Cette citation faite par Darmanin pour saluer la police n'est finalement pas si flatteuse

© AP Photo / Christophe EnaGérald Darmanin (photo d'archives)
Gérald Darmanin (photo d'archives) - Sputnik Afrique, 1920, 10.07.2021
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Lors de son discours à l’occasion de la Journée de la police nationale, Darmanin a voulu flatter les forces de l’ordre en saluant leur «engagement, le courage, la discipline, le patriotisme et la fraternité». Il a alors utilisé une citation d’Alexandre Dumas mais le texte dont celle-ci est tirée n’est en réalité pas si élogieuse pour les agents.

«Un pays sans police est un grand navire sans boussole et sans gouvernail»: cette citation du roman Les Mohicans à Paris, d’Alexandre Dumas, qui a été prononcée par le ministre français de l’Intérieur pour faire l’éloge des forces de l’ordre le 9 juillet, a suscité une polémique autour de sa réelle signification, jugée ambiguë par certains.

C’est la journaliste de Mediapart Camille Polloni qui a soulevé la question, à savoir si la citation a été bien choisie par Gérald Darmanin, alors que la suite du texte de l’écrivain français ne correspond vraiment pas à la logique de l’allocution du ministre.

Après avoir cité Dumas, le ministre a félicité les policiers pour leur «engagement, le courage, la discipline, le patriotisme et la fraternité».

Toutefois, le texte d’où la phrase a été extraite n’est pas aussi flatteur à l’encontre des forces de l’ordre que le discours de Darmanin:

«D’où vient donc, alors, que, pour occuper cette fonction importante, pour remplir cette mission conservatrice, on choisit d’ordinaire des idiots de la plus laide espèce? D’où vient cela? Je vais vous le dire: c’est que la police, au lieu de s’occuper des grandes questions gouvernementales; entre dans les détails les plus infirmes et se laisse aller à des préoccupations tout à fait indignes d’elle», raisonne Gibassier, l’un des personnages du livre.

Plusieurs internautes ont jugé que la phrase d’Alexandre Dumas choisie par le ministre avait été mal utilisée et ne convenait pas pour féliciter ces fonctionnaires.

Lapsus ou omission d’analyse?

Ce n’est pas la première fois qu’une citation choisie par Gérald Darmanin prête à la confusion. Auparavant, toujours pour défendre la police, il avait cité Max Weber.

«La police exerce une violence, certes, mais une violence légitime, c'est vieux comme Max Weber», avait ainsi lancé le ministre devant la Commission des lois de l’Assemblée nationale en réponse à des questions «sur les conditions dans lesquelles les forces de l’ordre ont eu recours à la force lors de différents événements survenus à Paris depuis la manifestation du 17 novembre 2020».

Alors qu’il tentait de cette manière de justifier des exactions, la philosophie Catherine Colliot-Thélène, spécialiste du penseur, a fait remarquer que le sociologue allemand parlait dans son texte de l’État, et justifiait «la violence légitime» de l’État et non celle des forces de l’ordre.

Dans une conférence de 1919, Max Weber a en effet décrit un autre concept comme suit: «L’État est cette communauté humaine, qui à l’intérieur d’un territoire déterminé […] revendique pour elle-même et parvient à imposer le monopole de la violence physique légitime».

Gérald Darmanin (photo d'archives) - Sputnik Afrique, 1920, 17.05.2021
«La colère des policiers est légitime»: Darmanin confirme sa présence à la manifestation du 19 mai

La façon dont Gérald Darmanin avait apporté son soutien aux forces de l’ordre avait déjà déclenché une polémique.

Outre son allocution devant la Commission des lois de l’Assemblée nationale, où il avait évoqué «les sept péchés capitaux» des gouvernements précédents en ce qui concerne le maintien de l'ordre -dont «une erreur fondamentale», son premier péché, résidant dans «le peu de formation que nous offrons à nos policiers»-, Gérald Darmanin a rejoint la manifestation des policiers du 19 mai, en qualifiant leur colère de «légitime». Il avait alors tenu à souligner que les agents étaient attaqués non seulement par des agresseurs et étaient les «premiers ciblés» par les terroristes, mais qu’ils étaient aussi «attaqués sans cesse par une partie de la classe médiatique».

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