«Il n’y avait pas d’argument» pour l’intervention française en Afghanistan, «à part adopter le discours américain»

© REUTERS / Brendan McDermidSoldats américains après leur retour d’Afghanistan
Soldats américains après leur retour d’Afghanistan - Sputnik Afrique, 1920, 09.09.2021
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Quelle leçon doivent tirer la France, les États-Unis et leurs pays alliés de l’Otan après le retrait occidental de l’Afghanistan? Analyse d’Emmanuel Goffi, ancien officier de l’armée de l’air, pour Le Désordre mondial.
Maintenant que la guerre de 20 ans des États-Unis et de ses alliés en Afghanistan est enfin terminée, c’est l’occasion d’en tirer les leçons.
Il semble que nos dirigeants souhaitaient rester dans les parages jusqu’à ce qu’ils puissent obtenir un retour sur investissement. Cela aurait impliqué des garanties d’accès aux gisements inexplorés de minéraux, que les responsables américains ont évalués à 1.000 milliards de dollars.
Situation en Afghanistan après le retour des talibans* au pouvoir, août 2021 - Sputnik Afrique, 1920, 06.09.2021
Al-Qaïda et les talibans: le vrai-faux divorce?
Nos chefs d’État ont utilisé la peur du terrorisme pour manipuler l’opinion publique en faveur de leur objectif. Et l’Afghanistan n’est pas le seul pays où cet argument a été invoqué comme prétexte pour défendre les combattants par procuration de Washington pour ses intérêts égoïstes. La même chose s’est produite en Syrie, où les «rebelles syriens» soutenus par les États-Unis ont perdu contre l’armée syrienne, décrite comme un groupe terroriste alors qu’elle se battait chez elle pour sécuriser son propre pays. 
Après deux décennies d’occupation et un retrait les mains vides, qu’est-ce que le fiasco afghan aurait dû apprendre à nos dirigeants, tant du point de vue militaire qu’éthique? Qu’est-ce qu’ils ont vraiment accompli? Emmanuel Goffi, codirecteur et cofondateur du Global AI Ethics Institute, ancien officier de l’armée de l’air et spécialiste de l’éthique des conflits armés, ne dresse pas un bilan très positif et l’explique par l’idéologie démocratique:
«Le problème de l’Occident, c’est qu’on est extrêmement arrogant et très souvent, on fait exactement qu’on critique chez les autres, par exemple chez les talibans* ou les terroristes qui veulent exporter un modèle.»
L’ancien officier français commente le choix des forces occidentales d’être restées si longtemps:
«Les États-Unis, et la France dans la foulée, sont intervenus en 2001. L’objectif de base, qui était de fermer les camps talibans qui ont accueilli Al-Qaïda*, a été accompli en décembre. Mais une fois qu’on a déployé tant de troupes et une telle communication sur l’intervention, on ne peut pas se retirer du jour au lendemain. Par ailleurs, les talibans* risquaient de revenir donc au nom de la théorie de la paix démocratique, ils ont décidé de rester.»
Quelle a été l’erreur stratégique commise par l’Occident en Afghanistan? Pour Emmanuel Goffi, non seulement on a laissé le pays dans l’état dans lequel on l’a trouvé, mais en plus on y a ajouté des problématiques que l’on a créées en voulant implanter la «démocratie»:
«La démocratie ne se transpose pas, elle ne se transfère pas. Aux États-Unis, c’est un long processus d’apprentissage qui remonte à l’antiquité grecque. C’est quelque chose qui s’est bâti sur des siècles. On ne peut pas faire un copier-coller et arriver en Afghanistan en disant que le système démocratique, c’est le meilleur.»
*Organisation terroriste interdite en Russie.
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