Les États-Unis, grands perdants de la pandémie? «Le Covid a renforcé le monde multipolaire»

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Drapeau américain - Sputnik Afrique, 1920, 05.05.2021
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Le modèle chinois sortira-t-il gagnant de la pandémie de Covid-19? Dans son dernier ouvrage, l’économiste Carlos Manuel Sánchez Ramírez estime que la pandémie aura largement fragilisé le modèle néolibéral et la position des États-Unis dans le monde. Dans un entretien avec Sputnik, l’universitaire décrit l’émergence d’un ordre multipolaire.

En avril 2020, alors que la première vague du virus submergeait le monde occidental, The Economist se demandait si la Chine ne sortirait pas gagnante de la crise. Par voie de conséquence, plusieurs en étaient à se demander si l’État, comme organe de régulation de l’économie, était aussi en train de supplanter le néolibéralisme…

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Dans son ouvrage Knowledge Capitalism and State Theory, publié aux prestigieuses éditions Palgrave Macmillan, l’économiste Carlos Manuel Sánchez Ramírez dresse le portrait d’un modèle néolibéral en pleine crise. Professeur d’économie à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM), à Mexico, il estime que la pandémie de Covid-19 n’aura finalement été qu’un accélérateur du déclin de l’économie néolibérale et du libre-échange.

«La crise hégémonique du néolibéralisme signifie un affaiblissement de la position idéologique des États-Unis et de sa capacité à s’imposer à l’échelle internationale. Les États-Unis auront moins de facilité à être vus et considérés par les autres nations comme le leader et guide suprême des forces progressistes du monde contemporain», observe-t-il à notre micro.

Entamé lors de la crise financière de 2008, le déclin du modèle néolibéral aurait suivi son cours jusqu’à aujourd’hui, en passant par l’élection de Donald Trump en 2016. Avec sa remise en question de plusieurs accords de libre-échange, l'ex-Président américain aurait lui-même été une «forte expression» de ce phénomène.

La pandémie comme tremplin pour le modèle chinois

Ensuite est venue la crise du Covid-19, qui aurait permis à la Chine de démontrer l’efficacité de son modèle global pour combattre le virus. Une réussite qu’elle n’hésite pas à mettre en avant bien qu’elle ait abrité le berceau de la pandémie: la ville de Wuhan. Selon Carlos Manuel Sánchez Ramírez, la pandémie aurait donc révélé le handicap des démocraties libérales occidentales, sur le plan économique, mais aussi sur les plans «théorique et idéologique», ce qui irait de pair. «Le taux de propagation du virus lors de la première vague de la pandémie était de 16% en moyenne quotidienne aux États-Unis et en Europe de l’Ouest, alors que ce même indicateur était de 9% en moyenne quotidienne en Chine», rappelle notre interlocuteur.

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L’économiste prévoit la consolidation d’un équilibre des puissances au détriment de Washington. «Le Covid a renforcé le monde multipolaire», insiste-t-il. L'épicentre de l'économie mondiale pourrait alors transiter de l'Atlantique vers le Pacifique, ce qui signifierait «la fin définitive de l’hégémonie américaine».

«Ce monde multipolaire sera façonné par trois puissances: la Chine, la Russie et les États-Unis. L'immense marché intérieur chinois pourrait alors devenir le centre de gravité de l'économie mondiale», précise notre interlocuteur.

Les conséquences du déclin américain pourraient aussi fortement se faire ressentir en Europe, avertit Carlos Manuel Sánchez Ramírez. Si les États-Unis ne surmontent pas «la crise hégémonique du néolibéralisme», ils verront leur zone d'influence de plus en plus limitée à la région nord-américaine et à l'Europe de l’Ouest.

Crise du néolibéralisme: vers la «disparation» de l’Union européenne?

Dans ce contexte, l’essayiste prévoit que l’Union européenne sera entraînée «par un ensemble de tensions pouvant mener à sa désintégration économique». Et même à sa «disparition».

«Parmi les tensions qui pointent vers la désintégration de l'Union européenne figurent le départ de la Grande-Bretagne ainsi que l’influence croissante et de la Russie et de la Chine au sein de l’Union européenne. En ce sens, l'Union européenne pourrait se disloquer et se voir partagée entre les trois grandes puissances mondiales.»

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Pour freiner la perte d’influence des États-Unis dans le monde, le président Joe Biden devra d’abord s’attaquer à «résoudre le conflit» entre les deux modèles distincts de développement aux États-Unis, analyse l’économiste. En effet, le pays de l’Oncle Sam serait divisé par une frontière invisible: celle qui sépare l’économie du savoir (surtout axée sur les nouvelles technologies) du vieux capitalisme industriel, ancré dans les régions où Trump a fait le plus de gains électoraux. Il serait urgent pour Biden de revitaliser les branches liées aux complexes automobile, métallurgique et pétrochimique.

«La confrontation entre ces deux blocs socio-économiques accélère le déclin du néolibéralisme. Cette fracture interne diminue la force du marché américain et, de manière globale, contribue au déclin de la puissance des États-Unis dans le monde», conclut Carlos Manuel Sánchez Ramírez.
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