La dette publique française est encore résorbable à condition de sortir de l’UE

La dette publique française est encore résorbable à condition de sortir de l’UE
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Le Figaro l’avait déjà clairement annoncé en 2013 : c’est en 2014 qu’exploseront tous les records de la dette publique. C’est fait.

Cette dette que l’on redoute comme l’on se défierait d’une malédiction s’est hissée à un chiffre sans précédent avoisinant les 96 % du PIB. De quoi redevenir encore plus nostalgique d’une France dont se souviennent nos parents et grands-parents, une France d’avant 1973 où cette dette à l’heure qu’il est imbattable ne franchissait guère le seuil des 20 %. La question à cent balles, sempiternelle, agaçante, est néanmoins à reposer : à qui la faute ? Et bien sûr : que reste-t-il à faire ?

J’ai encore en mémoire un article du Monde où il était question d’«indiscipline budgétaire ». Autrement dit, la France n’aurait plus du tout les moyens de ses ambitions, elle dépenserait trop, emprunterait trop, paierait trop bien ses employés, etc. Ce grief lui avait été présenté en 2011 et reprenait en fait une accusation rebattue du FMI qui continue à considérer que la France est « un mauvais élève du G-20 ». Qu’en est-il en réalité ? Pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cette triste histoire de dette et de donner la parole à Rémi Mathieu, économiste et blogueur, ventilons par catégories les divers facteurs dont se nourrit le grand mal :

- Primo et justement depuis 1973, l’Etat est obligé d’emprunter auprès des banques privées. Jusqu’en 1973, l’Etat empruntait auprès de la Banque Centrale et, vu les chiffres de l’époque, s’en portait à merveille. Michaël Chetrit, économiste et juriste, l’avait signalé plus d’une fois, pour la première fois en 2010 : « La somme actualisée des intérêts des dettes payées aux marchés depuis 1973 représentent pour la France près de 1200 milliards d’euros ». Si l’on sait que justement, fin 2010, la dette publique s’élevait à 1591,2 milliards d’euros, le diagnostic ne fait plus aucun doute. Cette dette que l’on dit publique est loin d’avoir des origines publiques et découle en grande partie, bien que les lobbies financiers prétendent le contraire, de la loi Pompidou/Giscard de 1973, dite loi Rothschild.

- Secundo, il est bien connu que les richesses produites par les industries sont drastiquement taxées. Comme le montant des taxes est en hausse continuelle, les gouvernements de ces dernières années font tout pour réduire la part des richesses produites. Peut-on leur en tenir rigueur ? Non, parce qu’ils n’ont pas le choix. Oui, parce que l’industrie n’a que faire de leurs motifs, elle qui se réduit comme une peau de chagrin depuis un peu plus de trente ans … encore une prétendue coïncidence nous ramenant à la réforme de 73. Or, ces mêmes richesses produites servent à financer les services publics et la protection sociale. L’économie se retrouve donc enfermée dans un cercle vicieux dont le périmètre se rétrécit de plus en plus.

- Enfin, comme il est question d’un cercle vicieux, on remarque que celui-ci provoque sans arrêt l’augmentation d’une dette dont il se nourrit dès le début. Comme l’économie a besoin de croissance, il faut pour la relancer des injections faites par la Banque centrale européenne pour refinancer les marchés financiers. Certes, la récession recule quelque peu. Néanmoins, la croissance étant largement insuffisante et l’inversion de la courbe du chômage n’intervenant toujours pas, de fortes économies s’imposent. D’où la pression exercée sur les salaires, d’où la hausse progressive des impôts et ce deuxième mot qui rime si bien avec dette et qui fait si peur : l’austérité.

Selon Rémi Mathieu, fondateur du blog « Monnaie & Démocratie », auteur du livre « Comprendre la monnaie », la situation est grave mais elle n’est pas irrémédiable !

