner et Bamako, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a affirmé à la presse, le 15 septembre, que Moscou ne négociait aucune présence militaire au Mali. "Il n'y a aucun représentant des forces armées russes là-bas et aucune négociation officielle n'est en cours".
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