La première rencontre entre le patriarche orthodoxe Cyrille et le pape François s'est tenue vendredi dans un des salons de l'aéroport Jose Marti de La Havane (Cuba). Elle a duré un peu plus de deux heures. À l'issue de la rencontre historique qui, d'après des prélats, s'est déroulée dans une ambiance chaleureuse, Cyrille et le pape ont échangé de cadeaux et adopté une déclaration commune.
La persécution des chrétiens du Proche-Orient
Le point clé du document, comme c'était attendu, porte sur la crise au Proche-Orient.
"Notre regard se porte avant tout vers les régions du monde où les chrétiens subissent la persécution. En de nombreux pays du Proche-Orient et d'Afrique du Nord, nos frères et sœurs en Christ sont exterminés par familles, villes et villages entiers. Leurs églises sont détruites et pillées de façon barbare, leurs objets sacrés sont profanés, leurs monuments, détruits. En Syrie, en Irak et en d'autres pays du Proche Orient, nous observons avec douleur l'exode massif des chrétiens de la terre d'où commença à se répandre notre foi et où ils vécurent depuis les temps apostoliques ensemble avec d'autres communautés religieuses", stipule la déclaration.
Le document observe qu'en Syrie et en Irak, "la violence a déjà emporté des milliers de vies, laissant des millions de gens sans abri ni ressources". À cet effet, le pape et le patriarche appellent la communauté internationale à "des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l'éviction des chrétiens du Proche-Orient" et demandent à s'unir afin de "mettre fin à la violence et au terrorisme".
Les chefs des deux plus grandes confessions chrétiennes ont en outre appelé à contribuer à la libération des Métropolites d'Alep Paul et Jean Ibrahim qui ont été enlevés et séquestrés en avril 2013. D'après certaines sources, les deux hommes ont été exécutés en décembre 2015, cependant, l'Eglise orthodoxe a par la suite déclaré ne pas disposer d'informations confirmant leur exécution.
Schisme en Ukraine
Evoquant la question ukrainienne, qui oppose frontalement l'Eglise gréco-catholique, unie à Rome, à l'Eglise orthodoxe russe, le patriarche et le pontife ont exprimé l'espoir "que tous les chrétiens orthodoxes d'Ukraine vivront dans la paix et la concorde et que les communautés catholiques du pays y contribueront, de sorte que soit toujours plus visible notre fraternité chrétienne".
"Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier et de trouver des formes de coexistence mutuellement acceptables", stipule le document.
Fidélité aux valeurs chrétiennes
Un autre message que la déclaration véhicule est la préservation des valeurs chrétiennes traditionnelles en Europe.
"Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l'Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d'Orient et d'Occident à s'unir pour témoigner ensemble du Christ et de l'Evangile, pour que l'Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne", observe la déclaration commune.
Abordant lors de la rencontre les problèmes auxquels le monde actuel fait face, dont notamment l'euthanasie et les avortements, les deux hommes ont exprimé leur regret que "d'autres formes de cohabitation soient désormais mises sur le même plan que cette union, tandis que la conception de la paternité et de la maternité comme vocation particulière de l'homme et de la femme dans le mariage, sanctifiée par la tradition biblique, est chassée de la conscience publique".
Bien que les chefs des deux plus grandes confessions chrétiennes n'aient pas pour le moment évoqué la possibilité d'une nouvelle rencontre, le patriarche Cyrille a annoncé qu'il n'y avait pas de barrières pour se rencontrer de nouveau.
Après la rencontre, l'archevêque de l'Eglise catholique romaine et nonce apostolique en Fédération de Russie, Ivan Jurkovic, a exprimé son espoir que les contacts entre le patriarche et le pontife se multiplieraient à l'avenir.