Au Cameroun, une sextape ébranle tout un pays

© Photo Pixabay / TeroVesalainenUn ordinateur (image d'illustration)
Un ordinateur (image d'illustration) - Sputnik Afrique, 1920, 26.06.2021
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Le Cameroun vibre au rythme d’un scandale sexuel impliquant un célèbre journaliste propriétaire d’une radio à Douala. Une sextape a été tournée dans ses bureaux avant de surgir sur la Toile. Depuis lors, le scandale a enflammé les réseaux sociaux dans le pays et provoque de nombreuses réactions, y compris de la part du gouvernement.

Le sujet occupe l’espace médiatique et a littéralement noyé l’actualité au Cameroun, faisant même oublier le scandale financier autour des soupçons de détournement des fonds alloués au Covid-19 dans le pays. En effet, dans la soirée du mercredi 16 juin 2021, des photos et une vidéo obscène, tournée à Douala dans le bureau de Martin Camus Mimb, célèbre journaliste sportif, sont devenues virales sur les réseaux sociaux.

Sur ces images, on distingue un homme dont le visage n’a pas été filmé et une femme à visage découvert qui se livrent à des actes sexuels ainsi qu’une photo du commentateur sportif sur le mur en arrière-plan. D'après une première mise au point du maître des lieux, la jeune fille serait venue avec son compagnon dans le bureau dans l'objectif de se faire dédicacer une copie de son récent livre. Le temps de leur laisser le bureau pour une intervention à l’antenne, ils se seraient, poursuit le journaliste sur Facebook, livrés à une partie de sexe.

Une version qui peine toujours, une semaine plus tard à convaincre des internautes, tant d’autres révélations sont venues la battre en brèche. Ainsi, il s’est avéré par exemple que la troisième personne n'était autre qu'une connaissance de longue date du journaliste en question. Ce dernier, qui se présente comme victime d'un complot ourdi contre lui, a curieusement omis de le mentionner dans ses explications.

Si bien que beaucoup jugent le célèbre commentateur sportif «complice» de ce qu’il s'est passé, bien qu'il n’apparaisse sur aucune de ces images, en dehors de celle postée avec la jeune fille qui tient son livre dédicacé. Certains internautes, comme ce célèbre lanceur d'alerte camerounais, soutiennent que le patron de la radio aurait même pris part aux ébats. Mais rien ne permet de le confirmer.

Cette affaire va prendre une autre dimension quand la jeune fille en question, Malicka, sort de son silence pour dénoncer -via un collectif d'avocats qui s'est constitué pour sa défense- les images en train de tourner sur la Toile, affirmant qu'elle n'a jamais donné son accord pour leur diffusion.

L'absence de consentement de la jeune fille (à la diffusion) est aussitôt relayée par de nombreux défenseurs de la cause féminine et autres influenceurs, mettant en avant sa «vulnérabilité» face à des «bourreaux» qui l'auraient piégée.

Pour le collectif d'avocats, il s’agit d’entrée de jeu, confie à Sputnik Me Dominique Fousse, de «réparer l’honorabilité de la jeune fille à la suite de la publication de ces images sur internet». Pour cette avocate, qui fait partie du collectif de défense de Malicka, une chose est claire, «les images se sont retrouvées sur les réseaux sociaux» sans le consentement de sa cliente.

Une publication de Guy Olivier Moteng, l’un des avocats du collectif, en compagnie de la jeune fille.

Dans un point de presse qu'il a animé ce vendredi 25 juin, le journaliste a demandé pardon à la jeune fille, à sa famille et à toute la communauté nationale choquée par ces images. Il annonce par ailleurs son inactivité des réseaux sociaux.

«Permettez-moi de m’adresser à la victime que j’imagine durement éprouvée, Malika, toi dont la dignité et l’honneur ont été bafoués, je te demande pardon. En tant qu’homme, grand frère et père, je regrette tout ce qui s’est produit. Je prie le Seigneur de te fortifier et de te permettre de traverser cette étape tout en gardant foi et confiance en la vie», a-t-il écrit dans sa déclaration.

Une crise des valeurs

Leçon dans une école camerounaise, image d'illustration - Sputnik Afrique, 1920, 11.03.2021
Sexe, drogue, alcool: l'école de tous les scandales au Cameroun
Loin de se limiter à un buzz passager, comme de nombreux scandales du genre enregistrés dans le pays ces dernières années, l’affaire a pris une ampleur nationale et de nombreuses personnalités politiques et leaders de la société civile ont pris la parole pour condamner la «dépravation des mœurs» dans le pays. L’écho s’est également fait entendre au niveau du gouvernement. Au cours d’un point de presse donné ce 23 juin à Yaoundé, Marie Thérèse Abena Ondoa, ministre de la promotion de la femme et de la famille est montée au créneau en dénonçant des affaires de mœurs impliquant de plus en plus des jeunes filles: «Les victimes peuvent compter sur le soutien du gouvernement», a-t-elle assuré.

«Des images indécentes choquantes mettant en scène nos filles et nos enfants dans des séances de partouze et sextape inondent les réseaux sociaux depuis un certain temps. Le cas plus récent est celui d'une jeune fille de 18 ans abusée par des bourreaux, filmée en plein ébat sexuel dont les images et la vidéo ont été balancées sur les réseaux sociaux», a poursuivi la ministre face à la presse, évoquant ainsi le dernier scandale en date.

Tout en condamnant de «tels actes odieux et malsains», la ministre de la promotion de la femme en appelle à une synergie d’actions de toutes les parties prenantes pour établir les responsabilités dans cette dernière affaire et demande aux jeunes filles de «tourner le dos au gain facile, aux mauvaises compagnies et à la drogue».

Pour la journaliste et militante féministe Kate Djiaha, ce scandale sexuel n’est «que la partie émergée d’un mal très profond». En effet, les sextapes et les nudes ont pris place dans les habitudes des Camerounais. Elle affirme à Sputnik que les femmes sont souvent les premières victimes de ces scandales à répétition.

«Je pense qu'il est impératif de dénoncer. Encourager les victimes à parler pour faire pression sur le bourreau. Il faut également que notre société soit sensibilisée aux affaires de mœurs. On doit arrêter d'incriminer et de culpabiliser les victimes, parce qu'il est clair aujourd'hui que les bourreaux jouent de cela pour continuer leur sale besogne», s’indigne-telle au micro de Sputnik.
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