La Voix de la Russie. Dans votre livre, vous expliquez l’indomptable croissance de la dette publique par le fait qu’elle s’alimente d’elle-même via les emprunts accordés par les banques privées qui à leur tour empruntent leurs crédits auprès des banque centrales. Une fois l’ensemble des crédits remboursés, la monnaie semble s’évaporer. Peut-on alors dire que les banques privées pillent les banques centrales et que le rôle régulateur de ces dernières est plutôt un rôle de façade puisque les banques privées absorbent leur monnaie tout en s’arrogeant le droit de créer de l’argent ex nihilo ?

Rémi Mathieu. « Je ne suis pas vraiment d’accord avec le fait que les banques privées pillent les banques centrales. Je dirais plutôt que ce sont les banques centrales qui sont au service des banques privées, ce qui actuellement est une réalité dans le monde entier. En revanche, il est vrai que leur rôle est véritablement un rôle de façade, les banques privées se servant des banques centrales pour garantir leur croissance économique. Pour mieux cerner les racines de ce phénomène, il faut revenir à l’Histoire de la monnaie : comment les banques centrales ont été crées, comment ont-elles fonctionné à travers les siècles ? Par exemple, pour ce qui est de la monnaie, il faut savoir que naguère le souverain créait lui-même sa monnaie pour payer des mercenaires et donc conquérir de nouveaux territoires. Une fois ces territoires conquis, il soumettait à l’impôt les populations locales. Comme ces impôts étaient prélevés dans la monnaie qui a été créée, le souverain prenait aisément le pouvoir, entrant en possession des terres.

Un changement s’est opéré vers la fin du XVIIIème siècle avec l’arrivée d’un gouvernement représentatif postrévolutionnaire. La gestion des banques centrales incombait à l’Etat. Le circuit du Trésor en France était exclusivement du ressort de la sphère publique, c’est-à-dire que seul l’Etat détenait le pouvoir de créer de la monnaie et le monopole de cette création. Mais petit à petit, on s’est aperçu que les banquiers privés ont essayé de prendre le contrôle des banques centrales des gouvernements. Je conseille aux internautes de regarder un documentaire intitulé « Les Maîtres de la monnaie ». On y explique très bien le mécanisme de ces luttes pour le pouvoir entre les gouvernements représentatifs et les banques privées qui voulaient monopoliser à leur tour le pouvoir de création monétaire. Le documentaire fait donc état du rôle des orfèvres, de la création de la Banque d’Angleterre, de la création de la Réserve fédérale, etc. Ces faits à l’appui, on comprend mieux de quelle façon le privé est parvenu à prendre le contrôle de tous les systèmes de création monétaire. Actuellement, aucun pays n’échappe à ce principe.

Il se fait donc que oui, les banques centrales sont réellement au service des banques privées. La BCE est indépendante, ses membres ne sont pas élus. Mario Draghi qui est à sa tête est un ex de Goldman Sachs, ce qui en dit long. Idem pour la Fed aux USA qui est la Banque centrale étasunienne. Il s’agit d’un consortium de banques privées qui a été créé en 1913. Le système est par conséquent globalisé à outrance, son fonctionnement est régulé par des lois irréfragables bien que relativement récentes. Je pense à la loi de 1913 aux USA, à la loi de 1973 en France ou encore à l’article 123 de Lisbonne valable pour toute l’Europe. Avant, l’Etat pouvait emprunter sans taux d’intérêt et créer de la monnaie s’appuyant ipso facto sur un potentiel humain développable. Thomas Jefferson, le Père fondateur des USA, avait déjà bien conscience du danger qui guettait l’Etat lorsque des banquiers privés monopolisaient le pouvoir de création monétaire. Voici l’une de ses réflexions : « Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquise ».La formulation est on ne peut plus claire et précise. Jefferson savait très bien que depuis fort longtemps les banquiers privés lorgnaient la création monétaire. Ils ont tout essayé pour aboutir à leurs fins récoltant aujourd’hui les fruits de leur obstination.

