Le ciel se referme encore un peu plus pour Moscou et Washington.
Pas de retour des États-Unis dans le traité Ciel ouvert (dit Open Skies). Une annonce qui intervient moins de trois semaines avant la première rencontre présidentielle entre Vladimir Poutine et Joe Biden.
«Ce genre de décision me fait souvent m’interroger sur le fait que la guerre froide soit vraiment derrière nous», regrette au micro de Sputnik Pascal Le Pautremat, conférencier et chargé de cours dans l’Enseignement supérieur sur les crises et conflits contemporains.
Après le retrait de Donald Trump du traité le 21 mai 2020, Moscou avait également signifié son retrait le 15 janvier 2021, avec un préavis de six mois avant que cette décision devienne effective. Un laps de temps stratégique permettant potentiellement à la nouvelle Administration Biden de revenir dans le traité. Une main tendue que Washington a préféré de ne pas saisir.
«Grave erreur», selon Moscou
Une politique que Pascal Le Pautremat, ancien membre et auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de la Défense nationale), juge «en rupture totale» avec le multilatéralisme que prétend pourtant défendre la nouvelle Administration Démocrate.
«N’oublions jamais que ces postures sont des effets de communication. Le multilatéralisme selon les États-Unis, c’est un multilatéralisme au sein duquel ils sont dans une position de prédominance. En aucun cas, ce multilatéralisme ne doit porter atteinte à la préservation de leur leadership. Personnellement, leur décision ne me surprend pas du tout», explique l’ancien membre du Comité de rédaction de la revue Défense.
Pour lui, «nous sommes à la veille de défis planétaires environnementaux, dont beaucoup n’ont même pas conscience» et ce type de traités «serait l’occasion de se dire que l’on peut travailler ensemble, de manière multilatérale.» Mais le géopolitologue déplore au contraire le fait «que l’on reparte sur des logiques partisanes et sectaires dans lesquels les lobbies ne sont pas innocents.»
Signer à nouveau le traité Ciel ouvert relevait plus d’une preuve de confiance mutuelle que d’une réelle utilité stratégique, explique Theresa Fallon, directrice du Centre for Russia Europe Asia Studies (CREAS) au micro d’Al-Jazeera. En effet, d’un point de vue technologique, d’autres systèmes –notamment satellites– permettent d’accomplir peu ou prou la même mission que celles des avions de surveillance utilisés. Revenir dans l’accord avait donc en partie la vocation à créer des ponts. Mission unaccomplished.
La décision américaine n’a pas manqué de faire réagir l’autre principale intéressée, la Russie. Par la voix de son vice-ministre des affaires étrangères Sergei Ryabkov, Moscou a qualifié la décision américaine de «grave erreur», indiquant qu’elle endommagerait la sécurité européenne, même si cela n’aurait pas de conséquences critiques pour la sécurité russe.
«Malheureusement, d’autres approches l’ont remporté à Washington, elles n’ont rien à voir avec l’objectif de consolider la sécurité européenne ni avec la mission de normaliser les relations avec la Russie», a ajouté le diplomate russe.
Prorogation du traité New START sur les armes nucléaires
Tout n’avait pourtant pas si mal commencé entre la nouvelle Administration Démocrate et Moscou en termes de contrôle des armements. Le 3 février dernier, les États-Unis ont ainsi ratifié la prorogation du traité New START de limitation des armes nucléaires, deux jours avant son expiration. Signé en 2010 à Prague par les Présidents Barack Obama et Dmitri Medvedev, l’accord New Start limite les arsenaux des deux puissances à un maximum de 1.550 ogives nucléaires déployées de chaque côté.
«Lorsque Washington dit qu’ils défendent le multilatéralisme, c’est une posture médiatique. C’est facile de le dire, c’est autre chose de l’appliquer», déplore-t-il.