Paris en colère. Témoignage d’un journaliste interpellé

Paris en colère. Témoignage d’un journaliste interpellé
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En continuation du sujet d’hier (Jour de colère : sommes-nous en 1788 ?), je vous présente le témoignage de Louis-Benoît Greffe, jeune journaliste breton travaillant pour Breizh-journal et Networkvisio.com, arrêté le soir du 27 janvier tout comme deux autres collègues de la presse indépendante.

Pourquoi ? Manifestement, parce que faire correctement son travail, c’est-à-dire le faire de manière intégrale et impartiale, n’est plus vraiment à l’honneur dans un monde médiatique servilement loyaliste.

En effet, un bilan de 300 manifestants raflés auxquels s’ajoutent de surcroît trois journalistes envoyés pour une nuit pleine de plaisirs au commissariat de l’Evangile, cela fait un peu lourd quand on sait que le mouvement de protestation du samedi dernier avait été légalement organisé et que les véritables fauteurs de trouble – des nationalistes ultra-radicaux en écharpes noirs ainsi que des flics provocateurs infiltrés parmi les manifestants – se sont littéralement évaporés en passant, selon le récit de M. Greffe, « à travers les failles de la nasse ». Lorsque des gens désarmés mécontents de la politique désastreuse menée par Hollande et son équipe sont arrêtés au motif d’avoir «participé à un attroupement armé », on croit plonger dans un scénario mêlant ridicule et absurde. En tout cas, quels que soient les termes employés par l’Intérieur et les CRS, on s’aperçoit qu’une lame de fond protestataire éminente et en somme imminente secoue la France et que, malgré les mesures coercitives mises en œuvre, celle-ci est bien loin de s’apaiser. Je vous laisse le soin d’en juger par vous-mêmes.

La VdlR. « Vous avez été présent lors de la manif qui a eu lieu le 27 janvier à Paris. Ce qui a paru frappant, c’est la composante archi-hétéroclite des participants. Par exemple, on a vu des dieudonnistes côtoyer des Identitaires purs et durs. Comment expliquez-vous ce rapprochement entre des mouvances qui traditionnellement sont assez éloignées les unes des autres ?

Louis-Benoît Greffe. Ce rapprochement s’explique par deux réalités. D’une part, le Jour de colère a été lancé par des collectifs qui se sont développés grâce au net. Ce sont des collectifs clairement issus de la société civile, peu quantifiables de façon classique. Quand vous organisez un évènement facebook, vous savez qu’entre ce qui y est dit et ce que vous trouvez sur place, il y a un écart tellement important qu’il faut parfois diviser l’info par mille. Or, dans le cas présent, ce ne fut pas le cas puisqu’il y a eu une grande implication des gens, d’internet jusqu’au terrain même. Mais il y a autre chose : le Jour de colère a fait union autour du plus petit dénominateur commun. Tous les problèmes viennent de François Hollande, ce qui rapproche des gens aussi divers que les dieudonnistes ou les Identitaires. Autre exemple : j’ai vu des mères de famille au RSA qui en ont marre que la DDASS leur pique leurs gosses et les place dans des conditions qui ne sont pas tout à fait glorieuses. Il y a également des gens qui veulent quitter la sécurité sociale parce qu’ils en ont assez de la voir leur courir après en quémandant de l’argent (…). Il y avait en outre tout un tas d’associations, à savoir un collectif qui lutte contre l’éolien industriel. Il s’agit d’un collectif issu de la SPPEF et qui lutte contre les prises illégales d’intérêt des maires et d’élus municipaux qui font voter par leurs communes des autorisations d’implanter des éoliennes sur des terrains qui leur appartiennent et pour lesquels ils sont grassement rémunérés par les sociétés implantant ces éoliennes.

La VdlR. Vous êtes journaliste indépendant. Vous avez été raflé comme deux autres de vos collègues, eux aussi journalistes indépendants. Est-ce que vous avez l’impression d’avoir été raflé pour rien ?

Louis-Benoît Greffe. Ah oui, clairement. C’était réellement une rafle. Après, tout dépend de ce que l’on entend par « rien ». La réaction du pouvoir est à la mesure de ce que les participants du Jour de colère ont dit : on va faire une deuxième, une troisième, une quatrième manif de ce type, autant qu’il en faut pour qu’Hollande parte. Parce que les problèmes sont essentiellement liés à Hollande et par delà, au gouvernement et au mode de gouvernement qui règnent actuellement sur la France, car il s’agit bien d’une gouvernance autiste qui règne en étant déconnectée du peuple, fondée sur des valeurs modernes alors donc que nous sommes en train de changer d’époque et que ces valeurs n’ont en pratique aucune actualité. Très probablement, la rafle en question n’avait d’autre objectif que de casser la détermination des militants. J’ai vu des gens avec moi en cellules, des Français de Reims, de Strasbourg, de Lille etc., baisser la garde. Finalement, se sont-ils dits, ce n’est pas la peine de faire 24 h, 48 h de garde à vue pour ça, alors que c’était bel et bien le but recherché, c’est-à-dire faire comprendre à ces gens qui sont jeunes que puisqu’ils ont choisi de manifester, leur lundi sera pourri, qu’ils rateront leurs cours, leur travail, leurs rendez-vous, s’il le faut on va même leur pourrir leur mardi !

Il faut en outre noter qu’une grande partie des gens qui étaient là au Jour de colère n’étaient pas là dimanche à la manif pour tous, cette dernière étant plus catégorielle car touchant exclusivement les valeurs familiales, alors donc que les revendications du samedi dernier sont plus prégnantes, plus multilatérales, réalité qui explique le sens de la rafle. Premièrement, il y avait une espèce de nasse qui se refermait sur 300 personnes qui en plus n’avaient pas participé aux débordements, parce que ceux qui l’ont fait ont en revanche réussi à fuir (tant les policiers en civil que des jeunes aux visages masqués). Je vais vous donner juste un exemple qui montre combien cette rafle est idiote : on s’est retrouvés à l’Evangile avec un touriste slovène qui était sur la place pour admirer les Invalides de l’autre côté. Il s’est retrouvé pris dans la foulée sans comprendre ce qui arrivait. Il est vrai que les geôles de l’Evangile sont les meilleures de France mais enfin, imaginez un peu ses états d’âme ! ».

 

Commentaire de l’auteur. Quand le pouvoir s’en prend au peuple, c’est qu’il en a peur. Le recours aux rafles les plus diverses – celle du samedi est loin d’être la première – en est une démonstration éloquente. Seulement voilà : quand le pouvoir craint ceux qui l’ont élu tout en continuant à faire fi de son mécontentement, on se demande s’il reste légitime

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