Prenons à présent l’exemple français. Chaque année, ce système coûte à notre pays 55 milliards d’euros d’intérêts par an ce qui équivaut à la totalité de l’impôt sur le revenu et ce qui fait 150 millions d’euros par jour qui sont ponctionnés juste pour payer les taux d’intérêt de notre dette. Cette dernière frise à l’heure actuelle les 1950 milliards. Il est clair qu’on ne rembourse pas cette somme chaque année. On se contente juste de rembourser le taux de pourcentage des intérêts. Entre temps, la dette ne cesse d’augmenter. Résultat : il faut payer de plus en plus et travailler de plus en plus pour payer ces taux d’intérêt qui enflent à vue d’œil. Des études ont été faites par André-Jacques Holbecq et bien d’autres économistes qui montrent parfaitement que si nous n’avions pas payé ces taux d’intérêt, la dette serait aujourd’hui quasiment nulle. Ceux qui sont nés bien avant 1973 n’ont jamais vraiment entendu parler de dette publique. Il y avait bien sûr une dette substantielle accumulée vers la fin de l’année parce qu’on empruntait pour investir, mais celle-ci était tout de suite remboursée avec l’argent des impôts. Sauf que maintenant, au lieu de payer seulement nos dépenses, nous sommes en plus dans l’obligation de payer les taux d’intérêt. »

LVdlR. Croyez-vous qu’il soit possible de revenir au système de gestion monétaire d’avant 1973 pour la France ? Si ce n’est pas le cas, comment résorber cette dette qui ne cesse d’enfler ?

Rémi Mathieu. « On ne parviendra jamais à résorber la dette publique sans revenir au système d’avant 1973. Comme je l’ai précisé tout à l’heure, nous perdons 55 milliards d’euros par an qui auraient pu être investis dans l’éducation nationale, les industries et bien d’autres domaines vitaux. Il faut bien se le dire : tous nos budgets depuis les années 70 sont en déficit. C’est comme si, étant un particulier, vous signiez un budget en déficit en ayant une dette : celle-ci va augmenter d’une façon exponentielle. C’est là que réside le problème : les lois autorisant ce genre de pratiques sont inscrites dans la Constitution. L’article 123 du Traité de Lisbonne nous oblige ainsi à emprunter à taux d’intérêts aux banques privées. On devrait donc revoir la Constitution ce qui semble, en tout cas pour le moment, infaisable vu qu’elle a été écrite par des lobbies financiers hyperpuissants ayant tous les pouvoirs.

En ce qui me concerne, je voulais initialement baptiser mon site de la façon suivante : « Comprendre l’argent » parce que je m’étais sérieusement focalisé sur ce sujet en misant sur une éventuelle réforme de la Constitution. J’en suis venu à une conclusion fondamentale : il faut de toute urgence désynchroniser le pouvoir politique du pouvoir économique. Je vous renvoie aux travaux d’Etienne Chouard sur la démocratie et ses différentes expressions, études qui devraient inciter à une révision en profondeur de la Constitution. Pour ce faire, il faudrait créer une assemblée constituante dont les membres seraient tirés au sort pour désynchroniser les pouvoirs politique et économique. Ceux qui sont à l’origine du texte constitutionnel empruntent eux-mêmes aux banquiers privés. Napoléon avait très bien défini ce phénomène en constatant que « la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit ». Imaginons que M. Hollande dise demain « je veux emprunter à taux zéro ». Et bien, il ne pourra pas le faire parce que, premièrement, il faudrait déjà sortir de l’UE, deuxièmement, à supposer même que nous en soyons sortis, les banquiers lui diront que tous les investissements qu’il entend faire pour les retraites, pour son plan de sauvegarde de l’industrie, etc. deviendraient tout bonnement impossibles. Il y a donc un synchronisme des pouvoirs politique et financier qu’il faut repenser tant qu’il n’est pas trop tard ». T


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